L’aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza, ou comment figurer le politique sans politique ?

mardi 18 mai 2010, par Hélène Jaccomard

Thèmes : Pouvoir

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« Même si vous me démolissez, vous me grandirez » [1]

Avant, pendant et quelques mois après la sortie de L’aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza, les commentateurs ont souligné le paradoxe de ce livre « apolitique » [2] alors qu’il résultait de la mise en forme de carnets traitant d’une campagne électorale (celle des présidentielles de 2007) et d’un homme politique, ministre de l’intérieur à l’époque, devenu, comme on le sait, président de la République [3]. Après coup, Reza a craint « qu’on puisse prendre son livre pour un livre politique » [4], bien qu’elle ait exposé ses intentions dès l’abord : « Je ne veux pas écrire sur le pouvoir ou sur la politique, ou alors sur la politique en tant que mode d’existence » (p. 18) [5]. Prise dans son sens étroit (déclarations, discours, débats, idéologie), la politique figure effectivement peu dans L’aube, mais est-elle pour autant absente de ce livre futé et cruel, selon les paroles de Jérôme Garcin [6] ? Etant donné l’attention tatillonne avec laquelle Yasmina Reza observe son « sujet », L’aube déploie d’autres aspects du « fauve » (p.9) que ses atours politiques. On ne saurait non plus réduire ce livre à un portrait psychologique de la part d’une auteure fascinée, voire séduite [7]. La légitimité du lieu d’où parle la chroniqueuse est bien au centre de l’interprétation de ce livre hors norme. L’une des stratégies de Reza consiste à esquiver tout étiquetage de ses opinions politiques, tout en personnalisant son propos, puisque, à l’inverse de chroniques de ce genre, L’aube est philosophique, introspectif par instants, au point que l’instance énonciatrice retient l’attention tout autant que le sujet biographié. Au sein d’une foule de personnages connus ou non, évoluent deux personnages principaux et, d’un certain point de vue, il s’agit de savoir qui va l’emporter, de l’écrivaine ou de l’homme politique. Déjà, en cours de campagne, on avait lancé à la diariste : « toi tu as forcément gagné. Quoi qu’il arrive. Et si on n’est pas au deuxième tour, tu auras gagné sur toute la ligne » (p. 147).

Gagner aux yeux de l’écrivain, c’était avant tout résoudre une interrogation de nature formelle plutôt que de fond : « J’avais envie d’écrire [sur le destin politique], mais je cherchais la forme. Tant que la forme ne s’impose pas, rien ne s’impose » [8].

Puisque ce livre offre l’occasion de ré-examiner les relations entre politique et littérature, nous nous proposons d’évaluer la part réellement prise par la et le politique dans les trois principes constitutifs de L’aube – la chroniqueuse, le sujet biographié et la campagne proprement dite. Est-il possible de parler d’un lieu totalement neutre politiquement, dans l’acception féminine (la politique) et masculine du mot (le politique) ? Et, s’il y a effectivement une béance, comment la littérature la comble-t-elle ? Quelle forme s’est imposée à Yasmina Reza pour ce projet ?

Narratrice et clivage gauche/droite

Si l’on remonte à l’étymologie (« Politikos, c’est la civilité [qui] indique le cadre général d’une société organisée et développée ») [9], on peut arguer que « tout est politique » comme l’a fait Mai-68 et qu’il est donc impossible à un quelconque individu d’être apolitique. L’appartenance à une « cité », un Etat-nation fait de tout être humain, comme le disait Aristote « un animal politique », animal doué de parole qui plus est, ce qui n’est jamais très éloigné du logos littéraire [10]. Tout individu étant nécessairement un « acteur-réseau » [11], c’est-à-dire le produit d’un lieu, d’une histoire, d’un collectif, il est forcément partie prenante des relations et médiations qui font tenir ensemble les individus. Dans cette acception tenant presque du solipsisme (« le monde entier est une construction sociale »), impossible, même pour un écrivain, d’être à la fois acteur culturel et apolitique.

Pourtant Reza se considère bien comme apolitique dans ce sens. Dans un livre précédent, recueil de fragments autobiographiques, Reza fait le maigre compte de ce qui lui reste de son passé :

Je ne connais pas les langues, aucune langue, de mes père, mère, ancêtres, je ne reconnais ni terre ni arbre, aucun sol ne fut le mien comme on dit je viens de là, il n’y a pas de sol où j’éprouverais la nostalgie brutale de l’enfance, pas de sol où écrire qui je suis, je ne sais pas de quelle sève je me suis nourrie, le mot natal n’existe pas, ni le mot exil […] Je n’ai pas de racines, aucun sol ne s’est fiché en moi. Je n’ai pas d’origines [12].

Certes, on sait qu’elle a des parents et grands-parents iraniens, russes, hongrois, dont certains sont juifs, mais, comme le dit Pigeat, en une plaisante litote, « Yasmina Reza reste très discrète sur sa vie » [13]. Non seulement elle n’a nulle racine, mais elle n’a nulle allégeance à une classe précise et entretient le flou sur son milieu d’origine. Cette litanie de négations est une manière de s’exclure du politique. Dans cette acception du mot politique (politikos), Reza se considère donc apolitique comme on est apatride.

Dans l’autre acception du mot, politikè, il s’agit de nommer la lutte pour la représentativité et le pouvoir par des partis politiques selon une idéologie tenant à la meilleure façon de gouverner la cité. Est-il possible, en ce sens restreint, d’être apolitique dans un pays qui s’accroche au clivage droite/gauche, malgré une « convergence idéologique » de fait [14] ?

Autant qu’on sache, Yasmina Reza n’a jamais utilisé sa renommée pour se prononcer sur des questions tenant à la gouvernance du pays, aux méthodes politiques ou aux questions sociales qui agitent la France. Dans L’aube, elle a la dent dure pour ceux qui « endossent avec cette gravité furieuse le statut d’intellectuel » (p. 158). Surtout, elle exprime à maintes reprises son ignorance en matière de politique politicienne : « je n’ai aucune clé » (p. 15), écrit-elle à propos des paroles du ministre de l’intérieur lors d’une réunion sur l’immigration. Le 30 novembre 2006, lors de l’annonce officielle de la candidature de Sarkozy, elle avoue ne rien connaître « à la dramaturgie politique » (p. 43). « Serait-ce moi qui n’y comprends rien ? » s’interroge-t-elle plus tard devant Sarkozy et son homologue espagnol qui se congratulent (p. 98). Sa neutralité est parfois prise en défaut comme lorsqu’elle émet des jugements sur des discours du candidat de l’UMP, mais il est vrai que, dans un cas, celui-ci cite les Lettres à un jeune poète de Rilke (p. 110) ; dans l’autre il parle de culture (p. 133) ou de son attachement à la France (p. 134), toutes choses qui sont dans les cordes de la narratrice. Qu’on ajoute ou non foi à ces aveux de carences (c’est un livre futé, ne l’oublions pas !), Yasmina Reza garde ses opinions pour elle. Puisque la politique, c’est avant tout l’action politique, elle insiste aussi sur le fait que, même pendant cette année où elle est enchâssée (comme on le dit des journalistes embedded dans une armée) de juin 2006 à juin 2007 dans le staff du candidat, elle n’a jamais pris part à la campagne : « suis-je censée me mêler de quoi que ce soit ? non, bien sûr » (p. 121).

Pourtant, dans ses pièces ou récits [15], elle n’hésite pas à « se mêler » de commenter l’ordre social, en usant de dérision pour mettre en lumière défauts, ridicules et faux-semblants. « Art », par exemple, critique la société de consommation, le règne de l’argent, le snobisme et même le mariage bourgeois. Le Dieu du carnage et Dans la luge d’Arthur Schopenhauer fustigent la violence primitive qui couve sous les convenances des milieux petits-bourgeois. D’un autre côté, sans aller jusqu’à la satire d’un libertaire (on peut penser à Octave Mirbeau), l’écrivain s’en prend aussi à la bourgeoisie gauchiste bien-pensante, comme dans Trois versions de la vie ou Une désolation qui jettent un éclairage mordant sur les universitaires et leur barbarie feutrée. Reza n’est pas, pour autant, un imprécateur comme un Frédéric Beigbeder ou un Michel Houellebecq, mais ses cibles sont les leurs. Alors que Beigbeder écrit pour le Nouvel Observateur, Houellebecq affiche (ou prétend afficher), un point de vue politique, celui du conservatisme dans un pamphlet où il conclut qu’un conservateur a un grand charme, « celui d’un individu très peu dangereux » [16]. Ce pamphlet est, naturellement, un pastiche, une chausse-trappe pour brouiller les pistes de l’étiquetage politique, lequel sera toujours réducteur aux yeux des écrivains. Il est intéressant de le citer, cependant, car, d’ordinaire, ce sont les autres qui vous étiquettent écrivain de droite [17], vestige de l’anathème de Jean-Paul Sartre qui rangeait parmi les « salauds » de droite tout écrivain qui ne prenait pas position. Écrire reste un engagement, mais la chose est entendue comme une loi d’ordre général, à la manière de la proposition selon laquelle tout est politique : « une œuvre invente son public et, par là même, contient la société, c’est en cela qu’elle est politique » [18]. L’œuvre satirique de Yasmina Reza semblerait pencher plutôt à gauche, car « on a l’impression qu’il faut impérativement avoir une idéologie de gauche pour faire de l’humour satirique » [19], bien que les contre-exemples ne manquent pas. Mais Jérôme Garcin rapporte sans plus de précisions qu’on a aussi taxé le théâtre de Reza de « réac » [20]. De fait, est-ce « de gauche » ou au contraire « réac » que d’explorer la « méchanceté du temps » [21], la « fureur et désespoir métaphysiques » [22], de construire une œuvre qui invite à philosopher sur « la mièvrerie de la vie » ainsi que « la noirceur, la misanthropie […] vérité d’un possible rapport au monde » ? [23]Le fait est que, moraliste, Reza refuse de colorer politiquement son observation du monde. Elle met le doigt sur les plaies sociales dans l’espoir que les choses changeront. En cela, la ligne directrice de son œuvre se distingue de celle d’un écrivain dit de droite : « Assigné, depuis 1815, à siéger dans l’opposition permanente, à représenter le parti des vaincus de l’Histoire, [l’écrivain de droite] porte en littérature le deuil éclatant des illusions politiques perdues » [24]. Admettons que ce sont là des éléments bien minces et que l’auteure ne puisse être étiquetée.

Dans L’aube, Reza poursuit sa stratégie d’évitement quant à sa place sur l’échiquier politique. C’est à Sarkozy lui-même qu’elle prête la conviction qu’elle serait de gauche [25] : elle se garde bien de l’affirmer, selon le principe de flou qu’on lui connaît pour ce qui concerne sa vie privée. Elle se dit « entourée de gens de gauche » [26]. Mais dans le texte, elle fait fi du clivage droite-gauche : les anti-Sarkozy et les pro-Sarkozy sont indissociables les uns des autres, tous « victimes de la dissolution de l’être dans la foule » (p. 59), position philosophique quant au primat de l’individu sur le collectif. Dans les conceptions réziennes, l’appartenance à un parti, à une ligne obligée, freine la liberté d’esprit et d’action, et donc réduit les potentiels de l’être [27]. Au fond, c’est une « citoyenne banale » qui adhère à certaines idées de Sarkozy et est « en profond désaccord avec d’autres » [28], mais on serait bien en mal de trouver dans le texte des éclaircissements sur celles qu’elle partage ou rejette. Des membres du staff la croient trop néophyte pour dépasser la « fascination de petite attachée parlementaire qu’exerce sur [elle] le monde politique » (p. 28) et on la ridiculise pour son ignorance (p. 152). De fait, ne pas (re)connaître la politique est justement la force de ce texte. Reza se situe ailleurs que sur le terrain de la politique politicienne : elle écrit de « l’endroit où il n’y a rien à attendre, les lambeaux d’hier, le train monotone, l’existence qui passe inaperçue » (p. 181).

Ce qui aurait pu passer inaperçu au cours de cette campagne, ce sont les paroles ou les gestes et Reza va se mettre en devoir de redonner leur sens aux « mots [qui, dans ce milieu,] sont le poids de l’hélium » (p. 35). Comme si elle procédait au travail inverse d’un dramaturge qui consiste à parer ses personnages de paroles et de mimiques pour les faire vivre, elle couche sur le papier les actes, les mots des personnages qu’elle observe, pour les recréer dans l’instant fugace où ils ont surgi. Reza n’a pas à faire d’effets de manche pour convaincre de l’authenticité de ses notations [29]. C’est ainsi que L’aube contient un grand nombre de dialogues rapportés, de multiples réparties entre le candidat et son entourage, Reza et des politiciens plus ou moins célèbres, de même que des récits de deuxième main qui mettent le lecteur en situation de témoin oculaire. De plus, Reza rapporte des commentaires des personnages sur eux-mêmes de sorte qu’on se fait une opinion sur la manière dont ils se perçoivent. L’aube comprend aussi des commentaires à la première personne de la part du narrateur, philosophe à ses heures. Voici donc la forme qu’elle invente pour ce projet. Plutôt que purement littéraire, ce style n’est pas sans parenté avec le new journalism d’outre-atlantique [30].

En effet, les quatre grands traits distinctifs du new journalism informent L’aube : la reconstitution de scènes entières, la retranscription de conversations assez longues plutôt que de citations tronquées, une grande attention aux détails (gestes, apparences, objets) et surtout, un point de vue très affirmé, généralement à contre-courant de la pensée unique. Nombre d’observateurs de la société (Joan Didion par exemple) préfèrent cette approche au journalisme politique. D’ailleurs, d’après Reza, les journalistes politiques ne perçoivent pas l’essence des situations (p. 45, 88, 139). Cette facture présente l’intérêt d’inclure des faits avérés ainsi que des récits et des interprétations. Comme dans le journalisme, le livre repose sur la connaissance de première main, mais avec un regard décalé du fait de la juxtaposition entre paroles d’autrui et paroles d’auteure.

Nicolas Sarkozy biographié

Sarkozy aurait dit à propos de Reza : « Il faut la laisser en liberté, sinon tu cours à la catastrophe absolue avec elle » (p. 112). L’auteure nous assure qu’il a respecté cet accord scrupuleusement ; peut-être même n’a-t-il pas lu le livre une fois achevé [31]. Reza y a certes consigné des paroles qui ne pouvaient être rapportées par la presse pendant la campagne (pp. 67, 88), mais le candidat ne courait pas le danger que L’aube influe sur les résultats du scrutin puisqu’il serait publié après coup. Par contre, le président prenait le risque qu’elle fasse de lui un portrait négatif, surtout au vu de la dérision et de l’irrévérence de Reza envers les gens qui se sentent importants ou investis d’une mission (cf. Henri dans Trois versions d’une vie, Alain dans Le Dieu du carnage, Arthur Sadi dans Une Désolation). En une phrase galante envers la littérature (et Reza), non sans une pointe de mégalomanie, Sarkozy lui avait dit lorsqu’elle lui avait soumis son projet : « Même si vous me démolissez, vous me grandirez ». De fait, Sarkozy avait effectivement bien senti que l’enjeu serait binaire : petitesse ou grandeur. Et Yasmina Reza ne tranchera pas, oscillant entre ces deux termes, tout au long de la campagne.

Au début de L’aube, Reza cherche son « sujet ». Après tout, elle a « l’impression que la terre entière le [Sarkozy] connaît mieux que moi. » (p. 53) Mais c’est aussi qu’elle veut établir un contraste entre l’esprit partisan et son propre regard. C’est pourquoi elle laisse le plus souvent son protagoniste s’exprimer et rapporte fidèlement (c’est tout au moins ce qu’elle laisse entendre) ses conversations. La plus longue reste celle entre Bouteflika et le candidat, rythmée des réponses de ce dernier : « J’entends », « J’entends bien » (p. 29-31). Sous la plume de Reza, ce dialogue ressemble aux conseils donnés à un futur prince, du pur Machiavel. De la sorte, le personnage central se dévoile tout seul, par ses propres paroles recueillies de façon neutre mais sans concession. Il se montre parfois vaniteux (p. 75, p. 144), boudeur (p. 117), odieux (p. 130), sentimental (p. 90), vantard (p. 144) ou encore matois comme lorsqu’il s’adresse à une assemblée de chercheurs et présidents d’université (p. 76), scène quasiment balzacienne qui évoque les balbutiements du père Grandet en train de rouler ses créanciers dans la farine.

Alors que les fidèles sarkoziens encensent le candidat ou notent son évolution vers plus de profondeur (par exemple, p. 34-5), Reza déplace l’attention sur des aspects jamais relevés jusque-là. Elle enregistre sa contenance (ses pieds toujours en mouvement, sa légère claudication), ou les contradictions entre les paroles du personnage qu’il s’est créé et ses humeurs (p. 139-40). Peu à peu, émergent deux traits : la solitude et la fragilité, en tant que caractéristiques non pas psychologiques, mais plutôt existentielles. La solitude est d’ailleurs le thème annoncé dès l’incipit : « L’homme seul est un rêve. […] un leurre. » (p.9), phrase sibylline qui donne un tour immédiatement philosophique à L’aube, et qui, à la réflexion, s’applique aux deux personnages, la narratrice et le sujet biographié. Reza détecte un rapport paradoxal dans la solitude chez Sarkozy, tantôt souhaitée pour « s’émanciper des êtres, se mettre hors d’atteinte » (p. 168), tantôt crainte, « cette déchirante propension à se sentir, au moindre ralentissement, écarté de la vie » (p. 100). L’auteure confie là une des clés de son écriture, sa fascination pour les êtres, comme elle-même, qui récusent la dictature du temps sur l’existence. Le titre du livre met d’ailleurs en relief l’importance du temps dans ses marges : tout compte (aube, soir et matin) mais pas le jour. On y reviendra.

Non sans humour, Reza peint un portrait inattendu du candidat en petit garçon vulnérable (p. 59, 73, 106, 144) ; elle le sent parfois « égaré » (p. 102) sous la « forteresse ambulante le toit dansant de perches noires qui épousent le moindre de ses pas » (p. 103). Le contraste est aussi souligné entre la grandeur de son destin de « fauve » pas encore domestiqué (p. 9) et la petitesse de sa taille (« un minuscule Nicolas », p. 74) qui a automatiquement suscité l’image d’un enfant : « il sourit comme un gosse frappé d’étonnement. C’est le visage de lui que je préfère » (p. 107). Contrairement à l’évidence, pour Reza, c’est la petitesse du candidat qui est aussi sa grandeur. Elle consigne ses propres « accès d’empathie » (p. 72) ou d’admiration pour « son don et sa compétence » (p. 131) et les efforts de Sarkozy pour faire « tout ce qu’il peut. À fond. » (p. 146). Elle aime aussi « son indocilité, sa répugnance au passage obligé » (p. 131) lors du tournage de spots publicitaires. C’est « hors micro, hors caméra » qu’elle l’admire « sans réserve » (p. 153). Admirable pour sa « Joie, insolence, envie de croquer le monde » (p. 72), c’est un enfant attachant, voire charmeur dans ses enthousiasmes, mais capricieux et capable de « colères et avoinées » (p. 89).

Au lendemain de la victoire du candidat, Reza reprend sa « vigilante raideur » (expression éminemment bourdieusienne et qu’elle avait utilisée en début de campagne, p. 49) et se positionne à nouveau à contre-courant par rapport à son staff. Au lieu d’observer Nicolas, c’est Andrée, sa mère, qu’elle regarde (p. 168). Recourant à une éloquente technique de distanciation, elle rapporte le récit d’un lendemain de fête qu’on lui fait, plutôt que de le relater elle-même (pp. 171-2). Cette description fait penser, cette fois-ci, à du Flaubert croquant de façon désabusée le lendemain des barricades de 1848 dans L’Éducation sentimentale. Le candidat a « gagné » et Reza évoque la trahison du président : il n’ira pas chez des moines pour se recueillir avant de prendre ses fonctions comme il l’avait prévu (p.172-3). Au Palais de l’Elysée, son discours, sa personne semblent « calcifiés » tel « un roi moderne dans son château ancien » (p. 177). Lorsque Reza et Sarkozy se retrouvent finalement en tête à tête, ils en sont réduits à « parler politique » (p. 181), ce qui est présenté ici comme le degré zéro du parler vrai.

Lui qui voulait « concurrencer la fuite du temps » (p. 19) est désormais rattrapé et immobilisé dans un rôle : il n’est plus « en devenir » (p. 101) alors que, fondamentalement, c’est ce trait qui inspire l’auteure. Les parallèles entre les personnages réziens et Sarkozy n’ont pas échappé aux lecteurs : « C’est véritablement un de vos personnages » (p. 85), lui dit un ami qui vient de lire les premières pages du brouillon. Mais c’est au début de la campagne, à un moment où elle est à l’affût de signes de sa « vie intime » (p. 19) et d’affinités avec Sarkozy. Car la narratrice souligne assez souvent des analogies entre eux deux, chose qui se rapporte davantage au politique qu’à la politique.

Leurs origines représentent un point commun avéré : « Je suis un enfant d’immigré » (p. 134), déclare Sarkozy en se référant à ses origines hongroises dans un discours qui émeut grandement Reza. Issus de l’immigration, une immigration choisie et relativement ancienne, tous deux se font une grande idée de la France. Au détour d’une interview, Reza invoque d’ailleurs la raison qui lui a fait préférer le candidat de l’UMP à la candidate du PS pour mener ce projet à bien : comme Reza, Sarkozy est dans l’« impossibilité d’en appeler à une terre, à un canton, à un village, comme a pu le faire Ségolène Royal » [32]. On est à nouveau sur le terrain du politique : Reza est à la fois de nul pays (quasiment apatride, avons-nous suggéré plus haut) et patriotique. Comme chez Sarkozy, son enracinement est de nature symbolique, c’est-à-dire un produit de la volonté. Mot central à l’œuvre rézienne, c’est un autre trait de caractère qui lie Reza et Sarkozy, notamment sous forme de l’exigence de se forger son propre destin, ambition qu’elle dénote chez Sarkozy comme chez elle-même (p. 26, 97).

Ce que ces traits disparates ont en commun, c’est un identique rapport au temps : « Je ne cherche pas à écrire sur le pouvoir ou la politique ou alors la politique en tant que mode d’existence. Ce qui m’intéresse, c’est de contempler un homme qui veut concurrencer la fuite du temps » (p.19) [33]. Alors que son observation est circonscrite dans une période strictement délimitée, la narratrice textualise son refus de prendre en compte le passage du temps : rien dans ses notations ne vient en scander la chronologie. Chaque moment présent est vécu dans l’intensité d’un tournant critique. De la même manière, il est remarquable que ni le passé de son sujet, ni son avenir ne viennent s’interposer en cours de narration. Ainsi, Reza relève chez son sujet du dédain pour le passé : « Je transpose pour moi-même. Hier n’existe pas » (p. 28), chose développée plus longuement dans deux œuvres autobiographiques, Hammerklavier et Nulle part, véritables compendiums sur la lutte des êtres humains contre l’espace-temps. D’ailleurs, ces points communs métaphysiques qui ont attiré la narratrice vers son personnage ne signifient pas qu’ils soient le même genre de personne. La fréquentation quotidienne de Sarkozy montre clairement que Reza n’a pas ses modes de fonctionnement : c’est un homme impatient, qui n’écoute pas (p. 165), qui « n’aime pas qu’on lui parle » (p. 142), alors qu’elle observe tout et écoute tout le monde.

Ce qui ressort de cette analyse des analogies entre écrivain et candidat, c’est que Reza dessine une image inversée d’elle-même, une image repoussoir. Dans son souci premier de trouver la forme qui convient à sa démarche, Reza fait de L’aube est un ouvrage sur l’écriture et, en particulier, sur ce que le littéraire a de supérieur au politique. Sous la lumière métaphysique (solitude, volonté, ambition), il ne fait pas de doute que l’esprit littéraire produit un personnage (Reza, la narratrice) dont la pensée et l’expression dénotent une finesse, une complexité que n’ont pas les paroles du sujet biographié [34].

Le destin politique

Devant la circonspection envers le sujet biographié qu’exprime la narratrice à maintes reprises, on peut s’interroger sur sa persistance à le suivre une année entière. Elle s’en est expliquée en recourant au mot politique, mais associé au vocable destin, ce qui en modifie considérablement le sens : « Ce qu’on appelle le destin politique me fascine depuis des années. Pas la politique en tant que telle, non, le destin politique » [35]. Oublions un moment l’épithète politique, pour explorer la notion de destin chez Reza. Sarkozy comme d’autres (le mystérieux G., Henri Guaino et ceux encore qui surgissent au détour d’une conversation) seraient-ils « appelés » à accomplir de grandes choses ? Croit-elle en une prédestination ? On aurait du mal à concilier ce principe avec une œuvre dans laquelle les personnages sont les agents de leur propre vie, sans aucune intervention de forces extérieures, divine ou autre. La religion, traditionnelle ou new age, n’est d’ailleurs pas une donnée pertinente de son théâtre. Par ailleurs, l’auteure affirme, en commentant les paroles du généticien Axel Kahn, qu’il n’y a pas « de gène du destin » (p. 116). Il lui arrive justement de critiquer Sarkozy pour ses superstitions (« Il croit en l’aide surnaturelle », p. 57). Destin ici serait plutôt pris dans un sens, disons positiviste, au sein d’un champ sémantique où sont convoqués les principes de volonté et de liberté. Admiratrice de Imre Kertész, elle a pu se pénétrer des conclusions du jeune Imre, survivant d’Auschwitz, qui tentait de « rescaper » une part de lui-même, quelle qu’elle soit, plutôt que d’être une victime sans destin :

S’il y a un destin, la liberté n’est pas possible ; si, au contraire,[…] la liberté existe, alors il n’y a pas de destin […] c’est-à-dire qu’alors nous sommes nous-mêmes le destin [36].

Cette formulation (« être à soi-même son destin ») donne une importance considérable à la volonté personnelle plutôt qu’accorder au destin le sens classique d’une vie orchestrée par des forces supérieures, trois Parques des Grecs anciens – ou Nazis. Dans L’aube, Reza se déclare être « touchée » par ces hommes et femmes politiques qui « jouent gros », non seulement leur existence, mais « l’idée qu’ils s’en sont faite » (p. 56). Le destin politique n’est donc rien d’autre que la décision - courageuse certes - de construire une existence autour de la vie politicienne dans une tentative pour « échapper à la torpeur du banal » (p. 181).

La campagne

Ce que l’auteure se propose de mettre en lumière, c’est comment le destin politique ainsi défini s’inscrit dans le quotidien d’une campagne. Une campagne électorale est une scène de théâtre idéale pour tous ces personnages qui se sentent dotés d’un destin politique : « Le concept pertinent de la politique, c’est donc l’image doublement poétique de la scène : c’est une métaphore, et cette métaphore renvoie au lieu théâtral et à sa poétique propre » [37]. Cette poétique dans L’aube, c’est celle du non-sens parce que ses acteurs n’ont pas réalisé qu’ils ne sont « fauves [que] dans leur arène, ailleurs ce sont des animaux domestiqués » (p. 9).

Page après page, L’aube rend toute leur incohérence au tourbillon d’activités et de déplacements, aux réunions, aux forums, aux passages obligés, telles ces « visites irréelles [d’usines] longue chenille ridicule d’une centaine de suiveurs » (p. 129). Par le truchement de l’accumulation de moments et d’endroits triviaux que ne relie aucune (chrono)logique, qui ne s’expliquent pas et n’ont pas de conséquences discernables, L’aube ne raconte pas une tragédie. Le titre, sorte d’aphorisme, est donc ironique : « Il n’y a pas de lieux dans la tragédie. Et il n’y a pas d’heures non plus. C’est l’aube, le soir ou la nuit » (p. 126). Quelques pics scandent ces grands happenings répétitifs et mobilisateurs d’énergie, comme l’intronisation officielle du candidat, ou le premier et le deuxième tour des élections. En un moment d’euphorie, Sarkozy entraîne bien Reza dans un pas de valse (p. 151). Mais, au final, la politique ne délivre pas ses promesses d’apogée, encore moins d’épiphanie. Alors que les pièces de Reza reposent sur une mécanique d’horlogerie où chaque conflit est éliminé l’un après l’autre pour dédramatiser les ridicules, « s’amus[a]nt du drame comme d’un pathétique éconduit » [38], L’aube pétrit un matériau prosaïque, peu profond, peu drôle : après tout, le candidat est un homme ordinaire qui, par le jeu des circonstances, oublie que « son ordinaire est aussi ordinaire que celui d’un homme courant » (p. 78). Ce que L’aube met en scène, c’est l’absence de signification, parce que « l’instant propre du politique » vous échappe toujours [39].

Cette dramaturgie sans théâtralité aboutit à une révélation quelque peu attendue de la part de la satiriste : « il n’est même pas sûr qu’il y ait quoique ce soit » (p. 186) au-delà de la montagne derrière laquelle le pouvoir est censé se tapir. « La présidentielle, c’est le voyage d’Ulysse », lui avait soufflé Patrick Devedjian, mais sans « Ithaque », avait-elle ajouté (p. 185). Dès le départ, Reza émet le doute que la présidence de la République puisse représenter le « pouvoir suprême » (p. 23). En fait, en la jugeant à une autre aune que la politique, Reza dénigre l’ambition de Sarkozy, « un homme qui tente de s’élever selon le monde » (p. 163) :

« Parce que ma vie et l’histoire de ma vie [dit Sarkozy], c’est de partir de tout en bas pour aller tout en haut. Il ne me reste plus qu’une marche… »

Tout en haut ? Existe-t-il dans la vie humaine un espace qui s’appelle en haut ? Quel désenchantement si cela était. (p. 97)

Comme on s’y attendrait dans un livre en quête du sens caché sous les apparences et les idées toutes faites, l’objectif tant désiré n’a rien à voir avec le bonheur. De toute façon, dans la philosophie de Reza, « le bonheur n’est su que perdu » [40]. Le lendemain de la victoire, Reza note l’air de Sarkozy, accablé par la solennité de son entrée à l’Elysée (p. 176). Deux jours plus tard, elle s’enquiert « Tu es content ? » (p. 179) et il lui confie : « Je suis content en profondeur, mais je n’ai pas de joie » (p.180).

Le destin, la volonté, la solitude, la tentative de contrôler la fuite du temps, ce réseau de concepts métaphysiques qui donne sa cohérence à un texte relatant le tohu-bohu du monde échappe au décryptage politique. Dans ce compte-rendu partial, rien de manichéen. Aucun travestissement – comme les idées politiques – ne résiste à l’œil acéré, aux bouffées d’admiration, aux réticences, aux désillusions que dissèque un tel scalpel existentiel. La discrète dialectique qui oppose la littérature à la politique dans L’aube crée une forme littéraire hybride, journalistique dans un certain sens, mais sans arriver à élever son sujet vers la tragédie : la politique est un terrain dont il est ardu de « grandir » les acteurs.

Le psychodrame que fut cette élection présidentielle « pas comme les autres » [41] demandait un livre pas comme les autres : ni tout à fait politique, ni tout à fait littéraire, ni tout à fait dramatique, un objet métaphysique et mélancolique pour raconter le non-sens de ceux qui se sentent investis d’un destin mais qui seront probablement trompés « à la manière dont la politique trompe tout le monde » [42].

Ouvrages cités

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par Hélène Jaccomard

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Pour citer cet article :

Notes

[1] Paroles de Nicolas Sarkozy déclarées à Yasmina Reza, Jérôme Garcin, « Il voulait séduire la France », Nouvel Observateur, 04/09/2007, en ligne.

[2] Pour Martine Delorme, L’aube « n’est en aucun cas un livre politique. C’est le contraire d’un livre en noir et blanc » (« Yasmina Reza » Le Magazine Littéraire 467, septembre 2007, en ligne), remarque qui en dit long sur la bipolarité de la vie politique française. Citons aussi la brève description qu’en fait de Donna Seaman : « mercifully apolitical political sketchbooks » (« Dawn, Dusk, or Night : A Year with Nicolas Sarkozy », Booklist 5/15/2008, Vol. 104 Issue 18, 17).

[3] Nous avons travaillé principalement à partir de dossiers mis à disposition sur Internet, notamment http://arlindo-correia.com/280807.html (consulté le 29 octobre 2009) qui regroupe des compte-rendus du Monde, de Libération, du Figaro, du New York Times, The Economist, du Nouvel Observateur etc. (On notera qu’aucun des documents n’y est paginé).

[4] Philippe Ridet, « Yasmina Reza, Nicolas Sarkozy », Le Monde 23/08/07, en ligne.

[5] Les numéros de page renvoient à Yasmina Reza, L’aube le soir ou la nuit, Paris, Flammarion, 2007.

[6] Jérôme Garcin, « Relire Reza et Reinhardt », Nouvel Observateur 15/02/2008, en ligne.

[7] Cf. Cristina Nehring qui interprète le livre comme du dépit amoureux (Cristina Nehring, « Un homme in full », Atlantic Monthly, Jun 2008, Vol. 301 Issue 5, p103-108) ; ou encore les paroles d’Alain Minc que Reza rapporte dans L’aube : « Vous avez le choix [l’avertit Alain Minc] entre être amoureuse ou être ambitieuse » (p. 88).

[8] Garcin, « Il voulait séduire la France », op. cit.

[9] http://fr.wikipedia.org/wiki/Politique, consulté le 29 octobre 2009.

[10] Pierre Campion, « Littérature et politique, Jacques Rancière », 2002, 5, en ligne.

[11] Cf. Bruno Latour, Changer de société, refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, 2005.

[12] Yasmina Reza, Nulle part, Paris, Albin Michel, 2005, 55 et 57.

[13] Aurélien Pigeat, « Art » (1994) Yasmina Reza, Paris, Hachette, 2005, 40.

[14] Laurent de Boissieu, « Clivage droite gauche », 2007, en ligne.

[15] Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Yasmin..., pour la liste des œuvres de Reza.

[16] Michel Houllebecq, « Le conservatisme, source de progrès », 2003, en ligne.

[17] Alain Genestine, « Les écrivains : Qu’en est-il du clivage gauche-droite ? », 2008, en ligne.

[18] Gérard Dessons, « La manière critique », La Quinzaine littéraire 997, 1-31 août 2009, 10.

[19] Pierre le Dim, « Faut-il être estampillé de gauche pour faire de l’humour satirique ? », 18 novembre 2007, en ligne.

[20] Jérôme Garcin, « La face cachée de Sarkozy », Nouvel Observateur 23/08/2007, en ligne.

[21] Denis Guénoun, Avez-vous lu Reza ? Une invitation philosophique, Paris, Albin Michel, 2005, 23.

[22] Guénoun, Ibid. 116.

[23] Catherine Argand, « Yasmina Reza », Lire, septembre 1999, en ligne.

[24] Genestine, op. cit.

[25] Garcin, « Il voulait séduire la France », op. cit.

[26] Garcin, Ibid., « G. » pourrait être Dominique Strauss-Kahn (cf. Matthew Campbell, « Sarko’s femme fatale linked to his rival », The Sunday Times, 26 August 2007, en ligne) ; un certain François, mentionné p. 37, est vraisemblablement François Zimeray, qui fut député européen socialiste de 2000 à 2004.

[27] C’est un des thèmes de Trois versions de la vie et du Dieu du carnage.

[28] Garcin, « La face cachée de Sarkozy », op. cit.

[29] Il y a un contrat de vérité par l’onomastique : Reza cite les lieux précis et, le plus souvent, les noms de ses interlocuteurs ou des personnes publiques autour d’elle.

[30] Cf. Tom Wolfe, The New Journalism, New York, Harper and Rowe, 1973.

[31] Ridet, op. cit.

[32] Garcin, « Il voulait séduire la France », op. cit.

[33] C’est moi qui souligne.

[34] Rappelons que L’aube précède la polémique datant de 2008 soulevée par certaines affirmations du président sur le canon littéraire enseigné au lycée et représenté par La Princesse de Clèves ; en revanche, les premiers commentaires à ce sujet de Sarkozy datent de 2006 (cf. Pierre Assouline, « Le président veut-il la peau de la princesse ? », La République des livres, 16 avril 2008, en ligne).

[35] Garcin, « Il voulait séduire la France », op. cit.

[36] Imre Kertész, Être sans destin, Arles, Actes Sud, [1975] 1997, 358.

[37] Campion, op. cit.

[38] Denis Guénoun, Actions et acteurs, raisons du drame sur scène, Paris, Belin, 2005, 76.

[39] Campion, op.cit.

[40] Yasmina Reza, Hammerklavier, Paris, Albin Michel, 1997, p. 35.

[41] Georges Balandier, “Une élection présidentielle « pas comme les autres ». Fenêtres sur un nouvel âge, Fayard, 2008, en ligne.

[42] Imre Kertész, Liquidation, New York, Harvill Secker, [2003] 2006, 72.

 

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