Complexités françaises

Une critique de Jean-Baptiste Mathieu

Thèmes : Identités et reconnaissance

Date de parution : 23 avril 2010


A propos de : Mona Ozouf, Composition française : Retour sur une enfance bretonne, Paris, Gallimard, coll. "Blanche", 2009

ISBN 10 : 2070124649
ISBN 13 : 978-2070124640
Nb. de pages : 258 pages
Prix : 17.50 euros

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Référence : Article publié dans le magazine Page des libraires, n°129, avril-mai 2009. Repris avec l'aimable autorisation de l'éditeur et de l'auteur.

Connue et reconnue pour ses travaux d’historienne de la Révolution française et de l’école républicaine, ainsi que pour ses essais sur le roman du XIXe siècle, Mona Ozouf, avec Composition française, a en quelque sorte écrit son autobiographie intellectuelle. Ce « retour sur une enfance bretonne » (tel est le sous-titre du livre) éclaire en effet le choix ultérieur de ses objets d’étude. Fille d’un instituteur de la IIIe République qui milita pour la reconnaissance de l’identité bretonne, élevée par une grand-mère qu’elle définit comme « la Bretagne incarnée », et par une mère fidèle à l’engagement de son mari et comme lui institutrice d’une école qui ne reconnaissait pas cet engagement, brillante élève de cette même école qui ne voulait voir en elle que l’élève, Mona Ozouf a tôt fait l’expérience des tensions, au cœur de l’identité française depuis la Révolution, entre l’universel et le particulier, l’égalité et la singularité, la liberté et l’appartenance. Composition française raconte et décrit cette expérience, dont le dernier chapitre du livre, où l’essai historico-politique se substitue à l’autobiographie, montre que les recherches historiques de Mona Ozouf en sont, à leur manière, le prolongement.

Mais Composition française – et c’est là ce qui fait tout son intérêt – est davantage que la remontée aux sources d’une œuvre. C’est, portée par le récit, une méditation sur la complexité des identités, aussi bien individuelles que collectives, sur l’inévitable imbrication de l’aspiration à la liberté, à l’égalité, et du désir d’appartenance, qu’un certain discours républicain tend à représenter comme incompatibles. Cette complexité, cette imbrication, Mona Ozouf les montre à l’œuvre dans l’engagement de son père et de sa mère, la conduite de sa grand-mère, son expérience de l’école : « La Bretagne vivait à la maison en la personne de ma grand-mère, et pourtant c’était elle qui m’entretenait de la France. La France enseignée à l’école était celle que la maison désignait comme notre ennemie héréditaire, obstinément unificatrice et centralisatrice, et pourtant elle était aussi le pays qui avait fait, en séquences pédagogiquement ordonnées, une marche vers la justice et la démocratie, en quoi elle était une patrie rationnelle plus qu’une patrie empirique, et à celle-ci, la maison pouvait souscrire sans trahir sa foi bretonne. La Bretagne de la maison se vouait à la collecte des mythes en passe de mourir, les cloches de la ville d’Is tintaient toujours à nos oreilles, et pourtant elle était aussi une volonté et un avenir […] ». En portent aussi témoignage les positions nuancées sur la parité, le port du voile à l’école, ou la reconnaissance des langues régionales qu’elle développe dans le dernier chapitre. De la vie familiale et scolaire d’une petite Bretonne dans les années 1930 et 1940 à la politique de la France contemporaine : tel est le riche parcours auquel nous convie Composition française.

Une critique de Jean-Baptiste Mathieu

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