Le travail sans fin (appel à contributions)


Date de parution : janvier 2011

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« La perpétuité des processus de travail est garantie par le retour perpétuel des besoins de la consommation [1] » écrivait Hannah Arendt en 1958. Ce faisant, elle attirait l’attention sur une propriété du travail, comme modalité de la vita activa, qui ne s’est aujourd’hui pas démentie. Le travail est sans fin parce que la production est désormais entièrement tournée vers la consommation, que le besoin de consommer ne s’interrompt jamais et que toute activité « laborieuse » tend à s’inscrire dans l’horizon étroit de la raison économique qui entend le prendre en charge.

Dans une telle perspective, peut se déployer la contestation du travail comme valeur : il serait devenu cette forme d’aliénation dont il conviendrait de se libérer. Ainsi se trouve renversée la perspective explorée par Thomas More qui plaçait précisément au cœur de l’utopie le travail comme moyen permettant à l’homme de s’affranchir de la nature et de devenir lui-même. Un monde sans travail serait-il alors l’utopie de notre temps ?

Que serait pourtant une société sans travail ? On peut l’imaginer mais peut-on (et comment) la vivre ? Critiqué, le travail semble de fait n’avoir jamais été autant désiré : le chômage de masse, la précarité, la détérioration des conditions de travail, bien loin de le déstabiliser comme valeur et comme statut, ont en effet entraîné son fort réinvestissement social, politique, intellectuel et culturel.

Comment la question des finalités du travail est-elle appréhendée dans les discours et représentations ? Comment la littérature, le cinéma, les documentaires, les arts en général, la philosophie, la prennent-ils en charge, la nuancent-ils, la reconfigurent-ils ? Quelles œuvres parlent aujourd’hui du monde social, de ses luttes, de ses crises ? Que nous disent-elles ? Et selon quelles modalités ? Observe-t-on l’émergence de formes nouvelles pour dire l’éclatement du rapport au travail ou ses métamorphoses ?

Plusieurs types de propositions sont envisageables, et nous nous bornerons ici à présenter quelques axes de réflexion :

- 1. La forte thématisation du discours managérial accompagnant l’émergence d’un « nouveau productivisme », a souligné les tensions qui se sont faites jour entre la manière dont les individus tendent à se représenter leur travail (ses exigences, ses fins, etc.) et les formes dominantes de rationalité économique à l’œuvre. On pourra s’interroger sur les enjeux et modalités de la représentation, ou mise en abyme, de ces discours dans les œuvres artistiques (littérature, théâtre, cinéma…) : comment résonne la voix du chef d’entreprise, et à quelles saisies (critique, parodique, ironique…) se prête-t-elle ? Quels sont les impacts de cette nouvelle langue managériale sur la perception même de la réalité vécue ? Et face à ces discours (de) dominants, quelles autres voix se font entendre, et comment ?

- 2. La question des conséquences de la perte ou de la précarisation de l’emploi mériterait d’être abordée, tant sur un plan individuel que collectif : si la fermeture des usines ou la délocalisation participent d’un mouvement globalisé qui marque la fin d’un monde, voire d’une civilisation, c’est bien parce que disparaissent une histoire, un paysage, des traditions, des pratiques et un savoir-faire qui ont marqué des générations entières. Comment l’identité de l’individu, du groupe, ressent-elle de cette cassure dans l’ordre du temps et de l’espace ?

- 3. Comment, dans le rapport au travail, se figurent et se pensent, à l’époque contemporaine, les formes de l’injustice et de la justice sociale ? Quels comportements, quels (res-)sentiments suscitent-elles et quelle reconnaissance, et légitimité, leur sont-elles accordées ?

- 4. La question du travail appelle aussi une interrogation sur les rapports entre vie privée et vie professionnelle. Selon quelles modalités sont donnés à voir les liens entre, d’une part, la vie privée et intime des hommes et des femmes et, d’autre part, le travail ou son absence ?

- 5. On pourra se demander quel rôle joue le travail dans la perception qu’a l’individu de lui-même et qu’ont les autres de lui et décliner cette interrogation en termes de représentation fictionnelle : jusqu’à quel point la mention, ou la description du travail est-elle nécessaire à la création d’un personnage ? Simple effet de réel, élément de contextualisation historique ou véritable enjeu de l’œuvre, le travail, dès lors qu’il entre dans un univers de fiction, se charge de sens et de valeurs qu’il convient d’interroger.

- 6. Ce dernier questionnement peut du reste se prêter à une saisie diachronique : quelles différences, par exemple, entre la représentation du travail dans le roman du 19ème siècle et le roman contemporain ?

Les propositions d’articles devront être adressées à la rédaction de Raison publique pour le 15 avril 2011 par courrier électronique (redaction@raison-publique.fr - préciser en objet du message : « Dossier : Le travail sans fin »). Des propositions détaillées, de 5000 signes environ (espaces compris), sont attendues. La remise définitive des articles est prévue pour le 30 juin 2011.
Merci de joindre, sur un feuillet distinct, une brève présentation biographique de l’auteur et ses coordonnées. Des informations supplémentaires sur le format des contributions et la revue Raison publique sont disponibles sur le site : http://www.raison-publique.fr/artic....
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Pour citer cet article :

Notes

[1] ARENDT H., La Condition de l’homme moderne (1958)¸ trad. G. Fradier, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Agora », p. 175.

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