Le Hezbollah face au retrait syrien et à la « guerre de 33 jours » : la question libanaise au miroir du complot

mardi 18 décembre 2012, par Isabelle Safa

Thèmes : Complot

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« On ne croit plus aux machinations des divinités homériques, auxquelles on imputait les péripéties de la guerre de Troie. Mais ce sont les Sages de Sion, les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes qui ont pris la place des dieux de l’Olympe homérique »
Karl Popper

L’histoire du Liban depuis sa création récente (1920) voit régulièrement surgir la figure du complot : en pleine guerre civile (1975-1990), un ouvrage d’analyse des causes et enjeux du conflit paraissait avec pour titre Les complots libanais [1] ; plus récemment, un autre ouvrage soulignait par une question, Qui veut détruire le Liban ? [2], une intentionnalité maligne à l’œuvre contre la souveraineté voire l’existence même du pays. Le Liban est perçu comme le théâtre d’une lutte d’influences entre acteurs régionaux ou internationaux, et à ce titre terrain privilégié de déploiement de leurs complots. Tant et si bien que le discours complotiste semble une modalité d’expression privilégiée du vocabulaire politique libanais. Il s’agira d’en interroger l’usage et l’utilité dans le contexte récent de la guerre opposant Israël au Hezbollah, sur fond de divisions entre Libanais.

À l’été 2006, une opération commando du Hezbollah libanais en territoire israélien déclenche un conflit armé qui dure un mois, du 12 juillet au 14 août. Le Liban traversait alors depuis près de deux ans une grave crise politique ouverte par la prorogation, sous injonction syrienne, du mandat du président Émile Lahoud. En réaction, le Premier ministre Rafic Hariri passait à l’opposition, dénonçant avec elle l’intervention de la Syrie dans la vie politique libanaise, soutenue par une présence militaire syrienne maintenue au Liban depuis 1976. Plus généralement, cette opposition dénonçait les partisans d’un axe Beyrouth-Damas-Téhéran, hostiles à tout changement imposé par l’Occident. En 2004, le Conseil de Sécurité des Nations Unies, conjointement saisi par la France et les États-Unis, avait en effet condamné le coup de force syrien : la résolution 1559 du 2 septembre, adoptée dans l’urgence, appelait au respect de la souveraineté du Liban, au retrait des troupes étrangères et au désarmement de toutes les milices. L’assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005 survint sur fond de tensions électorales entre pro-syriens et opposition à l’approche des législatives. L’indignation qu’il suscita déclencha la « révolution du Cèdre », conduisant au retrait de la Syrie, suspecte de l’avoir commandité, et à l’organisation d’élections au printemps 2005. Les stratégies électorales locales brouillèrent alors la ligne de partage entre les deux camps : le général chrétien Michel Aoun, anti-syrien historique, signa un document d’entente avec le Hezbollah chiite, allié de la Syrie et principal visé par la résolution 1559 en raison de son arsenal militaire. La crise politique se cristallisa après les élections autour de deux questions : l’armement du Hezbollah, désormais parti de gouvernement, et son opposition à l’instauration d’un tribunal international pour enquêter sur l’assassinat de Hariri et les nombreux attentats survenus depuis à l’encontre de personnalités anti-syriennes. À la veille du déclenchement des hostilités le 12 juillet 2006, la société libanaise est donc divisée et son exécutif, composé d’anti et de pro-syriens, paralysé.

C’est dans cette conjoncture que s’actualise le discours du complot : symptôme de l’impossibilité de construire une communauté politique, il se transforme avec la guerre en puissant facteur d’unité, tout en empêchant l’émergence d’un discours concurrent [3].

Le discours complotiste, loin d’être l’apanage d’une catégorie particulière d’acteur politique ou de population, peut se définir comme une « vision du monde dominée par la croyance que tous les événements, dans le monde humain, sont voulus, réalisés comme des projets [qui], en tant que tels, […] révèlent des intentions cachées […] parce que mauvaises [4] ». Au-delà de la seule rhétorique consciemment exploitée par tel ou tel acteur public, il s’agit donc bien d’un ensemble d’éléments et de thématiques qui structurent la perception du politique : il n’est pas impossible que le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah instrumentalise en connaissance de cause des thèmes complotistes ; mais il est certain qu’au-delà – ou en deçà – des buts conscients de son discours, le complot remplit pour son public comme pour lui des fonctionnalités insoupçonnées.

On tentera donc de faire la part de distorsion et de fiction dans la reconstruction par le discours complotiste de la crise politique ouverte en 2004 et des trente-trois jours de conflit, et d’en questionner la fonction dans le débat politique libanais contemporain.

Une extraterritorialité fondatrice

Au Liban, le discours complotiste s’inscrit d’emblée dans un rapport à l’international. D’une part parce que le complot, c’est toujours ce que d’autres – des milices, des cartels, des gouvernements étrangers – trament autour de soi, d’autre part et surtout parce que la perception des événements locaux par les Libanais depuis le déclenchement de la guerre civile en 1975 est pour ainsi dire « extraterritorialisée » : il n’est pas rare que l’information, en raison des coupures de courant ou de l’impossibilité pour les habitants d’une région, ou d’un quartier, de se rendre dans le quartier ou la région voisine, transite par les parents et amis à l’étranger [5], mieux et plus rapidement informés. En dépit des prouesses techniques du Hezbollah qui ont permis à sa chaîne de télévision Al-Manar d’émettre pendant toute la durée du conflit, les nouvelles transitent encore par l’extérieur en 2006.

L’influence étrangère, plus particulièrement occidentale, est par ailleurs au fondement même de la construction du Liban, dont les frontières actuelles ont été tracées en 1920 par la France, et qui alimente une émigration soutenue en direction des États-Unis et de l’Europe. Parmi les chrétiens, les maronites sont l’exemple historique d’une communauté rattachée à l’étranger, puisqu’ils bénéficient de la protection française depuis les Capitulations – qui deviennent au XIXe siècle un instrument d’influence européenne. C’est pour les secourir que la France intervient en 1861 puis que, devenue puissance mandataire à l’issue de la Première Guerre mondiale, elle crée une entité libanaise séparée du territoire syrien. Ces précédents, réactivés par l’intervention américaine de 1958 pour soutenir le président maronite Camille Chamoun, contribuent à créer le mythe tenace d’une intervention occidentale acquise aux chrétiens dans un pays constitué de minorités confessionnelles et où chaque communauté préfère le soutien étranger aux alliances locales. Malgré le « Pacte national » conclu au moment de l’indépendance libanaise entre maronites et sunnites et fondé le double renoncement des chrétiens à la protection occidentale et des musulmans au rattachement à la Syrie, la méfiance l’emporte et chaque crise réactive les solidarités primaires : en 1958, les musulmans pro-nassériens militent pour un rattachement à la République Arabe Unie égypto-syrienne (1958-1961), en 1975 les chrétiens manifestent devant le balcon du patriarche maronite pour lui demander d’intercéder en leur faveur auprès des « puissances » occidentales.

Cette fragilité de l’unité nationale est d’autant plus déstabilisatrice que « l’efficacité d’un mouvement communautaire et la démonstration de sa puissance supposent souvent une énonciation internationale de son identité et de ses buts et donc une internationalisation de son action de contestation [6] » : la communauté chiite se tourne traditionnellement vers l’Iran, tandis que le puissant clan sunnite des Hariri doit sa fortune et son pouvoir à l’Arabie Saoudite, avec laquelle il continue d’entretenir des rapports étroits. Ces allégeances régionales ou internationales, dictées par les appartenances confessionnelles, sont complexes et – les évènements récents l’ont montré – susceptibles d’évoluer. Des chrétiens maronites comme Sleimane Frangié ou Michel Samaha – le premier est chef du parti Marada et ami personnel du président syrien, le second est prosyrien depuis 2002 après avoir été Phalangiste – s’en remettent à la Syrie plutôt qu’à l’Occident : de cette allégeance, impliquant l’abandon de toute velléité souverainiste, dépend désormais la préservation d’un semblant de pouvoir politique pour une communauté qui se sent assiégée et menacée de destruction ou d’exil, en particulier depuis la guerre civile (1975-1990).

Les séquelles de la guerre civile

De nombreuses études sur la guerre civile font état des conséquences psychologiques et sociales de l’absence de véritable règlement du conflit [7], qui conduit à une mémoire partisane et rend les Libanais réceptifs à l’argumentaire complotiste. De fait, le retour sur la période est surtout le fait d’initiatives privées ou d’œuvres artistiques. Aucun projet officiel n’a été entrepris autour de la mémoire collective de la guerre, verrouillée en 1993 par une loi d’amnistie générale qui empêche tout traitement judiciaire et public des évènements. Les manuels d’histoire et les discours politiques oscillent donc entre amnésie volontaire et traitement violemment partisan, contribuant à entretenir les esprits dans la méfiance et le ressentiment. Roger Azzam affirme ainsi que « […] depuis le déclenchement de la guerre, la communauté chrétienne n’a cessé de constituer la cible principale des agresseurs de tous les bords, régionaux et internationaux. [8] ». Le titre même de l’ouvrage, « l’instruction d’un crime », affiche une perception complotiste. Cette victimisation fonde la mémoire chrétienne de la guerre, et s’oppose point par point au discours musulman, qui tient les chrétiens – plus précisément les maronites – pour responsables du conflit et leur reproche de vouloir accaparer le pouvoir politique à tout prix, y compris en se vendant à l’Occident et à Israël.

Ce soupçon généralisé est alimenté par la persistance à la tête des institutions politiques d’anciens seigneurs de guerre, figurants de premier choix pour tous les scénarios complotistes actuels : au complot américano-sioniste dénoncé par le Hezbollah et ses alliés depuis la résolution 1559 répond l’accusation de complot syro-iranien formulée par leurs adversaires. Significativement, chacun des deux camps est désigné par son allégeance à l’étranger : pro-occidentaux d’un côté, syro-iraniens de l’autre. Ces accusations sont reprises pendant le conflit de 2006 par Hassan Nasrallah à l’encontre du gouvernement, composé uniquement d’anti-syriens depuis la démission des ministres du Hezbollah : « Certains membres du Cabinet – je n’en ai jamais cité aucun par son nom – sont allés chez les Américains pour leur demander qu’Israël fasse la guerre au Hezbollah, ainsi qu’à tous ses alliés au Liban [9] ». Le flou volontaire entretenu sur l’identité des personnes visées permet à l’accusateur de ne pas se voir opposer de démenti, tout en jetant le discrédit politique sur l’ensemble de l’institution. Nasrallah ajoute que « ce n’est pas un hasard si ceux qui ont soutenu l’agression guerrière contre le Liban soutiennent ce qui reste d’un gouvernement déchu », étendant la grave accusation de traîtrise à tous les Libanais sceptiques à son égard.

Paradoxalement, l’effondrement du « système libano-syrien » et le volontarisme démocratique affiché depuis les élections, parce qu’ils « dessinent la chronologie d’un changement d’ère [10] » produisent du discours complotiste, qu’on peut interpréter comme une réaction d’adaptation. Cette fonction, endossée à partir des évènements déterminants de 2004, est exacerbée au moment de la guerre.

Un prisme pour appréhender le changement

Le schème du complot endosse une fonction compensatoire dans des sociétés où la création d’Israël et les défaites arabes sont vécues comme un traumatisme et une humiliation, ce que traduit le terme Nakba (catastrophe) employé pour s’y référer. Le déclin du nationalisme arabe, entériné par la défaite lors de la guerre de Six-Jours (1976), a laissé un vide politique et idéologique propice à la fermentation de récits de substitution propres à exonérer les gouvernements arabes de leur impuissance face à Israël et de leurs responsabilités envers leurs populations. La fragmentation de la nation arabe s’expliquerait par « […] un complot international de forces occultes organisé par les sionistes [11] ». Face à la crise politique ouverte en 2004, les Libanais relayent le discours complotiste comme une réponse à leurs interrogations.

Le complot répond à un besoin de clarté

La fin de l’après-guerre sous les auspices de la pax syriana [12] et les élections du printemps 2005 ouvrent une situation de transition : d’un ordre ancien gelé par l’occupant syrien mais intelligible, à un désordre nouveau dont les Libanais ignorent ce qu’il est susceptible de produire et dans lequel ils peinent à retrouver leurs repères traditionnels. Ils sont désorientés par le passage d’un système politique entièrement confessionnel à des clivages politiques qui transcendent en partie cette logique, passage perceptible dans l’éclatement du pôle chrétien.

L’ouverture et la complexification du jeu politique et la libération de la parole qui accompagnent la plupart des révolutions suscitent une « crise continuée des fondements, dans l’ordre de la connaissance comme dans celui des valeurs et des normes [13] » qui favorise la production complotiste. Face à cette complexité, le besoin de transparence des Libanais s’exprime dans des slogans qui exigent « vérité » et « lumière » sur les assassinats, mais ils sont confrontés à une multiplication des media qui les noient dans un flux d’informations difficilement hiérarchisables. De nombreux media appartiennent en effet à des hommes politiques ou des partis, ce qui les place d’emblée dans une présentation très partisane de l’information. Par ailleurs, le contraste entre cette abondance et la censure qui prévalait autrefois rend les gens méfiants, prompts à croire que la vérité est ailleurs. Devant la violence des attentats, les citoyens se sentent menacés et le recours au complot, tout en confortant leur angoisse, permet de penser qu’on peut y mettre fin en le dévoilant.

Proposer une grille de lecture

Il organise et rééchelonne les faits dans un cadre compréhensible et familier. Ce « cadre fondateur/intégrateur [14] » permet d’intégrer chaque événement nouveau et d’adapter la théorie à toute objection. Le fonctionnement de ce récit-cadre suppose une essentialisation de l’ennemi qui passe par l’abolition du contexte chronologique [15]. Les Protocoles des Sages de Sion en sont l’archétype : ce faux célèbre se présente comme un compte rendu de réunions secrètes de chefs Juifs dans un projet de domination mondiale. Il est promis dès les années 1950 à une large audience au Moyen-Orient où sa diffusion contribue à structurer l’anti-judaïsme des élites politiques et culturelles arabes [16]. En dehors de toute temporalité historique, les Protocoles peuvent servir de pièce à conviction universelle : « Le succès et la longévité des Protocoles […] tiennent […] au manque de précision du texte qui peut facilement s’adapter à tous les contextes de crise [17] ». Les archétypes ou mythèmes investis par le discours complotiste contribuent à l’élaboration d’un récit atemporel comme le sont les mythes [18], mais susceptible d’être réinvesti par l’actualité toutes les fois où la communauté a besoin d’être refondée.

Il ne s’agit pas de nier les faits réels qui ont servi de support à ces perceptions – il n’existe pas de mythe séparé de son contexte historique d’actualisation –, mais d’analyser l’usage dont ils sont investis, leur agencement dans le seul objectif de valider la thèse complotiste : la partition du Proche-Orient en États confessionnels, soupçonnée d’être le but recherché par les néoconservateurs, devient une preuve de plus de l’existence d’un plan caché pour justifier Israël comme État confessionnel. De la politique, naturellement machiavélienne, le complot tire une figure machiavélique c’est-à-dire fantasmée, dont le fonctionnement implique la préméditation et le secret. Le démantèlement d’une cellule liée au Mossad active au Liban peu avant la guerre déclencha ainsi une vague de panique qui se traduisit, après la visite par des unités de l’armée, de pharmacies dans la Banlieue Sud de Beyrouth, par une rumeur concernant de faux médicaments « empoisonnés et radioactifs » en provenance d’Israël [19]]. Ce récit est une des nombreuses variantes des campagnes anti-vaccination menées dans certains pays d’Afrique à forte population musulmane au motif que les médecins, complices de l’Occident et d’Israël chercheraient à stériliser les musulmans [20]. Avatar moderne de clichés antisémites anciens (les Juifs empoisonneurs de puits au Moyen-âge [21]), ces accusations révèlent à quel point le discours du complot, tout en se greffant sur des faits avérés dont il isole et amplifie un détail, est structuré par des éléments mythiques intemporels : le poète libanais chrétien Marwan Chamoun raconte à l’antenne de Télé Liban qu’en 1840 à Damas, un prêtre fut massacré par des Juifs en présence de deux rabbins, et son sang collecté « afin qu’ils [les Juifs] puissent vénérer leur dieu, parce qu’ils se rapprochent de lui en buvant du sang [22] ». Il avoue puiser ses « sources » dans les Protocoles [23], qu’il cite parmi d’autres best-sellers conspirationnistes tels que Pawns in the Game [24] et tient pour véridiques [25]. Ce « mythe politique moderne », extrêmement efficace, permet par sa structure de légitimer comme de l’autodéfense toute action préventive contre un ennemi diabolique par nature [26], dont l’expédition armée du Hezbollah en juillet 2006.

Construire une logique alternative

Pierre-André Taguieff [27] identifie quatre principes de structuration du récit de complot : rien n’arrive par hasard ; tout est le résultat d’intentions cachées ; les apparences sont à démasquer ; tout est lié de façon occulte, à charge pour celui qui veut savoir de trouver les indices et les liens cachés. L’amalgame tient lieu de raisonnement : connecteurs logiques abondants, glissements de vocabulaire et syllogismes viennent étayer les affirmations avancées. La présentation, pêle-mêle, de faits avérés et d’autres qui relèvent du pur fantasme contribue à un effet de vérité du discours du complot [28], qui constitue ce récit explicatif en simulacre de discours scientifique [29] : le propre du discours complotiste est de résister à toute réfutation, à la fois parce que son imprécision en fait un récit indéfiniment recyclable, et parce que toute critique de son contenu est absorbée comme partie prenante du complot. Ceux qui en formulent se voient donc déboutés soit comme traîtres soit comme naïfs par ceux qui « savent ». Parce qu’on ne peut administrer la preuve de son irréalité empirique, le complot est donc à la fois irréfutable et intarissable.

Il satisfait donc un besoin d’explication, en donnant un sens au mouvement par nature indéchiffrable de l’Histoire, dont il simplifie la compréhension en désignant un responsable unique : l’ancien Secrétaire d’État américain Henry Kissinger, associé depuis trente ans à tous les récits complotistes arabes qui lui attribuent l’intention de diviser toute la région en micro-États confessionnels, est lié dans la conscience libanaise aux projets de partition du Liban. Le discours du complot cherche à remonter à la plus haute instance de pouvoir, reflétant une distorsion de la perception des processus décisionnels. Il « reconstitue un monde où il n’y a que des acteurs individuels [30] », ce qui permet d’offrir une cible unique et aisément identifiable à la vindicte populaire : « Un des fantasmes majeurs de ce type de pensée est celui de l’unité de direction de l’ennemi. [31] ». Or l’Iran, à qui les anti-syriens attribuent, avec la Syrie, la crise libanaise et l’initiative de l’expédition militaire du Hezbollah, n’est pas assimilable à la volonté du seul Mahmoud Ahmadinejad, qui dispose en réalité d’une marge de manœuvre étroite dans un système politico-religieux complexe. Le Hezbollah n’est pas non plus entièrement inféodé à la Syrie et l’Iran, et poursuit des objectifs plus variés que son positionnement affiché. Cette mobilité idéologique, qui relève d’un certain réalisme politique et d’une bonne dose d’opportunisme cadre mal avec le monolithisme des acteurs politiques imaginés par le discours complotiste.

Le complot permet ainsi de réduire la complexité à une seule hypothèse qui explique un maximum d’éléments. Cette prétention à la scientificité repose sur une « vision policière de l’histoire [32] » et se traduit par la question « à qui profite le crime ». Concernant l’assassinat de Rafic Hariri et la série d’attentats, les partisans du gouvernement fondent leur argumentaire sur cette question et rappellent que les attentats servent les intérêts syriens donc le Hezbollah [33]. Ces derniers rétorquent que ces allégations visent à affaiblir en les faisant passer pour suspects pour servir les intérêts américano-sionistes.

Un discours de légitimation et d’unité

Le déclenchement de la guerre à l’été 2006 fournit à Hassan Nasrallah l’occasion de dépasser l’opposition entre ces deux récits complotistes jumeaux. Il parvient à réaliser l’unité nationale le temps du conflit en construisant une figure de l’ennemi incontestable pour l’ensemble des Libanais. Le mythe du complot juif, que l’intensité de la riposte israélienne semble alors corroborer, suscite une mobilisation qui permet au chef du Hezbollah de rétablir une légitimité contestée par une partie des Libanais comme par de nombreux États arabes. Accusé d’avoir planifié et mené une opération militaire en territoire étranger sans en informer un gouvernement auquel il participait, Hassan Nasrallah était soupçonné d’agir sur ordre de la Syrie et de l’Iran afin, d’une part, de détourner l’attention de la communauté internationale du dossier nucléaire iranien, d’autre part, d’ajourner sine die le débat sur l’arsenal du Hezbollah et la création du tribunal spécial relatif aux assassinats politiques. Mais à mesure que les bombardements israéliens s’intensifiaient, il devenait de plus en plus difficile d’évoquer la responsabilité du Hezbollah sans passer pour pro-israélien. La ténacité des combattants de la milice chiite sur le terrain, conjuguée à l’habileté rhétorique et une certaine éloquence de son dirigeant, infléchissaient l’opinion publique libanaise en sa faveur. Force fut au gouvernement libanais de se mettre au diapason : en faisant de la protestation auprès des instances internationales contre l’« agression israélienne [34] » sa priorité diplomatique, le premier ministre Fouad Siniora répondait à l’attente de l’opinion publique libanaise, ulcérée par les bombardements massifs et le sort du million de réfugiés. Contre toute attente, les régimes arabes qui avaient condamné « l’aventurisme » du Hezbollah au début de la guerre s’alignent progressivement sur celui-ci : l’Arabie Saoudite, l’Egypte et la Jordanie, bien qu’alliées des États-Unis, sont vite dépassées par une « rue arabe » favorable au leader chiite. Le 7 août 2006, la Ligue Arabe se réunit à Beyrouth même, afin de témoigner son soutien au gouvernement libanais dont elle approuve le plan de cessez-le-feu immédiat.

Désigner des coupables

Depuis l’adoption de la résolution 1559 et l’assassinat de Rafic Hariri, le Hezbollah et ses alliés cherchent à faire endosser à Israël la responsabilité des troubles politiques qui secouent le Liban. L’arrestation d’espions liés au Mossad en juin 2006 avait suscité des rumeurs alarmistes sur l’existence d’une « cellule terroriste » et accrédité les thèses prosyriennes : la Syrie était un protecteur contre les agissements maléfiques du voisin du Sud, intentionnellement écarté par les Occidentaux et leurs complices pour servir les intérêts israéliens. Le président Lahoud s’étonna ainsi que personne n’ait accusé Israël des attentats alors que « les intentions malveillantes de l’État sioniste à l’égard du Liban, de la Palestine et des Arabes en général ne sont un secret pour personne. Ces intentions sont rendues claires par la présence d’un réseau terroriste dans notre pays […] [35] ». Et le Hezbollah présenta les événements comme la preuve de « l’urgent besoin de maintenir la résistance [36] ». Le déclenchement du conflit et la polarisation forte qui en découle permettent d’exalter cette rhétorique résistante : analystes politiques et personnalités religieuses expliquent que la guerre en cours était planifiée de longue date par Israël, et qu’elle met en œuvre une étape supplémentaire du plan américano-sioniste de mise en coupe réglée du Moyen-Orient. Ce processus, entamé avec les attentats du 11 septembre 2001 et poursuivi en Irak [37], mais dont le but ultime était d’entériner la présence israélienne doit être exposé et surtout arrêté. L’unité arabe s’actualise une fois de plus à travers le « rite de la résistance [38] ». Raison d’être du Hezbollah, créé lors de l’invasion israélienne du Liban en 1982, il repose sur la dénonciation d’Israël comme envahisseur « colonial ». D’emblée, la question de son identité s’est donc trouvée liée à un territoire disputé. Elle y a intégré la dimension religieuse de « jihad défensif », soit « toute forme de résistance menée par les musulmans contre une oppression extérieure [39] ». C’est dans cette lutte que sont réunies les conditions d’unification du peuple arabe, par la solidarité avec la « cause » résistante : durant les trente-trois jours de conflit, intellectuels et hommes politiques de tous bords semblent unanimes sur la nécessiter de poursuivre « la résistance militaire et politique » du Liban à Israël [40].

Désigner un coupable intrinsèquement malfaisant permet en outre d’évacuer la responsabilité du déclenchement de la guerre : si Israël est une « entité » étrangère, l’opération militaire menée par le Hezbollah en violation de la frontière n’est plus une agression et un casus belli, mais s’inscrit dans la geste résistante des Arabes face à Israël depuis sa fondation. Dans la logique guerrière, l’héroïsme du chef du Hezbollah est d’autant moins contestable qu’il est réactif : le discours sur la planification israélienne de la guerre tend à faire oublier que c’est l’enlèvement par la milice chiite de soldats israéliens de l’autre côté de la frontière qui est à l’origine du déclenchement des hostilités. La réécriture de l’évènement ne retient que la résistance héroïque face à « l’agression », qualificatif amplement justifié aux yeux des Libanais : empêchés de fuir les bombardements massifs par un blocus maritime, terrestre et aérien destiné à couper le Hezbollah de ses lignes de ravitaillement, ils s’indignent unanimement face au nombre de victimes et à l’ampleur des dégâts [41]. Un mouvement inédit de solidarité nationale se développe pour accueillir les réfugiés dans les églises, mosquées, écoles, et hôpitaux, organisé au sein de collectifs comme Mouwatinoun (Citoyens), ou Lebanon Solidarity. Mais cet élan populaire s’inscrit aussi dans une « sorte de résistance civile à Israël [42] » : le communiqué final de la réunion de toutes les communautés religieuses condamne « L’agression israélienne [qui] vise à porter atteinte à cette unité et à pousser le Liban et la région arabe toute entière vers la discorde [43] ». Comme si l’unité nationale ne se pouvait concevoir qu’en réaction aux visées malignes d’un Autre.

Externalisation de la menace

L’opposition récurrente entre une entité extérieure et malveillante, et un noyau identitaire défensif, est reprise par le président Lahoud qui dénonce « […] le complot visant à « creuser le fossé » entre les Libanais, dans le but de porter atteinte à l’unité du pays. […] On cherche à les distraire pour mieux mettre en application le plan d’implantation des Palestiniens au Liban [44] ». Ce récit réactualise une rumeur datant de la guerre civile et engendrée par la phobie de l’exil forcé : les États-Unis auraient cherché à régler le conflit israélo-palestinien en remplaçant les chrétiens du Liban par les Palestiniens [45]. Mais le complot s’étend désormais à l’ensemble de la communauté nationale. La construction d’un ennemi extérieur ou bouc émissaire permet de sortir du climat de suspicion généralisée : divisions et tensions internes réelles sont attribuées à une action perverse de puissances extérieures.

L’extériorisation de l’ennemi constitue ainsi une tentative de définition en creux d’une identité nationale libanaise. C’est face à Israël et aux États-Unis que l’ensemble de la classe politique libanaise souligne le fait qu’aucune résolution concernant les armes de la « Résistance » ne saurait être mise en œuvre en dehors du cadre libanais ou arabe, alors que le désarmement du Hezbollah est souhaité par le gouvernement en place. Le Premier ministre Siniora est contraint reprendre à la suite de Hassan Nasrallah les appels à l’unité face aux menées d’un Occident complice d’Israël, sous peine de se voir débordé par les tenants d’une ligne plus dure, ce qui démontre l’efficacité du discours complotiste.

Légitimation du leader populiste

Le récit complotiste constitue un complément de légitimité dans un contexte politique tendu et défavorable au Hezbollah, et permet à son chef d’inverser les rôles : le mythe du héros unificateur est un miroir inversé de la figure du traître. Homme providentiel, il est celui qui fait échouer le complot. En demandant au gouvernement libanais une plus grande fermeté face aux Américains [46], Nasrallah s’inscrit dans le courant panarabiste et endosse la posture tribunicienne de l’égyptien Nasser, emblème de l’unité arabe. Durant tout le conflit il tient un discours d’unité nationale : « J’affirme que la victoire sera pour tous les Libanais, de toutes les régions, confessions, courants et institutions officielles et populaires […]. Le Liban a besoin d’une volonté nationale qui rassemble [47]. » En creux, on y décèle pourtant une dénonciation des élites cosmopolites assimilées à des agents de l’Occident, caractéristique du discours populiste contemporain. Son allié Michel Aoun souligne la responsabilité des élites libanaises, « véritables agents d’externalisation » qui font appel « aux acteurs régionaux et internationaux pour rééquilibrer les rapports de forces locaux [48] », en faisant l’impasse sur les alliances régionales du Hezbollah. Ce discours, tributaire du lieu commun complotiste selon lequel un lien occulte existe entre bourgeoisie locale, impérialisme et sionisme contre l’unité arabe [49], accuse l’Occident, sous les traits à la fois du croisé, du colonisateur et de l’usurpateur. Ce qui permet d’élaborer en réaction un discours conjuguant les dimensions arabe, musulmane, et de lutte des classes. Hassan Nasrallah articule dans ses discours référent national, thématique sociale et thématique religieuse [50] : membre d’une communauté « déshéritée [51] » et chef du parti de Dieu, il revendique le titre de Sayyed attribué aux descendants du Prophète, qui confère une légitimité religieuse importante. Bien que chiite, il parvient ainsi à s’imposer à une « rue arabe » majoritairement sunnite : le 21 juillet 2006, une grande manifestation de solidarité avec le Hamas et le Hezbollah est organisée du Maroc au Golfe, avec de nombreux appels à une solidarité arabe interconfessionnelle [52].

Tribun populiste, Nasrallah parvient à fédérer largement contre un ennemi démonisé [53] : il reprend à son compte le qualificatif d’origine iranienne « Grand Satan [54] » pour désigner les États-Unis, s’inscrivant par son discours dans un axe uni, de Téhéran à Caracas [55], dans la dénonciation du complot américano-sioniste. Pour appuyer son discours, des images retransmises en boucle par Al-Manar et reprises par Al-Jazeera associent les cadavres d’enfants et les destructions à la trahison des régimes arabes silencieux au début du conflit. Hassan Nasrallah s’adresse directement aux peuples arabes afin de les mettre en garde contre la discorde confessionnelle semée par les Américains [56], manière détournée d’accuser certains dirigeants libanais de complicité avec ce projet. L’argument du complot lui permet de menacer les dirigeants arabes sous couvert de les mettre en garde :

Dans ce projet de “Nouveau Moyen-Orient” il n’y aura pas de place pour vous si vous n’assumez pas votre responsabilité morale et nationale, par crainte de perdre votre pouvoir. […] Tous nos pays seront découpés, divisés en fonction de critères ethniques et confessionnels. Aucun grand pays ne restera grand, aucun pays riche ne restera riche, aucun trône ne restera intact. [57]

Mais cet héroïsme politique qui soude la communauté par son action, la sauvant de la détérioration, nécessite des sacrifices. Il est demandé aux Libanais d’être patients pendant les bombardements, en leur promettant une victoire que la propagande du Hezbollah qualifie dès le cessez-le-feu du 14 août de « divine [58] ». Répondant à ceux qui affirment à nouveau que le désarmement du Hezbollah constitue une étape nécessaire à l’établissement d’un État fort, Nasrallah retourne l’argument :

La construction d’un État fort et capable, un État de résistance qui procure un sentiment de sécurité, doit se faire avant que cet État se tourne vers les Libanais, vers les populations du Sud, et leur dise “[…] nous [pouvons] défendre votre honneur, votre sang, votre dignité et votre orgueil, et vous n’avez plus besoin de l’encadrement populaire de la Résistance […] ni de son arsenal privé”. [59]

D’accusé il se fait accusateur, insinuant que l’intention de confisquer les armes du seul défenseur de la nation face à Israël ne peut qu’être suspecte. Le gouvernement peut d’autant moins répliquer que l’armée libanaise n’a pas participé aux combats, qui se déroulaient officiellement entre Israël et la milice chiite.

Conclusion

La guerre de trente-trois jours contre Israël a uni les Libanais, tant que les bombardements ont duré, dans une même colère, illustrée par le succès du « Festival de la victoire » organisé par le Hezbollah le 22 septembre : des centaines de milliers de participants sont venus apporter leur soutien à Hassan Nasrallah, confirmant que la responsabilité du conflit s’était reportée sur Israël et les États-Unis. La dimension mythique du discours complotiste a donc contribué à estomper, grâce à l’image de victoire construite par une communication très efficace, l’ambiguïté de l’issue de la guerre [60]. Le large consensus populaire autour de la combativité du Hezbollah pendant le conflit ne suffisait pas cependant à une réconciliation nationale. Rapidement, la question du désarmement de la milice chiite et de son inféodation à l’Iran et la Syrie resurgit, réactivant les clivages d’avant le 12 juillet.

Le mythe du complot apparaît donc à la fois comme une fonction du discours politique libanais et un symptôme de son incapacité à sortir de l’extraterritorialité. C’est que sa formulation même, comme ses supports thématiques et littéraires, sont directement hérités de l’Occident. Si la création de l’État d’Israël en 1947 peut être considérée comme le principal aliment des thèses complotistes au Proche-Orient, il faut remonter à l’Europe du XIXe siècle pour en tracer la genèse et les mutations successives, des Jésuites aux Francs-maçons et aux Juifs. Autrement dit, loin d’avoir des racines purement locales, le discours du complot dans le monde arabe est importé [61]. L’illustration la plus probante de cette greffe est incarnée par le destin des Protocoles des Sages de Sion. L’ouvrage, dont le contexte des années cinquante en Europe circonscrit de plus en plus la rediffusion, connaît un essor nouveau dans le monde arabe. Au Liban plus particulièrement, on peut évoquer pour les chrétiens l’influence de l’extrême droite française. Le choix de cette matière importée peut surprendre, de la part d’acteurs prompts à dénoncer les complots occidentaux. Mais telle est la vitalité du discours complotiste qu’il est dans un jeu de miroirs perpétuel entre Orient et Occident : le 16 juillet 2006 le Français Gilles Munier reprenait la thèse de l’implication d’Israël dans l’assassinat de Rafic Hariri, prouvant, avec les « révélations » de Thierry Meyssan sur le 11-Septembre, que le mythe du complot avait malheureusement de beaux jours devant lui.

par Isabelle Safa

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Pour citer cet article :

Notes

[1] A. Bourgi, P. Weiss, Les complots libanais. Guerre ou paix au Proche-Orient ?, Paris, Berger-Levrault, 1978.

[2] B. Patrie, E. Espanol, Qui veut détruire le Liban ?, Paris, Actes Sud/Sindbad, 2007.

[3] O. Roy, L’échec de l’Islam politique, Paris, Seuil, 1992.

[4] P.-A. Taguieff, L’imaginaire du complot mondial. Aspects d’un mythe moderne, Paris, Mille et une nuits, 2006, p. 54-55.

[5] J. Larteguy, Liban, 8 jours pour mourir, Paris, Presses de la Cité, 1984, p. 194.

[6] C. Jaffrelot, « L’État face aux communautés », Culture et Conflits, 1994, n˚15-16, p. 3-6.

[7] H. Kanafani-Zahar, Liban. La guerre et la mémoire, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2011.

[8] R. Azzam, Liban, 30 ans de guerre, l’instruction d’un crime, Paris, Cheminements, 2005, p. 635.

[9] H. Nasrallah, « Discours à la nation libanaise », 7 décembre 2006. Retransmis en direct sur Al-Manar. Tous les discours de Nasrallah cités ont été retransmis en direct. Toutes les citations originellement en arabe sont traduites par nos soins.

[10] T. Khayat, « La scène politique libanaise depuis la résolution 1559 », dans E. PICARD (dir.), Liban, une guerre de 33 jours, Paris, Fayard, 2006, p. 75.

[11] P.-A. Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et Usages d’un faux, T.1, Paris, Berg International, 1992.

[12] Au moment de la guerre du Golfe, la Syrie négocie sa participation à la coalition dirigée par les États-Unis contre un blanc-seing concernant son action au Liban.

[13] M. Gauchet, « Le démon du soupçon », Les Collections de l’Histoire, 2006, n˚33, p. 65.

[14] N. Salam, Mythes et Politique au Liban, Beyrouth, FMA, p. 20.

[15] R. Girardet, Mythes et mythologies politiques, Paris, Seuil, 1986, p. 52.

[16] B. Lewis, Sémites et antisémites (1986), trad. Paris, Fayard, 1987 ; M. Williams, Mussolini’s Propaganda Abroad : Subversion in the Mediterranean and the Middle East, 1935-1940, Routledge, 2006 ; M. Cuppers, K. M. Mallmann, Croissant fertile et croix gammée. Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine (2006), trad. B. Fontaine, Paris, Verdier, 2009.

[17] P.-A. Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et Usages d’un faux, op. cit.

[18] R. Girardet, Mythes et mythologies politiques, op. cit. ; ELIADE M., Aspects du mythe, Paris, Folio, 1988.

[19] Daily Star, « Mossad agent may have sold ‘poisonous and radioactive’ medicines », 6 juillet 2006. Reproduit par www.moqawama.org [site de propagande en faveur de la « Résistance islamique au Liban »

[20] BBC Afrique.com http://www.bbc.co.uk/french/highlig...

[21] J. Le Goff, La civilisation de l’Occident médiéval, Paris, Flammarion, 1997, p. 292-293.

[22] Émission du 30 janvier 2007, disponible sur les archives de www.memritv.org

[23] P.-A. Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et Usages d’un faux, op. cit.

[24] W. G. Carr, Pawns in the Game, Toronto, 1955.

[25] Avec Mein Kampf, les Protocoles sont encore aujourd’hui un succès de librairie dans le monde arabe. Au Liban ils sont vendus chez Virgin Megastore Les Protocoles, en rupture de stock, font l’objet de commandes régulières. Mein Kampf y est vendu en plusieurs langues.

[26] P.-A. Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et Usages d’un faux, op. cit.

[27] P.-A. Taguieff, L’imaginaire du complot mondial, op. cit., p. 57-59.

[28] P. Aldrin, Sociologie politique des rumeurs, Paris, Presses Universitaires de France, 2005, p. 33.

[29] K. Popper, Conjectures et réfutations, la croissance du savoir scientifique (1963), trad. Paris, Payot, 1985, p. 187-191. Une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique.

[30] M. Gauchet, « Le démon du soupçon », art. cit., p. 66.

[31] M. Rodinson, Peuple Juif ou problème Juif, Paris, Maspero, 1980, p. 65.

[32] M. Sperber, Le Talon d’Achille, Paris, Calmann-Levy, 1957.

[33] W. Joumblatt, Entretien diffusé par Al-Arabiya le 20 juillet 2006.

[34] http://www.youtube.com/watch?v=wHaQ..., 18 juillet 2006.

[35] « What implications for a ‘national defense strategy ?”, Monday Morning, mardi 20 juin 2006, reproduit par www.moqawama.org

[36] Daily Star, mardi 20 juin 2006, reproduit par www.moqawama.org. Quatre ans plus tard, Nasrallah recourt à nouveau à la thèse du complot israélien pour discréditer le Tribunal Spécial pour le Liban, dont l’enquête sur l’assassinat de Hariri incrimine des membres du Hezbollah. Le 9 août 2010, il présente dans une longue allocution télévisée des « espions libanais à la solde d’Israël » et « preuves filmées » de l’implication d’Israël dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre.

[37] Muhammad Hussein Fadlallah, sermon retransmis sur Al-Alam TV le 9 août 2006, disponible sur les archives de www.memritv.org.

[38] S. Bouzid, Mythes, utopie et messianisme dans le discours politique arabe moderne et contemporain, op. cit., p. 116.

[39] N. Qassem [haut cadre du Hezbollah], dans W. Charara, F. Domont, Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste, Paris, Fayard, p. 111.

[40] Le 25 juillet, une déclaration lancée à l’initiative de Samah Idriss, directeur du mensuel littéraire Al-Adab, de Joseph Samaha, rédacteur en chef du quotidien Al-Akhbar créé pendant le conflit pour soutenir le Hezbollah, et du rédacteur en chef d’Al-Safir, dénonçait l’agression israélienne, apportait son soutien à la résistance libanaise, et la dédouanait de la responsabilité du déclenchement de la guerre. Il appelait en outre les intellectuels et artistes arabes à faire pression sur leurs gouvernements pour refuser des relations normales avec Israël.

[41] E. Verdeil, « Le bilan des destructions » dans E. Picard (dir.), Liban, une guerre de 33 jours, Paris, La Découverte, 2007.

[42] K. Karam, « Résistances civiles ? » dans E. Picard (dir.), Liban, une guerre de 33 jours, op. cit., p. 53.

[43] K. Karam, Ibid, p. 57.

[44] L’Orient le jour, 27 juillet 2007.

[45] F. Nassif-Tar Kovacs, Les rumeurs dans la guerre du Liban. Les mots de la violence, op. cit., p. 148-149.

[46] H. Nasrallah, Discours du 9 août 2006, Al-Manar.

[47] H. Nasrallah, Discours du 29 juillet 2006, Al-Manar.

[48] M. Aoun, Une certaine vision du Liban, Paris, Fayard, 2007, p. 8.

[49] S. Bouzid, Mythes, utopie et messianisme dans le discours politique arabe moderne et contemporain, op. cit., p. 150.

[50] H. Nasrallah, Discours du 29 juillet 2006, Al-Manar.

[51] Le mouvement des Déshérités est fondé par l’imam Moussa Sadr en 1974 pour répondre aux aspirations politiques et sociales de la communauté chiite.

[52] T. Arar, « ‘L’effet Nasrallah’ : les conséquences de la guerre israélo-libanaise au Proche-Orient », Hérodote n˚124, 2007/1, p. 28.

[53] L. Poliakov, La causalité diabolique, Paris, Calmann-Lévy, 2006.

[54] H. Nasrallah, Discours du 30 janvier 2007, Al-Manar.

[55] Le 20 septembre 2006 le président Chavez désigna George W. Bush comme « El diablo » à la tribune de l’Assemblée Générale des Nations Unies, l’accusant de parler « comme s’il possédait le monde ».

[56] H. Nasrallah, Discours du 16 juillet 2006, Al-Manar.

[57] H. Nasrallah, Discours du 3 août 2006, Al-Manar.

[58] H. Nasrallah, Discours du « Festival de la victoire » reproduit dans Al- Akhbar, 23 septembre 2006.

[59] H. Nasrallah, Discours du 14 août 2006, Al-Manar.

[60] A. Taheri, “Lebanon, the Myth of the Hezbollah Victory”, Asharq Al Awsat, 18th august 2006.

[61] D. Pipes, The Hidden Hand, London, Macmillan Press, 1996, p. 309-324.

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