La chose publique

mardi 22 octobre 2013, par Solange Chavel

Version imprimable fontsizeup fontsizedown

Parce que le terme de « république » fait partie du vocabulaire courant, son étymologie particulièrement intéressante se fait sans doute oublier : la république, c’est d’abord plus largement la « res publica », la chose publique. nous voici donc immédiatement renvoyés à la matérialité du pouvoir politique : la politique, saisie à travers cette expression, est d’abord un pouvoir d’organisation matérielle des choses et des êtres. Chaque conception de la politique, chaque débat public, ont alors pour enjeu cette matérialité créée par le pouvoir : quels objets sont publics, et quels objets sont privés ? Quels assemblages sont créés et quels sont dénoués ? Comment le pouvoir façonne-t-il l’espace ?

C’est à observer de plus près la matérialité du pouvoir que nous invitent Bruno Latour, Oleg Kharkhordin et Quentin Skinner, au fil d’un parcours historique.

Reprenant l’expression à sa source latine, Oleg Kharkhordin propose une relecture érudite et nourrie de la « res publica » antique : il montre à la fois comment le droit romain, au fil de sa longue histoire, a donné forme à un espace public, mais il souligne aussi à quel point l’interprétation de la « res publica » romaine par les historiens contemporains est riche d’enjeux politiques.

Le pouvoir politique, cependant, n’est pas seulement metteur en scène des êtres et des choses : il est aussi metteur en scène de lui-même. C’est en se donnant un visage qu’il peut s’exercer. En invitant à regarder la curieuse machine proposée par l’abbé nicéron au milieu du xviie siècle, Bruno Latour introduit le thème d’un pouvoir politique dont l’efficacité même repose sur sa capacité de se présenter comme organisateur de la multitude. De même, Quentin Skinner nous invite à parcourir les éditions anglaises du xviie siècle pour voir à l’œuvre la mise en scène du pouvoir : des traductions de tite-Live au Léviathan de Hobbes, les livres ouvrent un espace de représentation visuelle, miroir et outil du pouvoir tout à la fois. Dans les gravures qui ouvrent ces ouvrages se cherche le visage du bon ordre souverain, la traduction physique de la res publica idéale.

Sommaire du dossier

Bruno Latour , Voir le pouvoir. L’image composite de l’abbé Nicéron

Oleg Kharkhordin, Qu’est-ce que la « chose » de la res publica ?

Quentin Skinner, La res publica et sa matérialité chez Thomas Hobbes

par Solange Chavel

Version imprimable fontsizeup fontsizedown
Pour citer cet article :

© Raison-Publique.fr 2009 | Toute reproduction des articles est interdite sans autorisation explicite de la rédaction.

Motorisé par SPIP | Webdesign : Abel Poucet | Crédits