Éthique et littérature : Nussbaum contre Nussbaum

samedi 26 octobre 2013, par Alice Crary

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1. La version contemporaine de l’« ancienne querelle » entre philosophie et littérature, est parfois présentée comme un débat sur la possibilité de la « critique éthique ». La question est de savoir si les qualités esthétiques ou littéraires d’une œuvre peuvent apporter une contribution importante aux conceptions éthiques qu’elle développe, et si le développement de ces conceptions fait partie de la réception proprement littéraire d’une œuvre. Dans ce texte, je prends position dans le débat entre les différentes réponses possibles. Martha Nussbaum a essayé de montrer que la littérature, en tant que littérature, peut directement influencer la compréhension morale ; sa défense de la critique éthique me servira ici de modèle. Je montrerai alors que plusieurs des attaques récentes qui lui ont été adressées manquent leur cible. Ce faisant, je mettrai en lumière certaines considérations morales et politiques obscurcies par les critiques les plus véhéments de Nussbaum et chercherai à expliciter l’enjeu de la formulation même de la question. Je conclurai en soulignant comment Nussbaum a parfois rendu plus difficile la réception de son propre travail.

2. Les avocats de l’idée que les œuvres littéraires peuvent, comme telles, proposer une éducation morale rationnelle se présentent parfois comme les défenseurs d’une thèse sur l’articulation entre forme et contenu et plus particulièrement d’une thèse sur la manière dont une œuvre peut présenter un contenu éthique en vertu de sa forme littéraire. Les avocats de cette sorte d’articulation nécessaire entre forme et contenu se présentent à leur tour comme les participants d’un débat philosophique sur la notion de rationalité.

Pour mieux comprendre la structure de ce débat, il est utile de distinguer entre le concept de rationalité (notre concept des inférences qui préservent la vérité ainsi que des capacités nécessaires pour faire de telles inférences) et les différentes conceptions de la rationalité (les différentes spécifications de ces notions étroitement liées). Les philosophes moraux contemporains, en général, adoptent la conception de la rationalité suivante : pour contribuer à une compréhension rationnelle, une chaîne de pensées doit être identifiable indépendamment des sentiments d’une personne ; la capacité de saisir un ensemble de discours rationnels est en principe indépendante de capacités affectives particulières. Cette conception de la rationalité en fait la prérogative des arguments, si l’on comprend par argument un jugement ou un ensemble de jugements qui permettent d’inférer une conclusion indépendamment de la manière dont les jugements initiaux impliquaient nos sensibilités. Il est possible de parler d’argument dans un sens plus large (à la manière dont, par exemple, Nussbaum décrit La Coupe d’or de James comme un « argument persuasif » [1] pour une conception particulière de la vie) mais la notion plus étroite est celle qui a cours dans la philosophie morale contemporaine. Par souci de clarté, je retiens ici cette acception étroite et je décris la conception de la rationalité dominante dans les travaux récents en éthique comme une conception qui fait coïncider le domaine de l’argument avec le domaine du rationnel.

Les théoriciens et les philosophes convaincus qu’il existe un lien essentiel entre la forme littéraire et le contenu éthique doivent prendre leurs distances avec cette conception de la rationalité centrée sur les arguments. En effet, si on l’articule à l’observation que l’engagement émotionnel est l’une des caractéristiques de la littérature, une telle conception semble impliquer que les caractéristiques littéraires des textes ne sauraient posséder d’intérêt rationnel ni contribuer directement aux efforts de la philosophie morale pour promouvoir une compréhension morale rationnelle. Certes, les limites que cette conception impose à l’intérêt philosophique de la littérature n’empêchent pas que la littérature puisse apporter d’autres contributions significatives à la philosophie morale. En outre, certains penseurs qui acceptent la logique de cette conception s’emploient à montrer que les œuvres littéraires peuvent contenir des arguments du type qu’emploie la philosophie morale (ou des fragments d’arguments) et que ces œuvres peuvent illustrer les arguments de la philosophie morale de manière riche et vibrante. Cependant, ils continuent d’affirmer qu’il est possible de distinguer strictement les caractéristiques rationnelles d’une œuvre littéraire et ses caractéristiques spécifiquement littéraires. Puisqu’ils admettent les limites définies par la conception de la rationalité dominante en philosophie, ils doivent reconnaître qu’il est possible de séparer forme littéraire et contenu éthique. C’est pourquoi les théoriciens et les philosophes qui défendent l’existence d’un lien inséparable entre forme et contenu sont tenus de prendre leurs distances avec la conception centrée sur les arguments.

Certains de ces penseurs se présentent comme les champions d’une conception alternative de la rationalité : un courant de pensées capable de donner forme à notre sensibilité peut tirer sa force rationnelle de cette capacité précisément. Dans cet article, je désigne cette conception de la rationalité (d’après laquelle le champ du rationnel est plus large que le champ de l’argument) comme la conception plus large de la rationalité. De même, je désigne la conception philosophique plus traditionnelle qu’elle remet en cause comme la conception plus étroite. L’intérêt de la conception plus large est de lever les contraintes que son analogue plus étroit fait peser sur les contributions de la littérature à la philosophie morale. Elle reconnaît la possibilité qu’un fragment de discours qui, de par sa forme littéraire, mobilise notre sensibilité, puisse apporter le type d’éducation morale rationnelle qui intéresse la philosophie morale [2]. Il est notoirement difficile de discuter la possibilité d’une conception plus large de la rationalité. Même les propositions les plus soigneuses de reformulation de la conception de la rationalité le long de lignes plus larges sont fréquemment reçues comme de simples manifestations d’impatience devant le concept même de rationalité. Les difficultés que nous affrontons lorsque nous demandons simplement quelle est la meilleure manière de construire le concept de rationalité sont une préoccupation constante de cet article.

3. Tout au long de son œuvre, et plus particulièrement dans une série d’articles rassemblés dans le recueil La Connaissance de l’amour en 1990, Nussbaum nous invite à prendre au sérieux la possibilité d’une coopération nécessaire entre formes littéraires et contenus éthiques. Dans l’introduction à La Connaissance de l’amour, elle déclare que « le style formule lui-même ses propres exigences » et que nous avons de bonnes raisons de parler d’une « articulation organique » entre forme et contenu [3]. En qualifiant cette articulation d’« organique », elle montre qu’elle ne veut pas seulement reconnaître que différentes techniques littéraires (comme le recours à un récit animé et émouvant) peuvent faciliter la réception d’idées, qui sont par ailleurs, en principe, accessibles indépendamment [4]. La thèse plus audacieuse de Nussbaum est que les qualités littéraires d’une œuvre peuvent apporter une contribution essentielle et offrir des formes spécifiques d’éducation. À plusieurs reprises dans son œuvre, elle essaie de montrer que certaines traditions littéraires particulières réalisent cette possibilité. Elle étudie dans La Connaissance de l’amour une tradition des xixe et xxe siècles qui comprend des romans de Dickens, James et Proust. Les différentes œuvres qui, d’après elle, composent cette tradition s’intéressent toutes aux conceptions éthiques qui font d’une sensibilité développée ou du cœur une condition nécessaire d’une bonne compréhension morale. L’intrigue de ces romans étudie ces conceptions morales, mais là n’est pas, d’après Nussbaum, leur caractéristique distinctive. Ce qui distingue ces romans, c’est la manière dont leur structure narrative présente des conceptions éthiques. Ils s’adressent aux lecteurs de telle manière que ceux-ci puissent faire des articulations de pensées particulières, qui ne seraient pas accessibles indépendamment des réactions provoquées par la lecture. C’est cela, d’après Nussbaum, qui nous permet de considérer ces romans comme des moyens d’éducation morale en vertu de leur style ou de leur forme narrative [5].

Nussbaum affirme explicitement que cette conclusion suppose de dépasser les limites internes aux constructions familières et plus étroites de la rationalité. Une de ses ambitions, dans La Connaissance de l’amour et ailleurs, est de proposer une conception alternative. Elle s’inspire d’une interprétation des remarques d’Aristote sur la sagesse pratique ou phronèsis [6], et affirme que pour Aristote, la sagesse pratique suppose une sensibilité perceptive au monde et que les actes de perception qui la composent sont partiellement « constitués par la réaction appropriée » [7]. Aristote, tel que l’interprète Nussbaum, ne pense pas que, pour parvenir à une perception non biaisée d’une situation, il suffise de placer des données perceptives passivement reçues sous des concepts ou des catégories générales. Il considère au contraire que cela implique essentiellement d’exercer, au sein de la perception, une tendance à réagir aux caractéristiques d’une situation comme pertinentes ou importantes. Pareille description philosophique de la perception est évidemment controversée, mais je ne vais pas m’engager dans ces questions ici. Je veux simplement souligner que Nussbaum passe de cette présentation à la description d’une conception de la rationalité d’après laquelle tout exercice de la rationalité s’appuie nécessairement sur des capacités affectives. Cette conception est une version de ce que j’appelle la conception plus large. Les capacités affectives sont nécessairement internes à nos capacités rationnelles : la possibilité (plus large) est ouverte que les formes de discours qui cultivent ces capacités affectives puissent directement contribuer à la compréhension rationnelle. De ce fait, la littérature en tant que telle est en mesure de contribuer directement à la pensée morale rationnelle.

J’ai noté que le projet de Nussbaum sur l’éthique et la littérature considère que le développement de nos capacités rationnelles est inséparable du développement des sentiments. Cela pourrait certainement faire penser que, lorsqu’elle discute des leçons pratiques qu’elle pense pouvoir tirer d’œuvres littéraires spécifiques, son but est, comme elle le dit elle-même à un certain moment, « un modèle du choix personnel sans grande utilité dans la sphère publique » [8]. La compréhension de la rationalité sur laquelle elle s’appuie lorsqu’elle développe ces conceptions a pour but de décrire notre concept des inférences qui préservent la vérité. Et ce concept a des implications directes sur tous les champs d’exercice de la raison, privés et publics. Nussbaum a elle-même discuté la pertinence de son intérêt pour la littérature pour le raisonnement moral, en montrant une des conséquences de cette thèse : les juges ont besoin de certaines ressources émotionnelles pour satisfaire les idéaux d’« impartialité et universalité que nous associons avec le droit et les jugements publics » [9]. On pourrait exprimer la même idée en d’autres termes. Une conséquence des thèses de Nussbaum est, par exemple, que la juge de la Cour Suprême Sonia Sotomayor a besoin de certaines capacités affectives pour appliquer la loi impartialement. Il serait donc erroné de souligner, comme l’ont fait certains critiques de droite après la nomination de Sotomayor, que son recours avoué à l’empathie soit l’indice d’un manque de professionnalisme.

4. Si l’on observe à présent un ensemble de critiques dominantes et plutôt récentes du travail de Nussbaum sur l’éthique et la littérature, il est frappant de constater qu’en dépit de leurs différences, de nombreuses attaques présentent un point commun. Elles ne voient pas que le projet de Nussbaum est fondé sur une conception philosophiquement hétérodoxe de la rationalité et n’essaient pas de remettre cette conception en question. Au contraire, elles se contentent de soumettre leurs descriptions rivales de l’intérêt éthique de la littérature aux contraintes des conceptions « plus étroites » de la rationalité. Avec pour résultat qu’elles ne peuvent jamais toucher le cœur des écrits qu’elles prennent apparemment pour cible.

Observons les critiques développées dans deux articles de Richard Posner et dans un travail récent de Joshua Landy [10]. Posner est un « esthéticiste » qui soutient que « le contenu moral [...] d’une œuvre littéraire [est] toujours sans pertinence pour sa valeur proprement littéraire » [11]. Il soutient que les qualités spécifiquement littéraires d’une œuvre sont toujours par principe séparables des qualités éthiques, et son but principal lorsqu’il étudie le travail de Nussbaum est de critiquer la thèse rivale selon laquelle les qualités littéraires sont une part inséparable de l’instruction morale d’une œuvre littéraire [12]. L’objectif premier de Landy lorsqu’il parle du travail de Nussbaum sur l’éthique et la littérature est également de discuter l’idée qu’une œuvre littéraire, en tant que littéraire, pourrait nous offrir une instruction morale.

Tandis que Posner et Landy affirment que la littérature comme telle ne peut pas nous offrir d’assistance rationnelle en morale, ils reconnaissent tous deux que certaines œuvres littéraires jettent une certaine lumière sur nos vies pratiques. Posner commente fréquemment la manière dont telle ou telle œuvre littéraire, en vertu des descriptions de certains personnages fictifs, traits de caractère, actions ou situations sociales, propose des éclairages sur la psychologie humaine et la vie sociale. Landy attire également l’attention sur la richesse de différentes descriptions littéraires et reconnaît que certains textes littéraires particuliers peuvent nous offrir de solides idées pratiques. Et pourtant, les deux penseurs considèrent la littérature comme une source intrinsèquement peu fiable de conseils pratiques. Le problème supposé, dans les mots de Landy, est que la littérature qua littérature n’offre aucune « justification de ses thèses implicites » [13]. Certes, ajoute Landy, une œuvre littéraire peut être édifiante « en tant qu’elle est philosophique », c’est-à-dire « en tant qu’[elle] développe » des arguments ou des « chaînes convaincantes de raisonnement » [14]. Mais si une œuvre littéraire présente des arguments philosophiques, ou des fragments d’arguments, pour nous apporter une instruction sur la vie morale, , ce n’est pas en tant que littérature qu’elle le fait [15]. Le raisonnement éthique qu’une œuvre littéraire présente est simplement, pour formuler à présent l’idée dans les termes de Posner, le « matériau brut » que son auteur a présenté sous une forme littéraire, et les qualités littéraires de l’œuvre sont simplement des accessoires expressifs pour ce matériau. Prolongeant cette même ligne d’arguments, Posner et Landy concluent tous deux qu’il ne saurait être question de considérer les qualités littéraires d’une œuvre, à la manière de Nussbaum, comme des contributions nécessaires à l’éducation morale qu’une œuvre nous propose [16].

Le problème est que cette ligne d’arguments ne fonctionne que si l’on admet l’hypothèse que toute « justification » rationnelle présentée par une œuvre littéraire à l’appui d’une conception éthique doit être argumentative, et donc externe à la constitution de l’œuvre en tant qu’œuvre littéraire. Mais, comme nous l’avons vu, l’un des objectifs généraux de Nussbaum est de discréditer cette hypothèse. Non seulement elle montre que l’hypothèse est remise en question par l’étude de certaines œuvres littéraires particulières ; elle critique également la conception de la rationalité qui la sous-tend. On peut même dire qu’aussi longtemps que l’hypothèse reste implicite, comme dans les écrits de Posner et Landy, la réception critique du travail de Nussbaum sur l’éthique et la littérature n’a pas encore commencé.

5. Un article récent de Candace Vogler présente à première vue une discussion critique plus substantielle de la pensée de Nussbaum sur l’éthique et la littérature [17]. Vogler ressemble à Posner et à Landy parce qu’elle veut montrer que Nussbaum et d’autres auteurs ont tort d’affirmer que la pensée morale « vit et respire » dans la littérature, mais elle s’en écarte parce qu’elle essaie sérieusement de comprendre pourquoi Nussbaum peut soutenir une thèse pareille. Vogler s’intéresse en particulier à l’insistance que Nussbaum place sur l’individualité, et au fait que Nussbaum précise la thèse particulière selon laquelle les romans comme tels invitent à la réflexion éthique en représentant la réflexion en question comme centrée sur des personnes authentiquement individuelles (et imaginaires). Pour contester cette thèse, Vogler commence par présenter les considérations qui conduisent selon elle Nussbaum et d’autres auteurs à considérer certains romans comme des occasions pour une pensée éthique authentique dirigée vers les individus. Mais l’intérêt du diagnostic de Vogler reste limité parce que celle-ci ne remarque pas que le travail de Nussbaum se fonde sur la révision d’une conception philosophique familière de la rationalité, le long de ce que j’ai appelé des lignes « plus larges ». Le type de pensée éthique et dirigée vers les individus que Nussbaum voit dans certains romans n’apparaît que si l’on reconnaît cette possibilité.

Qu’est-ce qui, d’après Vogler, donne à des théoriciens et des philosophes tels que Nussbaum l’idée que certains romans doivent être lus comme des réflexions à propos d’individus fictifs ? L’hypothèse de Vogler tourne autour d’une observation sur la manière dont nous pensons et parlons des êtres fictifs qu’elle appelle des personnages littéraires. Dans les termes de Vogler, un « personnage littéraire », loin d’être le simple occupant d’une position d’agent fictif, possède « des traits subjectifs, fictifs, essentiels et déterminés » [18]. C’est-à-dire que, lorsque nous lisons un roman particulier et rencontrons différents personnages littéraires, nous savons à leur propos le genre de choses que nous pourrions également savoir sur une personne réelle [19]. De plus, cela signifie que notre connaissance des personnages fictifs nous permet d’y penser et d’en parler plus ou moins de la même manière que des individus réels. Nous pouvons par exemple réfléchir à ce qu’ils pourraient faire dans différentes situations contrefactuelles, et imaginer la possibilité qu’ils fassent des choses qui nous surprennent [20]. Que nous puissions penser et parler des personnages littéraires de la même manière que d’individus réels est, d’après Vogler, ce qui conduit des penseurs comme Nussbaum à considérer les personnages littéraires comme des individus.

Vogler refuse ce type d’individualisation des personnages littéraires, et pour comprendre pourquoi, nous devons rappeler la manière dont elle décrit la distinction entre personnages littéraires et personnes véritables. Pour Vogler, notre connaissance des personnages littéraires se limite à l’attribution par l’œuvre littéraire de certains traits subjectifs, fictifs, essentiels et déterminés et, par conséquent, « tout ce qu’il y a à savoir à leur propos est disponible de manière définitive » [21]. D’après elle, la « distinction capitale » entre personnage littéraire et personne réelle tient au fait que les personnes réelles peuvent toujours changer ou se comporter de manière inattendue et qu’il est par conséquent impossible de savoir tout ce qu’il y a à savoir sur une personne réelle [22]. L’idée de Vogler est que cette résistance à la connaissance totale est ce qui distingue les gens non seulement comme réels mais comme individus. C’est ainsi qu’elle parvient à la conclusion que les personnages littéraires ne peuvent pas être des individus. Parce que Vogler croit que les personnages littéraires ne sont jamais plus que des types plus ou moins complexes, elle croit également que les penseurs qui, comme Nussbaum, soutiennent que les romans invitent à une pensée éthique véritable et dirigée sur les individus, confondent en réalité les types et les individus. Pour Vogler, ces penseurs « se fourvoient considérablement » [23].

Une hypothèse de la critique de Vogler est que la présentation romanesque d’un personnage littéraire consiste en l’énumération d’un ensemble fermé de faits narratifs. Il devrait être clair à présent que cette description des personnages littéraires n’est pas celle de Nussbaum. Un leitmotiv de l’œuvre de Nussbaum est que certains romans sont construits pour nous instruire sur leur monde fictionnel en sollicitant différentes réactions de la part des lecteurs et, en outre, qu’à défaut d’une capacité à réagir de manière pertinente, nous pouvons échouer à faire les connexions de pensée nécessaires pour comprendre, par exemple, les personnages qui habitent ces mondes. Pour Nussbaum, la présentation romanesque d’un personnage littéraire, loin de se limiter à l’énumération de faits narratifs, peut ainsi inclure la formation d’une structure narrative qui a pour but de solliciter le lecteur de manière différente. Certes, pour prendre au sérieux ce que dit Nussbaum des manières dont les formes narratives de romans particuliers contribuent à notre compréhension des personnages du roman, il faut admettre la possibilité de construire la notion de rationalité d’une manière plus large. Il est donc significatif que Vogler rejette simplement l’idée que les romans peuvent nous pousser à raisonner de manière exigeante. Au début de son essai, elle déclare que le seul raisonnement exigé de nous en tant que lecteur de romans est, dans ses termes, « de garder trace des noms fictifs et des événements, un peu à la manière dont on garde trace de tout ce qu’on lit et qu’on entend » [24].

L’attachement non critique de Vogler à la conception familière de la rationalité l’empêche également de décrire précisément ce que Nussbaum dit des similarités entre notre attachement pour les personnages littéraires et notre attachement pour les individus réels. Les conceptions de Nussbaum sur la puissance cognitive de l’affect ont pour conséquence que, pour saisir ce qu’un roman particulier lui propose, le lecteur doit être prêt à réagir, pendant sa lecture, d’une manière qui n’est pas contrainte par ses croyances ou sa conception éthique générale [25]. Un thème récurrent de la pensée de Nussbaum est que le type d’attitude que les romans exigent de nous est celle que nous devons adopter dans nos interactions avec les autres si nous voulons respecter leur individualité. L’idée est que je traite une autre personne comme un individu lorsque, dans les interactions, je laisse ouverte la possibilité de devoir explorer et développer mes réactions à la personne qu’elle est, voir certaines des caractéristiques de sa personnalité sous un jour nouveau, pour mieux apprécier les choses qui ont de l’importance à ses yeux, pour mieux la comprendre. Pour Nussbaum, tel est l’enjeu de la thèse selon laquelle lire des romans nous apprend à réagir aux individus en tant qu’individus.

Il serait difficile d’exagérer la différence entre cette conception de ce que c’est pour la pensée que de s’appliquer aux individus, et la conception que Vogler attribue à Nussbaum [26]. Vogler ne parvient pas à restituer convenablement la conception de Nussbaum parce que, comme je l’ai montré, elle ne voit pas que celle-ci repose sur une interprétation élargie du concept de rationalité. Il faut pourtant bien voir que le travail de Nussbaum sur l’éthique et la littérature pose un défi aux conceptions philosophiques plus familières de nos capacités rationnelles, si nous voulons non seulement l’évaluer justement, mais comprendre ce qui est en jeu, moralement et politiquement, dans ses thèses centrales.

6. J’ai donc montré qu’un grand nombre de critiques brouillent les thèses majeures des écrits de Nussbaum sur l’éthique et la littérature. Le travail de Nussbaum dans ce domaine dépend d’une psychologie morale tout à fait particulière : elle inclut une conception de la rationalité suffisamment large pour embrasser le discours littéraire comme tel. Parce que ces critiques s’opposent à cette psychologie morale, ils échouent souvent à remarquer la substance même de la position de Nussbaum. S’il est vrai que le travail de Nussbaum a été mal interprété, il faut reconnaître que Nussbaum elle-même en est partiellement responsable. Elle donne parfois une représentation trompeuse des préoccupations qui habitent ses propres écrits sur la littérature, et semble parfois se faire l’avocate d’une conception du rôle de l’affect dans la pensée et dans l’action qui, parce qu’elle s’oppose aux conceptions qu’elle développe dans ses écrits principaux sur la philosophie et la littérature, peut justifier l’hostilité de bon nombre de critiques. L’un de ces passages les plus évidents apparaît dans un article où Nussbaum attaque les écrits de Cora Diamond sur l’éthique et la littérature [27].

Il y a quelque chose d’étonnant dans le simple fait que Nussbaum éprouve le besoin d’attaquer cette partie du travail de Diamond. Dans ses écrits sur la littérature (qui remontent au début des années 1990), Diamond discute différents poèmes et romans pour montrer comment ils ouvrent nos yeux sur des aspects de nos vies en vertu de leurs stratégies d’engagement émotionnel. Elle veut aller à l’encontre de l’idée que la rationalité est la prérogative de l’argument et montrer qu’il y a une pensée responsable au-delà [28]. Ce projet en fait une alliée naturelle de Nussbaum. D’ailleurs, la convergence entre les travaux de Diamond et de Nussbaum n’est pas passée inaperçue. Diamond elle-même souligne sa sympathie pour des aspects importants du travail de Nussbaum dans une série d’articles dans lesquels, entre autres choses, elle discute la thèse centrale de La Connaissance de l’amour sur le lien nécessaire entre forme et contenu [29].

La critique que Nussbaum adresse à Diamond apparaît dans un article où elle s’intéresse au lien entre littérature et théorie éthique. Nussbaum affirme que les philosophes moraux qui, comme elle, s’intéressent à la littérature doivent reconnaître que « certaines œuvres littéraires sont des alliées valables pour la théorie morale, nous aident à comprendre [des questions controversées] qui concernent la perception morale et les notions morales, d’une manière que nous ne pourrions pas bien faire [autrement] » [30]. Cette position est cohérente avec les aspects du travail de Nussbaum que j’ai discutés dans ce texte. J’ai souligné ses efforts pour montrer qu’une étude de la littérature plaide en faveur d’une compréhension particulière de la signification rationnelle de l’affect. Dans l’article que je commente à présent, elle observe en effet que cette compréhension peut être acceptée par les théoriciens, décrite et discutée. Le but principal de Nussbaum dans cet article est de prendre ses distances avec les conceptions des philosophes qui, loin de s’accorder avec elle sur le lien entre littérature et théorie morale, supposent que la littérature se tient dans une relation d’opposition avec cette théorie. C’est à ce propos qu’elle se tourne vers le travail de Diamond. La raison pour laquelle Nussbaum mentionne ici Diamond n’est pas claire d’emblée. Diamond ne dit jamais qu’elle considère que la littérature représente une menace pour la théorie morale, et Nussbaum ne prétend pas qu’elle le fait. Ce qui émerge au fil de l’article de Nussbaum est que cette dernière accuse Diamond de représenter la littérature comme « un adversaire » de la théorie morale parce qu’elle pense que Diamond critique injustement le travail de certains théoriciens.

Le seul argument que Nussbaum donne à l’appui de cette thèse est un commentaire de ce qu’elle considère comme un traitement injustement critique de la part de Diamond du travail de Onora O’Neill. Dans ses écrits sur des thèmes littéraires, Diamond critique deux articles dans lesquels O’Neill discute la signification morale de la littérature [31]. Pour comprendre pourquoi Nussbaum peut dire que Diamond est injustement critique, nous devons d’abord comprendre le propos que Nussbaum attribue à O’Neill. Nussbaum commence par dire que O’Neill croit que la littérature a besoin de faire équipe avec la théorie morale parce que le type d’imagination qu’elle cultive « n’est que trop facilement corrompu » [32]. Le reste du rappel des thèses de O’Neill est consacré aux types de considérations qui, selon Nussbaum, conduisent O’Neill à formuler ainsi sa conception. La pensée de O’Neill, d’après Nussbaum, est que :

Les romans [...] ne sont pas équitables dans leur attention ; nous sommes souvent attirés par les personnages qui nous ressemblent, et pouvons facilement être amenés à négliger les revendications de ceux qui sont différents de nous. En outre, le roman est lui-même une forme culturelle relativement circonscrite ; il n’est pas clair qu’il soit adapté pour cultiver une considération équitable pour toute vie humaine. Ainsi, à tout le moins, les romans ont besoin de s’allier les théories qui nous disent le fondement de notre préoccupation et critiquent une attention inégale [33].

Dans ce passage, Nussbaum attribue à O’Neill la conception selon laquelle nos engagements avec la littérature ont besoin de se voir ajouter la théorie d’une manière particulière. Elle nous dit que O’Neill croit que les types d’exercices imaginatifs suscités par la littérature sont en eux-mêmes peu fiables et qu’ils doivent être soumis à la discipline des arguments indépendants qu’apportent les théories. De plus, Nussbaum affirme qu’elle-même est d’accord avec les conceptions qu’elle attribue ainsi à O’Neill. Ce point vaut la peine d’être souligné parce que les conceptions en question vont directement à l’encontre des propres contributions de Nussbaum sur le débat entre philosophie et littérature. Elles dépendent d’une compréhension plus étroite de nos facultés rationnelles que Nussbaum rejette et que des critiques comme Posner, Landy et Vogler adoptent de façon non critique.

On pourrait peut-être dire que j’ai mal lu Nussbaum et qu’elle n’applaudit pas O’Neill pour avoir adopté une psychologie morale que Nussbaum critique abondamment par ailleurs. Pourtant, même dans ce cas, cela n’aidera pas beaucoup Nussbaum. Même si elle ne loue pas O’Neill pour avoir adopté la psychologie morale qu’elle rejette par ailleurs, il demeure que O’Neill adopte cette psychologie morale. O’Neill croit que les philosophes moraux tendent à s’intéresser aux œuvres littéraires parce que ces œuvres offrent des stratégies utiles et non rationnelles pour revivifier la communication morale rationnelle qui s’est affaiblie. Dans l’article que Nussbaum discute, O’Neill part de cette conception de la littérature comme une ressource non rationnelle pour déclarer ensuite que les œuvres littéraires particulières peuvent tout aussi bien conduire à des conceptions ignorantes et pernicieuses qu’à des conceptions éclairées [34]. En outre, elle conseille de compléter les discussions des textes littéraires par des principes (des principes « qui indiquent ou suggèrent quels types de correspondance entre exemples et cas réels sont importants, et lesquels sont triviaux ») pour qu’elles puissent compter comme des contributions pleinement rationnelles à la réflexion morale [35]. Il faut souligner ici que, en formulant cette suggestion, O’Neill tient simplement pour acquise la conception plus étroite de la rationalité que le travail de Nussbaum sur la philosophie et la littérature conteste. Ainsi, qu’il soit juste ou non de dire, comme je le crois, que dans un article relativement récent Nussbaum félicite O’Neill de défendre la psychologie morale qu’elle répudie par ailleurs, il reste vrai que O’Neill se fait l’avocate de cette psychologie morale. En outre, lorsque dans son traitement de thèmes littéraires Diamond critique O’Neill, son souci principal est bien de souligner cette caractéristique du projet de O’Neill. Diamond décrit très clairement comment O’Neill échoue à reconnaître la possibilité d’une conception de la pensée rationnelle qui pourrait permettre à la littérature comme telle de contribuer à la compréhension morale rationnelle. Il s’ensuit qu’à certains égards, la critique que Nussbaum adresse à Diamond est tout à fait perverse. Nussbaum critique Diamond parce que celle-ci met en cause une compréhension de la pensée morale rationnelle qui exclurait la conception même de l’intérêt moral de la littérature dont Nussbaum se fait la championne. Il suit de ses réflexions (et c’est sur cela que je veux insister) qu’on a raison de dire que Nussbaum invite à une mauvaise compréhension de son propre travail sur la littérature. Dans la mesure où dans des écrits récents, elle tend à applaudir des conceptions de la puissance morale de l’émotion qui flirtent avec les vues qu’elle critique, elle encourage les confusions que trahissent de nombreuses critiques.

Je viens d’affirmer que Nussbaum n’est pas toujours une porte-parole fiable de ses propres conceptions sur l’éthique et la littérature. Je voudrais terminer en transformant cette critique en compliment. Ce qui semble conduire Nussbaum à abandonner une de ses thèses principales, dans les articles que je viens de discuter, est le souci de représenter son travail sur la littérature comme l’allié de certaines contributions à la théorie morale (par exemple, celle de Onora O’Neill) à laquelle elle est substantiellement opposée. Le compliment sur lequel je voudrais conclure est le suivant. Il faut voir que les discussions de la littérature de Nussbaum sont plus éloignées de certaines tendances de la théorie éthique contemporaine qu’elle ne semble le penser : cela permet d’apprécier non seulement pourquoi ces discussions ont été l’occasion de malentendus importants, mais également pourquoi elles représentent, comme je le crois, des contributions pionnières.

Traduit de l’anglais par Solange Chavel

par Alice Crary

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Pour citer cet article :

Notes

[1] Martha Nussbaum, La Connaissance de l’amour (1990), trad. Solange Chavel, Paris, Cerf, 2010.

[2] Je décris une conception de la rationalité suffisamment « large » pour admettre la possibilité que, à la lumière de ses qualités littéraires, une œuvre puisse nous offrir des formes rationnelles d’éducation. Je n’ai rien dit d’une éducation rationnelle éthique en particulier, et en tant qu’entreprise pratique l’éthique soulève des questions particulières. Sans entrer en détail dans ces questions, je veux simplement en dire un mot. Dire que la littérature comme telle peut directement informer une compréhension rationnelle signifie qu’elle peut directement informer la compréhension rationnelle parce qu’elle instille chez les lecteurs certaines réactions ou certaines tendances ; la compréhension rationnelle en cause peut être une compréhension éthique et pratique si ces tendances peuvent également être motivantes. Je tends à croire qu’il est possible d’expliquer, le long de ces lignes générales, comment la conception plus large de la rationalité peut faire place à la possibilité que la littérature, en tant que telle, entraîne le type d’instruction morale rationnelle qui intéresse la philosophie morale. C’est un point important, parce que de nombreux opposants de l’idée que la littérature comme telle peut nous instruire sur la vie morale (y compris les trois que je discute ici) pensent que les avocats de cette idée n’ont pas les ressources nécessaires pour rendre compte de l’aspect pratique de l’éthique.

[3] La citation est tirée de La Connaissance de l’amour, op. cit., Introduction, p. 15.

[4] Ibid.

[5] Nussbaum souligne souvent le fait que, loin d’avancer une thèse sur « la littérature dans son entier », ses thèses se limitent aux stratégies narratives d’œuvres littéraires particulières. À ceux qui prétendent que son approche des œuvres littéraires est réductrice, elle peut répondre à bon droit que, loin d’imposer des préoccupations morales réductrices aux romans qu’elle discute, elle s’attache simplement soigneusement à la manière dont leurs ressources littéraires sont mobilisées.

[6] Voir La Connaissance de l’amour, op. cit., chapitre 3.

[7] Ibid.

[8] Ibid., p. 150.

[9] Poetic Justice, Boston, Beacon Press, 1997, p. 4. Voir aussi chapitre 4, passim.

[10] Voir Richard Posner, « Against Ethical Criticism », Philosophy and Literature, 1997, vol. 21, n° 1, p. 1-27 ; « Against Ethical Criticism : Part Two », Philosophy and Literature, 1998, vol. 22, n° 2, p. 394-412. Joshua Landy, « A Nation of Madame Bovarys : On the Possibility and Desiderability of Moral Improvement Through Fiction » dans Gary L. Hagberg (dir.), Art and Ethical Criticism, London, Blackwell, 2008, p. 63-94. Nussbaum répond à Posner dans « Exactly and Responsibly : A Defense of Ethical Criticism », Philosophy and Literature, 1998, vol. 22, n° 2, p. 343-365.

[11] « Against Ethical Criticism », art. cit., p. 1. Voir aussi p. 1-3, 23, 24, et « Against Ethical Criticism : Part Two », art. cit., p. 394.

[12] La critique que Posner adresse à Nussbaum présente plusieurs aspects, et dans la présente discussion je laisse de côté certains arguments pour me concentrer sur ce qui me semble le motif principal de l’attaque contre la conception de Nussbaum de la relation entre éthique et littérature. Selon Posner, Nussbaum devrait considérer que toute littérature est moralement valable, et l’une des critiques que je laisse de côté reflète cette hypothèse. Posner soutient que la position de Nussbaum est menacée par l’observation (incontestable) selon laquelle certaines œuvres littéraires sont corrompues et manipulatrices (« Against Ethical Criticism », art. cit., p. 5). Cependant, parce que Nussbaum n’avance pas une thèse valable pour toutes les œuvres littéraires (voir la note 6 ci-dessus), cette observation ne remet pas son projet en cause.

[13] Posner, « Against Ethical Criticism », art. cit., p. 68.

[14] Landy, « A Nation of Madame Bovarys », art. cit., p. 77.

[15] Parce que Landy suppose que la littérature ne peut pas comme telle défendre quelque conception morale que ce soit, il lui semble que les œuvres singulières ne recueillent l’approbation que de ceux qui sont déjà convaincus, ou de ceux qui sont « convertis » à ces conceptions par le pouvoir non-rationnel de leurs stratégies littéraires. Un refrain central de cette partie de son travail est que « “moralement édifiant” est seulement un compliment que nous accordons aux œuvres dont les valeurs s’accordent avec les nôtres » (Ibid., p. 70 ; voir aussi p. 74). Si nous voulons considérer la littérature comme une source de sagesse pratique, nous devrions lui demander (comme le fait Landy en empruntant une expression de Posner) d’attirer notre attention vers ce que nous croyons déjà, et donc de nous faire devenir ce que nous sommes (Ibid., p. 80 ; voir aussi Posner, « Against Ethical Criticism », art. cit., p. 20).

[16] Il semble également (comme le souligne Posner) que nous pouvons évaluer les mérites littéraires d’un texte sans nous préoccuper de ses conceptions morales et, semblablement, que nous pouvons évaluer les conceptions morales sans regarder les mérites littéraires. À l’appui de cette double thèse, Posner présente des exemples de textes qu’il considère comme moralement salutaires, mais sans grande valeur esthétique, et de textes qu’il considère comme moralement pernicieux mais remarquables esthétiquement. Il mentionne par exemple dans le premier cas La Case de l’oncle Tom (dont il dit que « le seul intérêt qu’il présente désormais à nos yeux est historique ») et Maurice (qu’il considère comme admirable en raison de son attitude à l’égard de l’homosexualité tout en étant « le plus faible roman de Forster »). Dans le deuxième cas il cite l’Illiade (selon lui caractérisée par « viol, pillage, meurtre, sacrifice humain et animal, concubinage et esclavage »), l’Orestie (qu’il décrit comme caractérisé par la misogynie) et différentes œuvres de Dickens et de Shakespeare (marquées de racisme, sexisme, anti-sémitisme). (Les citations viennent de « Against Ethical Criticism », art. cit., p. 6, 15 et 5.)

[17] « The Moral of the Story », Critical Inquiry, 2007, vol. 34.

[18] Ibid., p. 26-27.

[19] Vogler s’emploie à montrer que tous les romans ne nous présentent pas de personnages littéraires en ce sens.

[20] Ibid., p. 8-9, 28 et 29.

[21] Ibid., p. 29.

[22] Ibid. Cette thèse rend difficile de savoir si elle considère que les morts sont réels.

[23] Ibid., p. 35.

[24] Ibid., p. 6, note 6.

[25] Il ne s’agit pas simplement d’abandonner toute responsabilité à l’esprit auctorial qui anime le texte. Le type d’ouverture sans contrainte que Nussbaum croit requise est interne à la pensée et il est de notre responsabilité de lecteur de déterminer si, en manifestant cette sensibilité, nous sommes conduits à voir des choses authentiques, ou si nous sommes simplement manipulés.

[26] La conception de Vogler est que ce qui singularise l’attitude que nous adoptons en pensant à des individus est que nous laissons ouverte la possibilité que la personne change et que nous puissions apprendre de nouveaux faits à son propos. Du point de vue de Nussbaum, cette manière de penser à l’individualité revient à traiter les individus supposés comme des types infiniment modifiables et complexes.

[27] « Allies or Adversaries ? The Problematic Relationship between Literature and Ethical Theory », Frame : Tijdschrift voor Literatuurwetenschap, 2000, vol. 17, n° 1, p. 7-26. Pour un traitement semblable du travail de Diamond, voir « Why Practice Needs Ethical Theory : Particularism, Principle and Bad Behavior », dans Steven J. Burton (dir.), “The Path of the Law” and its Influence : The Legacy of Oliver Wendell Holmes, Jr., Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 50-86.

[28] Cora Diamond, « Rien que des arguments ? » (1980-1981), L’Esprit réaliste (1991), trad. Emmanuel Halais et J.-Y. Mondon, Paris, PUF, 2004.

[29] Voir en particulier « Martha Nussbaum and the Need for Novels », Jane Adamson (dir.), Renegotiating Ethics in Literature, Philosophy and Theory, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, p. 39-64. Voir aussi « Passer à côté de l’aventure » (1985) et « Se faire une idée de la philosophie morale » (1983), reproduits dans L’Esprit réaliste, op. cit.

[30] Nussbaum, « Allies or Adversaries ? », art. cit., p. 10.

[31] Onora O’Neill, « The Power of Example », Constructions of Reason : Explorations of Kant’s Practical Philosophy, Cambridge, Cambridge University Press, 1989, p. 165-186, et critique de Stephen Clark, The Moral Status of Animals, The Journal of Philosophy, 1980, vol. LXXVII, n° 7, p. 445.

[32] Ibid., p. 22.

[33] Ibid., p. 23.

[34] « The Power of Example », art. cit., p. 173.

[35] Ibid., p. 176.

 

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