Politique de la fiction et fictionnalisation du politique face aux limites de la liberté d’expression

dimanche 4 mai 2014, par Gisèle Sapiro

Thèmes : fiction

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En 1806, Senancour écrivait : « Les livres ne remuent pas le monde, mais ils le conduisent secrètement. Les moyens violents ont des effets plus sensibles, mais peu durables [1]. » Réitérée tout au long du XIXe siècle à l’occasion des débats sur la liberté de presse, cette croyance ancienne dans le pouvoir des mots, que l’expérience révolutionnaire est venue conforter, constitue un des noyaux durs de l’imaginaire national français. La dimension politique de l’écrit a ici un caractère d’évidence, qu’elle n’a peut-être pas ailleurs. Dans ce contexte, loin d’inscrire le texte hors du monde actuel, de s’en « évader », le recours à la fiction peut même relever d’une stratégie très politique. Au début du XIXe siècle, la fictionnalisation a été, en effet, un moyen de faire de la politique sans en avoir l’air, de déguiser un message politique pour contourner la censure, à un moment où la frontière entre fiction et non-fiction n’était pas clairement établie. Ce n’est donc ni le rapport au réel, ni la dimension politique qui différencie des genres aussi différents que la chanson, le pamphlet, le récit historique et le roman sous la Restauration, mais simplement la forme et le mode d’expression, qui revêt un caractère plus ou moins ouvertement politique, comme on le verra dans la première partie à travers les cas de Béranger et de Paul-Louis Courier.

Cependant, le caractère fictionnel d’une œuvre ne suffit pas à la protéger des poursuites, dans la mesure où les écrits, quelle que soit leur nature, sont supposés avoir des effets sociaux sur leurs lecteurs, créant des responsabilités à leurs auteurs [2]. Comme l’illustrent les cas du Nom de famille d’Auguste Luchet, de Madame Bovary de Flaubert et de Sous-Offs de Lucien Descaves, qu’on examinera dans la deuxième partie, non seulement il n’y pas d’opposition entre fiction et vérité, mais le caractère politique de la fiction romanesque tient précisément dans son rapport revendiqué à la réalité et à la vérité : il réside dans sa manière de représenter l’ordre social.

Fictionnalisation du politique

La mise en place du régime de liberté de presse en 1819, en application de la charte de 1814, ouvre un espace pour l’expression d’opinions politiques divergentes de celles du gouvernement. Une expression tenue pour légitime en régime parlementaire, où les opinions doivent se confronter dans un espace public de débat, afin d’éclairer les franges lettrées de la population. La fiction n’est alors qu’une part congrue de la production livresque. En effet, dans la production éditoriale de la Restauration, les belles-lettres (catégorie plus large que la fiction puisqu’elle inclut la poésie) représentent environ un tiers des titres publiés et un quart des feuilles tirées. La part de l’histoire a doublé depuis la période napoléonienne, passant à un cinquième des titres et un tiers des feuilles tirées [3]. Les événements révolutionnaires et les changements de régime expliquent en partie cet engouement nouveau pour les livres d’histoire. En 1828, selon les données établies à l’époque par Philarète Chasle, l’histoire arrive même en tête des catégories d’ouvrages avec 736 titres, devançant de peu les matières religieuses (708). Suivent la poésie (463), le drame (308), la jurisprudence (286), les romans (267), la politique et l’administration (264) et l’éducation (260). Mis à part la médecine (220), les ouvrages spécialisés, auxquels se rattache désormais la philosophie, tombent au-dessous de 100 [4].

Si la poésie obéit à des contraintes formelles qui favorisent son identification comme genre à part entière, les contours des divers genres en prose ne sont pas aussi nets. Qui plus est, la distinction entre fiction et non-fiction apparaît in-opérationnelle pour les différencier. En effet, à la différence des sciences et de la philosophie qui connaissent alors un processus de spécialisation, l’écriture de l’histoire, la peinture de la société, les études de mœurs, l’analyse psychologique ne constituent pas encore une spécialité et empruntent de plus en plus des formes romanesques, qu’elles contribuent à anoblir [5] : l’œuvre de Balzac en témoigne. L’intérêt pour l’histoire se manifeste non seulement dans l’augmentation du nombre de titres publiés annuellement mais aussi dans la vogue du roman historique, importée d’Angleterre avec l’œuvre de Walter Scott notamment. Si elle contribue à la construction des identités nationales [6], l’écriture de l’histoire est aussi un enjeu politique brûlant, et doit, de ce fait, souvent se travestir, à l’instar des écrits politiques, brouillant les frontières entre fiction et non-fiction.

De tout temps, les écrivains ont recouru à des stratégies de contournement de la censure par des procédés littéraires : déplacement dans le temps ou dans l’espace, allusion, allégorie, métonymie, synecdoques, métaphores, etc., selon un langage codé que les lecteurs de l’époque savaient décrypter. Se voulant libérales, les lois de Serre de 1819 définissant les restrictions à la liberté de presse ne reconnaissent que la provocation formulée en termes clairs, « dans un langage significatif, intelligible, propre à émouvoir les esprits », comme l’explique le duc de Broglie, rapporteur du projet de loi auprès de la commission de la Chambre des pairs, et non de manière subtile, équivoque, ambiguë ou détournée [7]. Par conséquent, pour contourner l’interdit, les écrivains libéraux déplacent le cadre dans un autre pays ou dans un lointain passé, ils attaquent les ministres plutôt que le roi, les prêtres plutôt que la religion, et ainsi de suite. Ces stratégies de contournement sont clairement décryptées par les censeurs, comme en témoignent les fameuses fiches rédigées par l’abbé Jean Mutin lorsqu’il occupa le poste de chef d’une division créée au ministère de l’Intérieur à la fin de la période de la Restauration pour produire des analyses de livres destinées à servir de base aux poursuites judiciaires engagées par le Parquet. Il écrit par exemple, à propos de l’Histoire de la contre-révolution en Angleterre (1827) d’Armand Carrel, que c’est en fait une histoire à peine masquée de la contre-révolution en France sous Louis XVIII et Charles X : « impossible au lecteur ignorant et crédule de ne pas s’écrier à chaque page : c’est tout comme chez nous [8] ». Un des subterfuges auxquels recouraient les auteurs de pamphlets consistait à intercaler des phrases qui semblaient contraster avec la thèse centrale, et qui étaient destinées à servir à la défense en cas de poursuites. « Par là ils se croient suffisamment à couvert devant les tribunaux et ils n’en disent pas moins tout ce qu’ils veulent dire à un public qui n’est pas dupe de ce manège », commente l’abbé Mutin qui explicite ce stratagème dans sa fiche sur la Septième lettre de Salvandy [9].

L’ambiguïté est, par conséquent, une propriété majeure de ces textes, qui leur confère un caractère littéraire, et la fictionnalisation constitue avant tout une stratégie d’évitement des poursuites. C’est donc à bon droit que la défense conteste la méthode de lecture du ministère, fondée sur « ce système funeste d’interprétation, de conjectures et d’insinuations perfides incessamment démenties par ceux dont on veut à toute force traduire la pensée [10] ». Le ministère lui oppose cependant que les allusions sont évidentes, « aucune contention d’esprit », « aucun effort d’imagination » ne sont nécessaires pour en comprendre le sens. C’est le cas par exemple dans la chanson « Le sacre de Charles-le-simple » de Béranger, qui fait partie des textes incriminé lors de son procès de 1828 (le troisième). La référence à Charles X est considérée comme reconnaissable « à travers le voile qui la couvre », c’est-à-dire le procédé de transposition historique, dont l’inexactitude révèle le caractère fictif et, partant, « coupable » :

Oui, c’est en recherchant dans nos annales le souvenir d’un roi faible et malheureux, que le sieur Béranger, reportant, par une fiction coupable, du dix-neuvième au neuvième, des choses qui n’existaient pas et ne pouvaient exister en ces temps reculés, a bien osé, méprisant toute vérité, violant toute convenance, mettre en scène son souverain sous les traits et le nom de l’infortuné Charles III [11].

De même, la chanson « Les infiniment petits, ou la Gérontocratie » est une allégorie prophétique qui peint la France du futur comme une nation imaginaire de nains, à la manière burlesque et satirique de Jonathan Swift, sur laquelle les « barbons » règnent toujours. Là encore, l’allusion aux Bourbons est transparente.

Et si l’accusation tend naturellement à sur-interpréter les textes dans un sens politique, la défense affiche souvent, en toute mauvaise foi, une fausse naïveté en niant leur dimension allusive, métaphorique ou ironique. Me Berville, défenseur de Baudouin, l’éditeur de Béranger, lors du procès de 1828, conteste par exemple la capacité de l’imprimeur à décrypter les allusions dans des textes codés :

Je n’ai jamais trop bien compris, même à l’égard des auteurs, le système des interprétations  ; ce système, qui tend à faire prononcer une condamnation certaine pour un délit présumé, qui tend à faire condamner de simples intentions sans corps de délit constant. Mais à l’égard des libraires ; condamner un accusé pour n’avoir pas eu d’esprit ! Ah ! Messieurs, que de coupables dans le monde… Il nous fallait donc deviner, nous, simple commerçant, non juge ni procureur du Roi, que Charles-le-simple voulait dire Charles X, que les barbons voulaient dire les Bourbons. Il fallait deviner cela ou aller en prison ! Ainsi le Sphynx proposait les énigmes, et dévorait les malheureux qui n’avaient pu les deviner. (Mouvement [12].)

Cette époque voit la littérarisation de genres mineurs exclus jusque-là du domaine des « belles-lettres », la chanson et le pamphlet, à travers les figures emblématiques de Béranger et de Paul-Louis Courier, tous deux poursuivis et condamnés. Or le rapport de ces deux genres au politique est fort différent : inhérent au pamphlet, le traitement de sujets politiques était atypique, ou à tout le moins minoritaire dans le cas de la chanson, qu’on tenait pour un genre léger. La littérarisation s’opère par le travail de la mise en forme. En ce qui concerne la chanson, le recours à la fiction n’y est pas étranger, comme on vient de le voir, mais elle s’effectue principalement par un rapprochement – en principe proscrit – avec la poésie (ce qui conduit d’ailleurs le procureur du roi, lors du premier procès de Béranger en 1821, à qualifier ses chansons d’odes pour aggraver son cas en leur conférer un statut plus digne et donc une portée plus large). Pour le pamphlet, c’est le style qui est à l’origine de la reconnaissance littéraire, dans une tradition où le terme littérature n’est pas réservé à la fiction ni à l’écriture en vers. Ce n’est qu’un siècle plus tard que Céline introduira la dimension fictionnelle dans le pamphlet [13]. On voit, néanmoins, se dessiner dès cette époque un questionnement autour de la figure du narrateur dans les débats que suscite au prétoire le pamphlet de Paul-Louis Courier intitulé Simple discours de Paul-Louis, vigneron de la Chavonnière, aux membres du conseil de la commune de Véretz, à l’occasion d’une souscription pour l’acquisition de Chambord.

Si la littérarisation de la chanson n’allait pas de soi, elle était encore plus difficilement imaginable dans le cas du pamphlet. Genre politique par excellence, il est en effet associé dans l’imaginaire collectif à la littérature de combat. L’usage du terme, d’origine anglaise, se répand en France au XVIIIe siècle. Il réunit en un même genre des types d’écrits politiques subversifs autrefois désignés par diverses appellations : libelles, satires, mazarinades, etc. [14]. Publiés sous forme de tract, de placard ou de brochure (autres dénominations courantes), ils ont en commun un format court et un caractère polémique. Il s’agit d’une « littérature d’action », qui a une visée performative, au sens d’Austin [15] : elle est conçue et perçue comme une « arme » [16]. « Ce genre de satires courtes est le plus redoutable, parce que, non seulement elles sont connues dans les temps, mais qu’on les retient », explique Malesherbes dans son Mémoire sur la liberté de presse [17]. Il a proliféré pendant la Révolution.

Le pamphlet se caractérise donc avant tout par son format bref. Dans son Pamphlet des pamphlets, sorte de pamphlet autofictionnel, Paul-Louis Courier met en scène un dialogue entre un narrateur qui est son propre personnage et le libraire Arthus-Bertrand, membre du jury qui vient de le condamner. Ce dernier le décrit en ces termes : « à proprement parler, le pamphlet n’a qu’une feuille seule ; deux ou plus font une brochure [18] ». Au-delà, poursuit-il, c’est un ouvrage. Défini par son format court, le pamphlet ne constitue pas un genre à proprement parler puisqu’il peut revêtir, on l’a vu, des formes diverses, de la lettre publique à la parabole, que seuls réunissent la dimension politique et le style polémique.

Pour ces raisons, le pamphlet a mauvaise presse. Ce n’est pas un genre respectable. Arthus-Bertrand dit à l’auteur condamné n’avoir même pas pris la peine de lire l’écrit incriminé, car de toute façon, « le pamphlet ne saurait être bon ». Devant la stupéfaction du narrateur, le juré réplique : « Que voulez-vous, mon cher monsieur, que voulez-vous mettre de bon sens en une misérable feuille ? Quelles idées s’y peuvent développer ? Dans des ouvrages raisonnés, au sixième volume à peine entrevoit-on où l’auteur en veut venir ». Et de s’étonner qu’un homme comme lui « s’avili[sse], s’abaiss[e] jusqu’à faire des pamphlets [19] ». Imaginaire ou non, ce dialogue illustre le type d’arguments invoqués à l’époque contre la forme pamphlétaire, et que l’on retrouve dans la bouche du député centriste Nicod de Ronchaud en défense du projet de loi liberticide lors du débat de 1827 à la Chambre des députés :

Serions-nous donc réduits à chercher aujourd’hui la littérature française dans la multitude de libelles et de pamphlets dont nous sommes inondés, et qui, pour la plupart, n’ont d’autres passeport que le désir de nuire, et sont condamnés à retomber dans l’oubli le jour même qui les voit paraître ? Bien loin que le grand nombre de petits écrits soit favorable à la bonne et sainte littérature, il ne peut que contrarier ses progrès en donnant au goût une fausse direction, et détournant les esprits de ces conceptions élevées ou profondes, et de ces ouvrages savamment combinés, auxquels le travail et le temps peuvent seuls imprimer un caractère de grandeur [20].

A l’inverse de la chanson qui appelle l’indulgence, le pamphlet suffit donc à condamner son auteur. L’enjeu du débat tient dans la soi-disant capacité du pamphlet à dire la vérité. Pour Paul-Louis Courier, c’est ce qu’on lui reproche : « Mais malheur à celui par qui le scandale arrive, qui sur quelque sujet important et d’un intérêt général dit au public la vérité [21] ». Dans le camp adverse, le procureur du roi de Broë blâme le pamphlétaire – qu’il appelle aussi « libelliste » – pour avoir précisément déformé la vérité. De Broë lui oppose l’historien, qui étaye la vérité par de longues démonstrations, quand l’auteur d’une simple brochure ne peut donner qu’une vision partielle et partiale des faits. Cette distinction entre histoire et autres écrits, Me Berville, avocat de Paul-Louis Courier, la récuse : « La vérité a-t-elle, pour se montrer, des formes privilégiées ? existe-t-il un genre d’ouvrage dans lesquels la vérité soit criminelle ? » Dans Le Pamphlet des pamphlets, Paul-Louis Courier met sous la plume de son prétendu ami sir John Bickerstaff – un des pseudonymes du célèbre pamphlétaire de langue anglaise Jonathan Swift – une apologie du pamphlet, qui renverse l’argument de ses accusateurs en proclamant qu’« il n’y a point de bonne pensée qu’on ne puisse expliquer en une feuille, et développer assez ; qui s’étend davantage, souvent ne s’entend guère, ou manque de loisir, comme dit l’autre [Pascal], pour méditer et faire court » [22]. La brièveté du genre fait sa force, car il s’adresse à tous et non aux seuls oisifs. Qui plus est, l’écrivain anglais anoblit ce genre maudit en l’inscrivant dans la prestigieuse lignée des épîtres de saint Paul et de saint Basile, des harangues de Cicéron, des Philippiques de Démosthène, des Provinciales de Pascal et du Bon Sens de Benjamin Franklin.

Du point de vue stylistique, le ministère public reproche à Courier d’avoir parlé, dans des termes irrévérencieux, du jeune duc de Bordeaux, né miraculeusement sept mois après l’assassinat par Louvel de son présumé père, le duc de Berri, héritier du trône : il a employé les termes de « maillot » et de « bavette » ainsi que celui de « métier » dans la phrase « ton métier sera de régner ». Dans les commentaires dont il a accompagné la publication des pièces de son procès, Courier résume en ces termes le réquisitoire du procureur de Broë : « Il dit le maillot simplement, sans dire l’auguste maillot  ; la bavette, et non pas la royale bavette. Il dit, chose horrible ! de ce prince, qu’un jour son métier sera de régner [23] ». Éludant la dimension ironique du propos, l’auteur et son défenseur répondent que la simplicité naïve du ton sied au personnage qui parle dans son pamphlet. « Le langage d’un villageois ne peut être celui d’un académicien », explique Me Berville [24]. Courier oppose au parler simple du peuple la boursouflure et la surenchère d’épithètes caractéristiques du style de la noblesse, et si bien accordés à la flatterie courtisane.

Nonobstant la narration à la première personne et le caractère non fictionnel du discours, la défense s’appuie sur la distinction entre l’auteur et le narrateur et sur le principe réaliste de l’adaptation du style du récit au personnage du narrateur en fonction de sa position sociale. Cette manière de relativiser le discours en l’imputant à un narrateur socialement situé faire ressortir, en creux, la diversité sociale des locuteurs ayant désormais accès à la parole publique. Cette forme énonciative qui met en scène un personnage parlant à la première personne pour dénoncer publiquement un scandale au nom de la vérité et de la justice va devenir, à partir de la fin du XIXe siècle, la marque de la « parole pamphlétaire [25] », au moment où le format cessera d’en être le signe distinctif comme en témoignent les épais volumes de cette époque, de La France juive (1886) de Drumont à Bagatelles pour un massacre (1937) de Céline, qui y introduira en outre, on l’a dit, une dimension fictionnelle.

Paul-Louis Courier a largement contribué à littérariser et à légitimer ce genre discrédité par les lettrés. Son style incisif lui vaut la reconnaissance d’écrivains comme Stendhal, qui considère que « M. Courier est peut-être l’homme de France qui, depuis Voltaire, a écrit le pamphlet avec le plus de piquant, de malignité, avec le plus de verve [26] ». Pour Balzac, cependant, « le vrai pamphlétaire fut Béranger ; les autres ont aidé plus ou moins à la sape des libéraux ; mais lui seul a frappé, car il a prêché les masses [27] ».

Politique de la fiction

Ce n’est que sous la monarchie de Juillet que le roman connaît un essor sans précédent en France, et qu’il devient un genre littéraire reconnu, au même titre, ou plutôt derrière la poésie et le drame. Pour s’anoblir, il lui a fallu se présenter comme étude sociologique contribuant à la connaissance de la société [28]. C’est ce que revendiquent Balzac tout autant qu’Eugène Sue, sans éviter à ces nouveaux éducateurs autoproclamés des poursuites. Cependant, avec la libéralisation de la presse qui reconnaît la liberté des opinions, la morale publique, qui protège, dans la législation de 1819, les principes fondamentaux de la société et la morale religieuse, puis l’offense aux mœurs, catégorie encore mal différenciée dans la pratique jurisprudentielle des crimes politiques, deviennent les motifs de poursuites les plus courants contre la fiction lorsqu’elle paraît menacer l’ordre social.

Née du combat des libéraux, la monarchie de Juillet se montre relativement clémente pour la littérature, par comparaison avec le régime précédent. Certes, les attaques contre le gouvernement sont sévèrement réprimées. L’arsenal répressif est durci après l’attentat perpétré par Giuseppe Fieschi contre Louis-Philippe en juillet 1835. Outre les crimes politiques, les atteintes aux hiérarchies sociales et aux fondements de l’ordre bourgeois, en particulier la famille et la propriété, sont sévèrement réprimées, comme l’illustre le procès d’Auguste Luchet.

Luchet, dans lequel Louis Blanc voyait un représentant de l’art social, aux côtés de Béranger et quelques autres [29], est poursuivi pour son roman Le Nom de famille, paru fin 1841. Cette fiction sur le thème de la filiation raconte l’histoire du fils naturel de la marquise de Tancarville, né d’une liaison qu’elle avait eue, après dix ans de mariage stérile, avec le fils de l’homme qui avait fait exécuter son propre père pendant la Révolution. Journaliste, affecté de nombre de vices, il a épousé une fille issue d’un adultère. Il assassine son beau-père, avant de provoquer la mort de son père légitime et tenter de tuer son père naturel.

Luchet et son éditeur comparaissent devant le jury de la cour d’assises en 1842, sous la prévention des délits d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs, d’excitation à la haine et au mépris du gouvernement, du dessein de troubler la paix publique en excitant le mépris et la haine des citoyens contre plusieurs classes de citoyens, et d’outrages et dérision contre la religion professée par la majorité des Français. Soucieux de soustraire cette affaire à la catégorie des procès politiques, qui bénéficiait de circonstances atténuantes sous la monarchie orléaniste, l’avocat général Nouguier précise aux membres du jury : « ce n’est pas à vos sentiments politiques, sentiments que nous ignorons et que nous voulons ignorer, que nous avons aujourd’hui l’intention de faire appel ». Il s’agit, poursuit-il, dans cette affaire, « des règles éternelles de la morale publique, les préceptes essentiels de la religion, ce lien sacré entre l’homme et la divinité, les principes conservateurs de la famille, qui unissent les hommes entre eux ». Ce livre regorge en effet d’attaques contre la famille, explique Nouguier, on y trouve « partout l’adultère et partout le mot adultère » et « le nom que donne la famille n’est qu’un mensonge », suivant l’auteur. À ceci s’ajoutent la comparaison de la puissance paternelle au despotisme, des attaques contre la noblesse, des diffamations violant la vie privée des familles qui en sont issues en mêlant la fiction à la réalité, et « partout l’injure, la menace jetée à toutes les classes [30] ». Déjà connu pour ses opinions républicaines, Me Jules Favre ne parvint pas à sauver son client de la peine sévère que réclamait contre lui l’avocat général. Luchet fut condamné à deux ans de prison et 1000 francs d’amende.

Le procès intenté à Flaubert pour Madame Bovary en 1857, sous le Second Empire, illustre encore plus clairement la dimension politique des procès pour offense aux mœurs qu’on retrouve tout au long du XIXe siècle [31]. Ce roman porte également atteinte à ces deux piliers de l’ordre social bourgeois que sont la famille et la propriété : Emma Bovary commet un adultère qui entraîne la destruction de sa famille et elle dilapide la fortune familiale, la conduisant à sa ruine. Selon l’avocat de Flaubert, cependant, le fait que son client fasse mourir son héroïne dans des souffrances atroces prouve que ce roman n’est pas une apologie de l’adultère. Argument insuffisant aux yeux du procureur impérial, selon lequel la mort d’Emma ne suffit pas à absoudre les outrages à la morale et au bon goût que Flaubert a commis dans son roman. En outre, Emma se donne elle-même la mort, ce qui est une offense supplémentaire à la morale.

Les choix formels de Flaubert ont autant pesé, sinon plus, dans les poursuites dont il a fait l’objet, que le thème de l’adultère, qui était commun dans la littérature et le théâtre de l’époque. Le jugement qui l’acquittait le blâmait d’avoir recouru au procédé réaliste, ce qui peut paraître paradoxal si l’on considère qu’il avait entrepris ce roman en « haine du réalisme [32] », et que ce procédé était largement parodié, les descriptions les plus détaillées étant réservées aux produits de l’imagination d’Emma [33]. La neutralité axiologique de l’auteur, qui choque aussi bien la critique de l’époque que le procureur impérial, tient à la posture du narrateur impersonnel observant ses personnages avec une objectivité teintée d’ironie, à la façon d’un savant. De même, l’usage que fait Flaubert d’une technique nouvelle en France, le discours indirect libre, qui consiste à entrer dans les pensées des personnages sans indiquer de changement de point de vue par des guillemets ou par la forme indirecte, a conduit le procureur impérial à confondre le point de vue de l’auteur avec celui de sa protagoniste, et donc à voir dans le roman une apologie de l’adultère. Encore peu établie à l’époque, la distinction entre auteur, narrateur et personnage s’établira comme une convention de la littérature moderne. Flaubert y aura largement contribué.

Son acquittement ne tient pas seulement au capital social mobilisé par son réseau familial, mais aussi au fait que son avocat est parvenu à convaincre le tribunal de police correctionnelle du caractère hautement moral de ce roman, qui montre les effets nocifs des mauvais livres sur une femme d’origine modeste – Emma a lu la littérature romantique dans son enfance –, à laquelle ils ont donné des idées chimériques et des ambitions à s’élever au-dessus de sa condition. La mobilité sociale était en effet une des grandes inquiétudes des conservateurs à cette époque, et le genre romanesque était suspecté d’être un puissant vecteur de trouble pour l’ordre social en attisant les ambitions et la convoitise des individus de condition modeste : dans son intervention du 6 avril 1847 à la Chambre des députés, le baron Chapuys-Montlaville avait ainsi accusé le roman-feuilleton de détourner le lecteur de la réalité en lui faisant miroiter une « existence fabuleuse, chargée de plaisirs, entourée de splendeurs », qui le conduit à mépriser « l’état, la profession de son père » et le pousse vers « les satisfactions extrêmes de l’orgueil et du bien-être matériel ». La lecture régulière de ces romans constituait à ses yeux un grave péril pour la société : « […] en dégoûtant […] chaque citoyen de sa situation, et en lui faisant concevoir pour son avenir des espérances chimériques, cette lecture provoque le déclassement », qui est une « maladie épidémique de ce temps [34] » (il s’agit bien sûr ici de déclassement par le haut). Dans la réponse qu’il lui fit, Louis Desnoyers s’étonna « qu’un prétendu démocrate comme [lui] considère que les enfants ne doivent pas aspirer s’élever au-dessus de la condition de leurs parents [35] ».

Toujours est-il que Flaubert est absout au nom même de ce pour quoi il était condamné : les effets supposés nocifs des mauvais livres. Cette thèse a été largement discutée par les commentateurs : alors que certains la relativisent en l’assignant au point de vue de la belle-mère d’Emma, qui traite le libraire d’« empoisonneur » [36], d’autres souscrivent à l’analyse de l’avocat de Flaubert. Si l’on peut montrer que, loin d’être réservée au point de vue de la belle-mère, la thèse des effets nocifs des mauvais livre est un des principes de causalité qui structure l’enchaînement de nombreuses scènes du roman (les scènes de lecture sont souvent suivies de crises d’hystérie, conformément à une représentation commune à l’époque, confirmée par la littérature médicale qui conseillait d’interdire la lecture de romans aux jeunes filles hystériques), il est impossible d’en faire pour autant un « roman à thèse » avant la lettre, l’ambiguïté prévalant jusqu’au bout [37].

L’ambiguïté est due à une autre dimension socio-politique du roman, qui a contribué au scandale qu’il a suscité : en prenant au sérieux des figures situées au bas de l’échelle sociale, en restituant leur point de vue sur le monde, Flaubert rompt avec l’esthétique classique qui hiérarchisait le traitement des personnages en fonction de leur position sociale, et attente à l’ordre social. Le critique Armand de Pontmartin y voit un symptôme de la « démocratie littéraire » [38].

Sous la Troisième République, la libéralisation politique s’accompagne d’un abandon de la protection de la morale publique et religieuse, mais aussi d’un durcissement des pénalités pour offense aux bonnes mœurs. Cette dernière catégorie sert à poursuivre les opposants ou les critiques du régime qu’on ne peut condamner pour raison politique, puisque, selon la loi libérale de 1881, la République ne se protège pas en tant que régime. En témoigne le procès de Lucien Descaves pour son roman antimilitariste Sous-Offs. Ce procès illustre la nationalisation de la morale publique à cette époque. Descaves est accusé d’injure à l’armée et d’offense aux mœurs, pour avoir décrit les mœurs militaires à une époque où l’armée devient une institution sacrée de la nation (l’offense aux mœurs permettait de corser l’affaire, les peines pour injure à l’armée étant plus légères). Pour aggraver son cas, le procureur tente de reclasser le livre dans le genre pamphlétaire : il le qualifie d’ « infâme libelle », qui prétend apporter la « vérité » au lecteur, intention dont on trouve la trace dans la dédicace du livre, présentant l’ouvrage comme une « analyse scientifique », une analyse de « laboratoire ». Et le procureur de traiter l’auteur de « malfaiteur de la plume ». Pour sa défense, son avocat joue sur un double argument. D’un côté, il souligne qu’il s’agit d’un roman et non d’un pamphlet : les personnages étant fictifs, il n’y a pas diffamation. De l’autre, il invoque la nécessité de dire la vérité afin d’améliorer l’état des choses : c’est selon lui le rôle des écrivains et journalistes en régime démocratique. La seule question qui se pose à ses yeux est de savoir si ce que son client décrit est vrai. Or Descaves s’est appuyé non seulement sur son expérience, à une époque où le service militaire était devenu universel, mais sur les jugements des conseils de guerre. Descaves est acquitté. On notera que, dans cette affaire, il n’y a pas de contradiction entre fiction et vérité. C’est à la fois la dimension fictionnelle et la preuve donnée de la vraisemblance du propos qui permet l’acquittement de l’auteur face à l’accusation d’injure.

Dans ces trois cas par ailleurs très différents, le procédé fictionnel a été estimé passible de poursuites parce qu’il attentait à l’ordre social, et c’est moins son caractère fictif que la vraisemblance de l’histoire et la sincérité de l’intention qui ont évité à Flaubert et à Descaves d’être sanctionnés, à l’inverse de Luchet dont les intentions furent jugées coupables. Par-delà la spécificité des raisons de poursuivre en fonction des différentes conceptions de l’ordre social qui prévalent sous ces trois régimes, on observe une remarquable continuité dans la lecture politique de la fiction romanesque et de ses effets potentiellement subversifs par les juges.

Si le recours à la fiction a pu constituer un moyen de contourner la censure, la distinction entre fiction et non-fiction ne suffit donc pas protéger un texte face aux limites de la liberté d’expression, en raison des effets supposés subversifs de la fiction dans son mode de représentation de l’ordre social. Cette distinction ne s’est d’ailleurs établie que progressivement, avec la proclamation de l’autonomie de l’univers fictionnel par rapport au monde réel, et surtout par rapport à son auteur, à travers la distinction entre auteur, narrateur et personnages, puis celle, plus récente, entre apologie et représentation.

L’autonomie de l’univers fictionnel est encore relative, comme le montrent nombre d’affaires contemporaines. Ainsi, la distinction entre auteur et narrateur d’un côté, apologie et représentation de l’autre, a permis d’exonérer Éric Bénier-Burckel, l’auteur de Pogrom (Flammarion, 2005), roman dont le personnage principal, qui parle à la première personne, est antisémite, de l’accusation de provocation à la haine raciale, le Tribunal ayant considéré que « la création artistique nécessite une liberté accrue de l’auteur qui peut s’exprimer tant sur les thèmes consensuels que sur des sujets qui heurtent, choquent ou inquiètent ». En revanche, le caractère fictionnel d’un roman ou d’un personnage ne protège pas l’auteur dans les procès en diffamation, a fortiori lorsqu’est cité le nom propre, les jugements donnant raison à la thèse du philosophe Saul Kripke qui voit dans le nom propre un désignateur rigide vrai dans tous les mondes possibles [39]. Mathieu Lindon et son éditeur en ont fait les frais, ayant été condamnés deux fois, par le Tribunal de grande instance de Paris en 1999 et par la Cour européenne des droits de l’homme en 2007, à la suite du procès que leur a intenté Jean-Marie Le Pen suite à la publication du roman intitulé Le Procès de Jean-Marie Le Pen (POL, 1998), où le leader du Front national était qualifié par un personnage (fictif) appartenant au camp antiraciste de « chef d’une bande de tueurs » et de « vampire » qui se nourrit « du sang de ses électeurs ». Ici la distinction entre représentation et apologie n’a pas fonctionné, le propos du personnage fictif ayant été imputé à l’auteur, malgré la vraisemblance de la situation représentée, et bien que le roman soit symétriquement truffé de propos racistes émis par des personnages appartenant au camp adverse, celui du Front national – propos qui, eux, n’ont pas été imputés à l’auteur. Notons cependant que quatre juges de la Cour européenne ont exprimé des opinions dissidentes au bas du jugement, considérant, notamment, qu’il n’avait pas suffisamment été tenu compte du fait qu’il s’agissait d’un roman.

Si la reconnaissance de l’autonomie de l’univers fictionnel demeure donc relative, la fiction n’est plus condamnée de nos jours en tant que politique, pas plus que ne le sont les opinions, sauf lorsqu’à l’instar du racisme, elles sont susceptibles d’attiser la haine envers des groupes en raison de leur identité. Reste à se demander dans quelle mesure la dépénalisation de la fiction politique, qui marque la libéralisation de l’expression, n’a pas contribué à sa dépolitisation en lui ôtant son caractère subversif.

par Gisèle Sapiro

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Pour citer cet article :

Notes

[1] Senancour, De l’Amour, cité par P. Bénichou, Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne [1973], Gallimard, 1996, p. 206.

[2] Sur les différentes conceptions des effets sociaux de littérature, voir mon livre La Responsabilité de l’écrivain. Littérature, droit et morale en France (XIX-XXIe siècles), Paris, Seuil, 2011. Les études de cas évoquées dans cet article y sont développées plus en détail.

[3] D’après les comptages de P.-A. Daru, Notions statistiques sur la librairie pour servir à la discussion de la loi sur la presse, Paris, F. Didot, 1827. Voir aussi l’analyse qu’en fait D. Bellos, « La conjoncture de la production », Roger Chartier et Henri-Jean Martin, Histoire de l’édition française, t. 2, Paris, Fayard/Cercle de la librairie, 1991, p. 733-735.

[4] Ph. Chasle, « Statistique littéraire et intellectuelle de la France », Revue de Paris, 1829, dans ibid., p. 739-740.

[5] J. Lyon-Caen, La Lecture et la Vie. Les Usages du roman au temps de Balzac, Paris, Tallandier, 2006.

[6] A.-M. Thiesse, La Création des identités nationales. Europe XVIIe siècle-XXe siècle [1998], Paris, Seuil, coll. « Points », 2001.

[7] L. Raymond-Balthasard Maiseau, Manuel de la liberté de la presse. Analyse des discussions législatives sur les trois lois relatives à la presse et aux journaux et écrits périodiques, Paris, Pillet aîné, 1819, p. 34.

[8] Rapport du 10 décembre 1828, reproduit in « Bibliothèque historique », Gazette littéraire. Revue française et étrangère la littérature, des sciences, des Beaux-Arts, etc., 19 août 1830, p. 586.

[9] « Bibliothèque historique  », Gazette littéraire, 2 septembre 1830, p. 611.

[10] Procès fait aux chansons de P.-J. Béranger, Paris, Baudouin frères, 1828,p. 148.

[11] Gazette des tribunaux, 11 décembre 1828.

[12] Gazette des tribunaux, 11 décembre 1828.

[13] Sur les pamphlets de Céline, voir R. Tettamanzi, Esthétique de l’outrance, idéologie et stylistique dans les pamphlets de L.-F. Céline, Tusson, Éditions du Lérot, 1999 ; et Ph. Roussin, Misère de la Littérature, terreur de l’histoire. Céline et la littérature contemporaine, Paris, Gallimard, « NRf-Essais », 2005.

[14] Y. Bellenger, « Le pamphlet avant le pamphlet : le mot et la chose », Cahiers de l’Association internationale des études françaises, vol. 36, n°1, 1984, p. 87-96.

[15] J. Austin, Quand dire, c’est faire [1962], trad. fr. Paris, Seuil, 1970, rééd. « Points », 1991.

[16] Ch. Jouhaud, Mazarinades : La Fronde des mots, rééd. Paris, Aubier, 2009.

[17] Voir Malesherbes, Mémoire sur la librairie, Mémoire sur la liberté de la presse, Paris, Agasse, 1809.

[18] Ce dialogue est mis en scène dans P.-L. Courier, Pamphlet des pamphlets, dans Œuvres complètes [1951], Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1964, p. 210.

[19] P.-L. Courier, Pamphlet des pamphlets, ibid., p. 211, 212.

[20] Intervention de Nicod de Ronchaud, député du Jura, à la Chambre des députés, Archives parlementaires, op. cit., t. L, 13 février 1827, p. 537.

[21] P.-L. Courier, Pamphlet des pamphlets, op. cit., p. 219. Archives parlementaires de 1787 à 1860. Recueil complet des débats législatifs & politiques des chambres françaises, sous la dir. de M. J. Vidal et M. E. Laurent, t. L, Paris, Imprimerie Paul Dupont, 1882.

[22] Ibid., p. 218.

[23] Procès de Paul-Louis Courier [1821] dans P.-L. Courier, Œuvres complètes, op. cit., p. 99.

[24] Ibid., p. 107.

[25] M. Angenot, La Parole pamphlétaire. Typologie des discours modernes, Paris, Payot, 1982.

[26] Cité d’après A. Dejammet, Paul-Louis Courier, vies, Paris, Fayard, 2009, p. 451.

[27] Cité d’après J. Touchard, La Gloire de Béranger, t. II, Paris, Armand Colin, 1968, p. 155.

[28] J. Lyon-Caen, La Lecture et la Vie. Les Usages du roman au temps de Balzac, op. cit.

[29] Louis Blanc, « L’avenir littéraire », Revue du Progrès, 15 février 1839, cité par A. Cassagne, La Théorie de l’art pour l’art en France chez les derniers romantiques et les premiers réalistes [1906], Champ Vallon, Paris, 1997, p. 79.

[30] Cité d’après Le Moniteur universel, 11 mars 1842. Voir aussi, sur ce procès, Le Constitutionnel, 11 mars 1842 et Journal des débats, 11 mars 1842.

[31] Le procès est reproduit dans G. Flaubert, Œuvres, t. I, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1951, p. 615-683 (« Appendice »). Pour une analyse plus détaillée, G. Sapiro, La responsabilité de l’écrivain, op. cit., p. 193-326. Voir aussi Y. Leclerc, Crimes écrits. La Littérature en procès au xixe siècle, Paris, Plon, 1991, p. 129-222.

[32] Gustave Flaubert, lettre du 30 octobre 1856 à Edma Roger des Genettes, Correspondance, t. II, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1980, p. 643.

[33] Comme l’a noté G. Genette, « Silences de Flaubert », Figures, Paris, Seuil, 1966, p. 223-243.

[34] Reproduit dans Le Moniteur, 7 avril 1847, et dans La Querelle du roman-feuilleton. Littérature, presse et politique, un débat précurseur (1836-1848), textes réunis et présentés par Lise Dumasy, Grenoble, Ellug, 1999, p. 108 et 109.

[35] L. Desnoyers, « Un peu d’histoire à propos de roman », Le Siècle, 5 septembre 1847, reproduit dans ibid., p. 133 pour la citation.

[36] Voir notamment D. LaCapra, « Madame Bovary » on Trial, Ithaca, Cornell University Press, 1982.

[37] Je renvoie à mon analyse du roman dans La Responsabilité de l’écrivain, op. cit., p. 266 sq.

[38] A. de Pontmartin, « Le roman bourgeois et le roman démocrate. MM. Edmond About et Gustave Flaubert », Le Correspondant, juin 1857, p. 303-304.

[39] S. Kripke, La logique des noms propres [1972], trad. fr., Paris, Minuit, 1982.

 

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