A quoi pense la littérature de jeunesse ? Philosopher avec les enfants grâce à la lecture de récits

samedi 18 avril 2015, par Edwige Chirouter

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La pratique de la « philosophie avec les enfants » se développe en France depuis maintenant une vingtaine d’années. Venues des États-Unis, suite aux recherches du philosophe Matthew Lipman, et répondant à l’appel à « philosopher hors les murs » lancé par le GREFH et Jacques Derrida dans les années 1970, les « Discussions à Visée Philosophique » prennent des formes diverses, répondent à des enjeux pluriels et suscitent de nombreuses controverses. Car si ces pratiques répondent au besoin de démocratisation d’une discipline scolaire jugée trop souvent comme hermétique et élitiste, elles bouleversent aussi complètement les représentations traditionnelles de son enseignement. En quoi ces pratiques avec de si jeunes élèves peuvent-elles être véritablement philosophiques ? Les enfants en sont-ils capables ? Quels dispositifs mettre en place ? Quels supports utiliser ? Dans ma thèse, je suis partie du postulat suivant : on ne peut apprendre à philosopher sans supports, sans textes, qui permettent la mise à distance et la problématisation du sujet. Les textes de philosophie classique étant trop ardus et complexes pour des élèves du primaire, c’est grâce à la littérature que l’on peut peut-être leur permettre d’entrer dans cet apprentissage difficile et rigoureux. Et surtout, c’est peut-être grâce à l’enfance que la littérature et la philosophie pourraient retrouver leur alliance originelle. L’enfance est le pont qui permettrait de retrouver la fraternité de ces deux paroles, qu’il ne faut certes pas confondre, mais dont il ne faut surtout pas oublier non plus le fondement commun : la littérature et la philosophie sont toutes les deux des discours qui donnent sens et intelligibilité à notre existence. Elles naissent de l’étonnement devant le monde, expérience fondatrice dont l’enfance nous rappelle chaque jour la force, et cherchent toutes les deux à éclairer notre condition. Disciplines trop souvent et injustement cloisonnées dans le système éducatif français, la littérature et la philosophie ne pourraient-elles pas retrouver leur complémentarité grâce au développement de la philosophie avec les enfants ?

par Edwige Chirouter

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