Vocation, ambition, aliénation : le travail dans les œuvres de Gustave Flaubert, d’Italo Svevo et de Robert Musil.

mardi 5 janvier 2016, par Emmeline Céron

Thèmes : Travail

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Article publié initialement dans Raison publique, n°15, automne 2011.

Les œuvres romanesques du Triestin Italo Svevo et de l’Autrichien Robert Musil sont, à bien des égards, annonciatrices de la postmodernité européenne, dans la mesure où s’y font jour simultanément, à travers un type de personnage sociologiquement intermédiaire (souvent intellectuel), l’explosion de l’individualisme et la crise de l’individu. La particularité du temps de fiction de ces romans (le monde d’avant 1914) est de représenter une période transitoire entre l’ordre social qui domine encore le XIXe siècle et le paysage sociologique de l’Europe contemporaine : la neutralisation des forces de classes traditionnelles favorise l’émergence de protagonistes dont le caractère, le statut social et le destin personnel sont les reflets de la situation que Philippe Chardin, auteur d’un essai sur ces « romans de la conscience malheureuse [1] » dont relèvent entre autres les œuvres de Svevo et de Musil, décrit comme une situation « d’apesanteur sociologique [2] ». Dans ces univers romanesques, les milieux laborieux du prolétariat - explorés par les naturalistes - et de la paysannerie - décrits par les écrivains régionalistes d’inspiration romantique comme George Sand - et que continuent de dépeindre des modernes véristes ou d’inspiration vériste tels que Giovanni Verga ou Luigi Pirandello, n’apparaissent plus qu’en filigrane. On y observe, en revanche, des protagonistes flottant entre les mondes de la petite bourgeoisie — celle des employés et des fonctionnaires —, de la haute bourgeoisie d’affaires, dont les valeurs sont mises en échec, et de l’aristocratie crépusculaire : des individus relevant de classes intermédiaires, qui investissent, vivent et conçoivent différemment le travail, dès lors envisagé à travers les questions de la vocation, des voies de l’accomplissement socioprofessionnel, de l’astreinte à une tâche quotidienne, et de l’intégration de l’individu à un ensemble pour lequel il œuvre. Chez le français Gustave Flaubert, souvent considéré comme un précurseur en ce sens que ses œuvres romanesques contiennent en germe les grandes interrogations de la modernité européenne, se profile également, à travers des personnages à prétention intellectuelle ou artistique, cette catégorie intermédiaire qui deviendra prépondérante dans une grande partie de la littérature du premier XXe siècle : celle de héros socialement à la fois dedans et dehors — c’est-à-dire relevant d’une classe intermédiaire et fréquentant assidûment, sans y être jamais véritablement intégrés, une classe supérieure à la leur — comme le sont, culturellement, Bouvard et Pécuchet au regard de la science et des arts.

Le parcours de ces personnages flaubertiens qui se libèrent de l’obligation de travailler pour finalement, après l’échec de leur périple intellectuel, retourner vers la valeur sûre de leur occupation de copiste, présage du rapport très ambivalent au travail qu’entretiendront certains héros de la littérature moderne, intellectuels ou à prétention intellectuelle, tels que les imagineront Italo Svevo, particulièrement dans Une Vie [3] et dans La Conscience de Zeno [4], et Robert Musil, dans L’Homme sans qualités [5] et, déjà, dans Les Désarrois de l’élève Törless [6]. Les multiples insatisfactions des personnages, assorties souvent d’ambitions mégalomaniaques, entraînent dans ces fictions une remise en cause générale du modèle formateur qui a marqué et dominé, par le biais du Bildungsroman européen, le XVIIIe et le XIXe siècle. Au centre de cette remise en cause s’opère une révision de la question de la vocation et sont exprimées des réserves nouvelles vis-à-vis des spécialisations professionnelles, étroitement liées aux insatisfactions faustiennes des personnages et au fantasme sous-jacent de « l’homme total ». Enfin, le rapport ambivalent au travail, considéré au regard des ambitions des héros tantôt comme un levier, tantôt comme un frein, est cause d’une forme de paralysie qui, conjointe au statut d’intellectuel et aux images auxquelles il renvoie, donne lieu à une singulière oisiveté active — qui illustre l’ambivalence, soulignée par Musil avec la notion de passivité active, de ces romans où même les vides sont féconds — à la fois cause et symptôme du phénomène proprement moderne d’adolescence continue.

Les affres de l’ambition ou le travail entre insatisfactions faustiennes et fantasmes totalisants

Les héros de Svevo et de Musil partagent avec les protagonistes du roman éponyme de Flaubert Bouvard et Pécuchet [7], au sein de leur environnement social et notamment professionnel, une impression de marginalité justifiée par la force singulière de leur libido sciendi. Ils présentent également une tendance juvénile aux ambitions mégalomaniaques : dans le cas d’Alfonso, anti-héros du premier roman de Svevo, cette tendance, qui perdure à l’âge adulte, se traduit par une identification systématique aux grands héros de la littérature ; elle constitue un des symptômes de la stagnation du personnage à un stade infantile, responsable de l’échec de sa formation sociale, professionnelle et sentimentale. Zeno passera quant à lui, à l’instar d’Ulrich chez Musil, par l’identification au destin d’exception que représente à ses yeux le parcours d’un tyran. La figure de Napoléon marque en Europe tout le XIXe siècle ; son destin épique inspire particulièrement les romantiques qui voient volontiers en l’empereur l’incarnation de « l’énergie ». Le mythe napoléonien, que les arts ont grandement contribué à forger, traverse la fin du XIXe siècle et le début du XXe, s’y transmuant en un modèle de réussite individuelle : dans des romans modernes où s’expriment les symptômes d’une crise générale de l’individualité, les angoisses liées à la dissolution du Moi dans la masse ou, particulièrement chez les écrivains de la Mitteleuropa [8], un malaise identitaire lié à un sentiment national complexe, l’épopée napoléonienne représente un modèle de carrière et d’affirmation de soi. « Dans l’esprit d’un jeune homme de famille bourgeoise, le concept de vie humaine se relie à celui de carrière, et, dans la première jeunesse, on entend par carrière celle de Napoléon [9] », écrit ainsi Zeno dans ses cahiers, comme en écho au héros de Musil, Ulrich, qui fait de la cavalerie son « premier de trois essais pour devenir un grand homme [10] ».

Ces identifications juvéniles aux destins d’exception ont pour double origine le désir de pouvoir et le fantasme de la position a-morale propre au tyran : on peut songer, à ce sujet, à la justification idéologique que Raskolnikov, chez Dostoïevski, tirait de ce même modèle napoléonien pour motiver, a priori, son crime [11]. L’attirance pour la position moralement transcendante du tyran reflète en effet le statut singulièrement désengagé de l’intellectuel du tout premier XXe siècle, qui se place à distance des classes dominantes [12] et qui, à l’instar du héros russe qui distingue de la masse des êtres exceptionnels, au dessus des lois et à qui le droit au meurtre est octroyé, tend à légitimer — plus ou moins consciemment — par son intellectualité le privilège de passer outre les responsabilités de l’homme commun : responsabilités morales, politiques ou, qui nous intéressent plus particulièrement ici, professionnelles.

Les ambitions héroïques du protagoniste svevien d’Une Vie s’étiolent par leur confrontation avec la réalité quotidienne de son emploi de subalterne à la banque. De même, la première des carrières embrassées par Ulrich est, comme les suivantes, source de désillusion, en ce sens que le jeune homme ne trouvera pas plus dans l’ingénierie et dans les mathématiques qu’au sein de la pesante hiérarchie militaire le contexte favorable à son « sens du possible ». Le travail, au sens de carrière professionnelle, est donc largement marqué par le sceau de la frustration dans ces fictions qui ont en commun de présenter un contraste entre les ambitions ou les aptitudes présumées des protagonistes et leur situation professionnelle : le travail de copiste et l’autodidactisme de Bouvard et de Pécuchet sont ainsi des activités strictement et fondamentalement antagonistes ; chez Svevo, les études menées par le lettré Alfonso et ses aspirations philosophiques et littéraires détonnent avec son emploi dénué de responsabilité et de créativité, tandis que Zeno, le héros « inapte au travail », reste depuis la mort de son père sous la tutelle d’un fondé de pouvoir qui lui laisse peu d’occasions de mettre à l’épreuve son sens des affaires ; chez Musil, Ulrich, « l’homme sans qualités », possède en réalité « toutes les capacités et toutes les qualités en faveur à son époque [13] » et se décide, en prenant « congé de sa vie [14] », à chercher la voie qui en permettrait un usage optimal. Cette problématique est déjà en germe dans Les Désarrois de l’élève Törless où le jeune héros s’oppose aux autres personnages d’adolescents — tous mus par une vocation précise, souvent héritée du modèle paternel — par son indétermination et son attirance égale pour les disciplines a priori antagonistes de la théologie et des mathématiques. Derrière cette oscillation se profile l’idéal de complétude qui animera le héros de L’Homme sans qualités et dont découle cette interrogation fondamentale : « Un homme qui cherche la vérité se fait savant ; un homme qui veut laisser sa subjectivité s’épanouir devient, peut-être, écrivain ; mais que doit faire un homme qui cherche quelque chose situé entre deux [15] ? ».

Il ne nous apparaît pas nécessaire ici d’établir une franche distinction entre le travail au sens de métier et le travail considéré, plus généralement, comme labeur, tant les rapports à chacun se confondent, dans ces fictions, en un même pressentiment d’inutilité : l’astreinte à un travail « alimentaire » considéré comme en-deçà des compétences du personnage — on songe ici au héros d’Une Vie — entraîne les mêmes insatisfactions et nourrit les mêmes fantasmes que la spécialisation dans une seule discipline à laquelle peine à se résoudre le héros de Musil. La structure cyclique du roman de Flaubert invite aux mêmes conclusions : envisagée dans sa globalité, l’aventure autodidacte de Bouvard et Pécuchet, au cours de laquelle le duo a tôt fait d’épuiser chaque discipline, loin de relever d’une démarche téléologique et de présenter une conformation progressive, adopte le même caractère sisyphien que l’activité de copiste qu’ils quittent au début de la fiction et à laquelle ils finissent par revenir. La commune insatisfaction qu’entraînent chez ces personnages l’absence de créativité de leur métier puis leurs décevantes expériences scientifiques et artistiques apparente leur parcours à celui d’un Faust renonçant. Stéphane Gödicke, dans un essai portant sur les œuvres de Robert Musil, souligne quant à lui la proximité du héros de L’Homme sans qualités avec les figures mythiques de Faust et de Don Juan : «  tous trois ont en commun leur perpétuelle insatisfaction ; scientifiquement, érotiquement, ils entrevoient un monde de possibles infinis et ne sont mus que par la promesse d’un désir sans cesse renouvelé, d’une ardeur infiniment régénérée, d’un appétit toujours intact [16]. » Le travail apparaît dans ce contexte comme une évidente entrave aux possibles, à la fois parce qu’il se trouve en concurrence directe avec d’autres objets de désir, et parce qu’il est lui-même générateur d’ambitions insatisfaites.

La même attitude faustienne caractérise, dans le roman Une Vie, la formation du jeune héros de Svevo, au cours de laquelle l’éducation sentimentale se mêle non seulement à la quête de savoir [17], mais plus étroitement encore aux aspirations professionnelles. Le rapport au travail des héros de Musil et de Svevo, qui ont en commun une tendance mégalomane, est donc teinté d’une insatisfaction aux accents faustiens dont on peut d’ailleurs noter l’omniprésence dans l’œuvre flaubertienne : insatisfaction affective et sociale d’Emma, théorisée en bovarysme, insatisfaction scientifique et artistique de Bouvard et Pécuchet, dont le rapport à la connaissance trouve de nombreux échos dans la littérature du XXe siècle — notamment chez Musil, mais aussi, plus tardivement, chez Sartre (La Nausée) —, insatisfaction sociale et culturelle du héros de L’Éducation sentimentale, dont la proximité avec le roman Une Vie de Svevo, soulignée très tôt par Eugenio Montale, n’est plus à démontrer.

Sentiments de réduction et d’aliénation : la quête infinie d’une vocation.

Dans des œuvres qui revisitent le roman d’apprentissage traditionnel tel qu’il s’est épanoui avec Fielding ou Defoe puis, plus nettement encore, avec le Bildungsroman de Goethe, s’impose, par ailleurs, la problématique de la vocation : le choix de carrière, comme partie intégrante du processus d’individuation, est étroitement lié aux inquiétudes qui entourent l’impression de dissolution du Moi exprimée dans ces œuvres de la modernité littéraire européenne. Les figures d’employés de la lourde administration habsbourgeoise, par l’absorption de leur personnalité dans la machine colossale dont ils sont les rouages et même, parfois, par la fusion de leur identité avec celle de l’empereur — on songe au fonctionnaire Tuzzi chez Musil mais aussi aux innombrables figures de soldats et de serviteurs dévoués dans l’œuvre de son compatriote et contemporain Joseph Roth — esquissent ces interrogations : le travail définit-il l’individu ou la définition de l’individu prévaut-elle sur le choix de carrière ? Le caractère personnel est-il formé par le travail ou la formation individuelle doit-elle ouvrir sur une vocation ?

Le roman Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister [18] témoignait de la dimension générale de Weltanschauung que possédait la Naturphilosophie goethéenne en développant une conception de la formation individuelle fondée sur les mêmes principes que ceux exposés par l’écrivain dans sa Métamorphose des plantes : le modèle de Bildung classique ainsi canonisé par le roman d’apprentissage de Goethe reposait sur les idées conjointes d’une détermination fondamentale et d’une nécessité d’adaptation ; le développement du sujet doit se faire en harmonie avec son environnement. Flaubert déjà, dans L’Éducation sentimentale, rompait avec la structure ascendante et providentialiste qui caractérise la formation sociale et sentimentale de Wilhelm Meister. Les œuvres romanesques de Svevo et de Musil consacrées à des héros jeunes [19], qui reprennent les jalons du roman de formation traditionnel, laissent quant à elles une large part à l’indétermination et proposent, à rebours du modèle goethéen, des exemples de dé-formation et de phénomènes de désindividualisation par le travail. La question de la vocation professionnelle s’inscrit ainsi, plus largement, dans une re-problématisation de la question de la primauté de l’individuel sur le collectif ou, au contraire, de la subordination du sujet à l’ensemble.

En opposition avec l’idéal d’harmonie visé par la Bildung classique, Musil comme Svevo imaginent en effet dans leurs fictions romanesques des cas d’irréductible incompatibilité entre les aspirations individuelles et la construction collective : une configuration déjà présente dans Bouvard et Pécuchet, où les tentatives des deux compères pour servir la société — notamment dans les domaines de l’agronomie, de la médecine, ou des médecines parallèles — se heurtent, hormis quelques ponctuelles réussites qui leur valent cependant peu de reconnaissance, à l’incompréhension et à l’hostilité générales des concernés. Une telle incompatibilité est également suggérée, dans les romans de Svevo, par la dissonance entre la vocation commerçante de Trieste, c’est-à-dire le caractère omnivore et culturophage du mercantilisme triestin, et les vocations (individuelles cette fois) artistiques des protagonistes. Dans la fiction Une Vie [20], toute perspective d’ascension professionnelle est ainsi sapée par l’idée de l’inadaptabilité ontologique d’Alfonso, formulée sentencieusement par le personnage de Macario qui représente, au contraire du jeune héros, un modèle de réussite et d’adaptation : « Celui qui n’a pas les ailes indispensables à la naissance, elles ne lui pousseront jamais [21] ». On relèvera ici la sensibilité de Svevo aux préoccupations qui seront celles de la psychanalyse [22], puisque l’inadaptation au monde est aussi le symptôme, chez le héros, d’une névrose dont la source est largement autobiographique. Le rapport au travail des protagonistes sveviens illustre ainsi tout à la fois le phénomène de l’influence de l’environnement sur le sujet, responsable du sentiment d’aliénation du travailleur, et celui de la disparition des sujets inadaptés. Influencé, en littérature, par les naturalistes, et politiquement ou, plus justement philosophiquement [23], par l’utopie socialiste, le Triestin inscrit ses récits dans ce contexte de Struggle for life qui fait l’objet de sa nouvelle parabolique La Tribu [24]. Les contradictions à l’œuvre dans ce récit publié en 1897, inhérentes, selon les analyses de Norbert Jonard, à l’articulation du pessimisme de l’écrivain et de son attrait pour le socialisme [25], sont de fait déjà illustrées par les paradoxes propres au héros du premier roman de Svevo - notamment l’incompatibilité de son ambition sociale et professionnelle avec son caractère d’inapte et avec ses aspirations intellectuelles et poétiques [26].

Chez un personnage qui peine à vivre du réel et dans le réel, la recherche d’une vocation — mue par des fantasmes mégalomanes et dirigée vers des sphères marginales, intellectuelles ou artistiques, peu compatibles avec les ambitions financières que conserve paradoxalement le héros — prend donc les allures d’une quête alchimique : la démarche d’écriture d’Alfonso qui projette d’offrir à ses contemporains un traité philosophique intitulé « L’idée morale dans le monde moderne », ressort de la volonté de se distinguer dans une discipline considérée par le personnage comme transcendante, dans la mesure où, relevant de la pure théorie, elle ne poursuit aucun but pratique. Du parcours d’Ulrich, dans L’Homme sans qualités de Musil, émane également le fantasme totalisant d’une discipline qui, à l’instar de « l’idée rédemptrice » cherchée par Diotime via L’Action parallèle — versant ironique des utopies centrales du roman — représenterait la discipline fondamentale et nécessaire, transcendant toutes les autres et dans laquelle seraient susceptibles de s’épanouir les aptitudes d’un « homme sans qualités ». Une autre déclinaison ironique de cette utopie de complétude et d’unité qui passe, chez le héros de Musil, par un idéal de réconciliation de l’intellect et du sentiment, est incarnée par le personnage du grand industriel prussien Arnheim, anti-Ulrich qui se distingue par sa carrière exceptionnelle et qui prétend réconcilier, quant à lui, le monde de l’âme et celui des affaires.

Le refus des spécialisations : une intellectualité problématique

Le choix d’un métier induit donc une spécialisation vis-à-vis de laquelle des héros habités par les utopies de l’homme total se montrent réservés. Les œuvres des écrivains que nous considérons regorgent d’« hommes sans qualités » qui, comme le héros de Musil, cherchent sans fin le bon usage de leurs capacités ; de personnages d’inaptes, comme en dépeint à plaisir Svevo, dont l’ambition paralysante, au lieu de constituer le moteur d’une ascension socioprofessionnelle, se meut en bovarysme du travail et les pousse vers les chemins raccourcis de l’irréalité ; d’intellectuels, dont l’activité spéculative, qui requiert autant de temps que d’énergie, s’accommode difficilement d’un emploi annexe. Passé l’élan juvénile qui le pousse vers la carrière militaire, Ulrich s’affirme en tant que Selbstdenker, tentant d’allier, dans ses second et troisième essais pour devenir un grand homme, carrière professionnelle et soif de connaissance. Mais son intellectualité « sans qualités » se résigne difficilement à une telle conciliation. L’accent est mis sur le regard réducteur du spécialiste ou, plus justement, sur l’utilisation réductrice qu’il fait de sa profession : l’ingénieur ne sait parler que de son métier, tout en étant pourtant bien incapable d’en exploiter quelques principes en dehors de son champ d’application professionnel ; il n’est pas jusqu’au mathématicien qui ne se refuse à faire de sa discipline un « esprit », et qui ne galvaude la hardiesse de cette discipline en la réduisant au statut de profession (aussi passionnément considérée que soit cette profession). Si l’homme sans qualités ne peut imaginer son intellect enfermé dans les limites d’une spécialisation, plus hostile apparaît pourtant encore son sentiment à l’égard des éclectiques représentés, dans la fiction, par la figure d’Arnheim. Cette aversion trouve ses sources a priori dans l’artificialité de ce type d’homme total qui n’affiche qu’une façade de connaissance absolue qui lui sert surtout — un peu à l’image des ambitieux personnages sveviens, plus motivés par la perspective d’intégration sociale et par l’admiration qu’il pourraient susciter que par un véritable amour de la connaissance — à briller en société grâce à un port parfait des masques de chaque spécialité. Aux côtés des représentants de savoirs précis que Musil met en scène dans le contexte fictif de l’Action parallèle, Arnheim incarne un type de connaissance individuelle constitué d’une somme de spécialisations qui n’offre finalement pas davantage les ressources pour accéder au savoir universel que la somme de spécialistes réunis chez Diotime pour faire émerger « La Grande Idée ». L’irrésolution professionnelle chez ce personnage qui a, contrairement aux protagonistes imaginés par Svevo, la possibilité d’embrasser une carrière intellectuelle, tient donc principalement dans l’incompatibilité entre sa rigueur d’esprit, ses insatisfactions et ses ambitieuses ou utopiques aspirations intellectuelles, et les limites inhérentes à tout type de savoir. La critique musilienne du concept, à laquelle Stéphane Gödicke consacre une partie de son essai Désordres et transgressions, aboutit sur une définition ambivalente du savoir, qui ne pourrait constituer davantage qu’un compromis : « s’il reconnaît au concept la qualité de l’universalité, il lui prête aussi la faculté de ʺ tuerʺ ce qu’il désigne. (…) Le fait même de penser est par nature une falsification. Les concepts, quand ils ne ratent pas tout simplement ce qu’ils croient désigner, s’avèrent de redoutables instruments qui figent l’ahurissante multiplicité du réel pour n’en garder que la quintessence — morte [27] ». Le jeune Törless, dans le premier roman de l’écrivain viennois, éprouve déjà les limites de la pensée conceptualisante qui achoppe contre l’instabilité de ses objets ; cette instabilité est en partie responsable de l’indétermination du personnage quant à son avenir professionnel. Sur un mode plus bouffon dans le roman de Flaubert — auquel fait écho chez Musil le traitement du personnage du Général Stumm von Bordwehr —, les limites de chaque discipline, qui révèlent le caractère mouvant de toute connaissance, désarment également Bouvard et Pécuchet. Le retour des deux personnages à leur activité de copiste — qui, d’emploi rémunéré se meut même en passe-temps — ressort du même besoin ontologique d’ordre et de stabilité qui détermine souvent, dans les fictions de Musil, les choix de carrière militaire [28].

L’intellectualité, ou la libido sciendi, des personnages de ces romans modernes participe donc largement à la problématisation de leur rapport au travail : dans le roman de Svevo La Conscience de Zeno, l’intelligence du protagoniste, systématiquement mise au service d’une rigoureuse et minutieuse analyse introspective, est responsable, par son incompatibilité avec le réel, du caractère aboulique du personnage, de ses indéterminations et donc de son inaptitude au travail. De manière plus évidente encore, dans Une Vie, l’intellectualité du héros apparaît comme source d’un double complexe, d’infériorité et de supériorité, en ce sens qu’étouffée en public par une maladive timidité et refoulée par un douloureux sentiment d’infériorité sociale, elle le marginalise sans susciter pourtant la moindre reconnaissance. Ce double complexe d’Alfonso, qui lui fait tout à la fois mépriser et admirer la désinvolture et la réussite de ses rivaux, entraîne son insoluble hésitation entre la perspective d’ascension professionnelle dans le monde, si éloigné du sien, des finances, le projet de se distinguer par une haute activité intellectuelle, littéraire ou philosophique, dont peut-être seule la postérité retiendra la valeur, la tentative de concilier aptitudes artistiques et mercantilisme en s’essayant à l’écriture de romans de second rang ou, enfin, la tentation — inspirée des modèles de héros romantiques — d’une existence idéale, contemplative et champêtre, dénuée de tout autre dessein que d’assouvir sereinement et sans les affres de l’ambition une noble soif d’art et de savoir. Ces choix sont, toujours, placés sous le sceau du renoncement — une notion omniprésente dans le roman, issue de la réinterprétation de la philosophie schopenhauerienne qui mènera le héros au suicide. Les contradictions et les sacrifices inhérents à tout choix d’existence entraînent un rapport ambivalent au travail, conçu tantôt comme aliénation, tantôt comme source d’un certain réconfort dans la mesure où il apporte une fixité qui peut pallier le caractère mouvant des domaines de la connaissance et de la morale. Cette ambivalence apparaît clairement dans le roman de Flaubert, dont elle structure, nous l’avons vu, la fiction. Le positionnement des héros de Musil et de Svevo vis-à-vis de l’astreinte au labeur est également rendu problématique par la coexistence idéologique d’un individualisme en vertu duquel prévalent l’accomplissement personnel et la réussite sociale, et des utopies communautaires, dont la présence dans ces œuvres subversives s’inscrit dans le cadre d’une résurgence globale des mythes classiques. On observe ainsi, plus particulièrement chez les héros de Svevo, un rapport cyclothymique au travail dont les contraintes, souvent à l’origine de rêves d’évasion, apparaissent parfois comme un refuge propice à une forme d’ascétisme salvatrice pour des personnages en perte de repères, ou tentés par une attitude de renoncement qui recèlerait un mouvement de fuite face à d’effrayantes ambitions dont il s’agit d’assumer la grandeur et, parfois, l’esquisse de la réussite. Le protagoniste d’Une Vie oscille entre révolte et renoncement, tantôt se plongeant corps et âme dans son travail à la banque en puisant dans ce dévouement la satisfaction d’un ascète, tantôt peinant à supporter cette tâche qui le détourne de ses ambitions intellectuelles. Dans La Conscience de Zeno, l’intelligence du héros est assimilée à sa maladie, et son retour au travail dans le contexte socialement « dépouillé » de la guerre est alors considéré comme une guérison [29]. Le statut nébuleux d’intellectuel, auquel appartiennent ou prétendent ces protagonistes de Flaubert, de Musil, et de Svevo, interroge donc la nature même de cette activité — généralement considérée comme non-travail — spéculative, analytique et souvent réflexive. Le privilège d’oisiveté de l’intellectuel est, dans le contexte moderne de l’agonie des valeurs aristocratiques, mal toléré par les classes de la bourgeoisie thuriféraire et du prolétariat. Le refus de profession, aussi inextricablement lié à ce statut d’intellectuel qu’à une remise en cause générale (induite par l’évolution de la conception de l’individu et de son rapport à la masse) de la Bildung traditionnelle, entraîne ce phénomène d’adolescence continue qu’illustrent des personnages d’éternels étudiants ou dont le choix de métier est sans cesse différé.

Ces romans de Musil et de Svevo, qui mettent en fiction des formations sans fin et qui opposent à l’essence téléologique de la Bildung classique une esthétique et une éthique de l’indétermination, remettent globalement en cause la réussite d’un apprentissage qui déboucherait sur un métier ; mais paradoxalement, lorsque les parcours des protagonistes ne débouchent pas sur une impasse fatale, il semblerait que la mise (ou remise) en activité en constitue tout de même l’issue, appuyant le caractère devenu utopique, dans le contexte de la modernité européenne, du statut d’intellectuel tel qu’il a pu exister encore au siècle précédent, souvent sous le mécénat de l’aristocratie. On peut même rattacher à cette globale trêve de la passivité la fin du roman Une Vie, puisqu’Alfonso, seul héros non rentier des œuvres que nous considérons et à qui, donc, le privilège d’oisiveté n’est jamais accordé, trouve (ou plus justement croit trouver) dans son suicide l’attitude de noble renoncement qu’il cherche depuis le début de sa formation forcée : son acte représente finalement, dans tout la fiction, ses seules véritables décision et affirmation de soi. Le retour à l’activité, plus net dans L’Homme sans qualités et dans La Conscience de Zeno — avec, respectivement, l’engagement militaire d’Ulrich suggéré par les derniers fragments du roman et les succès commerciaux d’un Zeno libéré de sa tutelle — y reste cependant indépendant du parcours des héros, puisqu’il est déterminé par le bouleversement de la première guerre mondiale : la force de l’événement transcende la lutte oscillante des desseins personnels et collectifs et absorbe de droit l’individualité, son destin ou ses possibles : il ne peut donc être question d’un aboutissement. La guerre clôture doublement ces fictions, en ce sens qu’elle anéantit aussi la vision, qui y est développée, d’un monde qui ressortira nécessairement autre. Chez Musil, la mise de l’individu au service de l’ensemble prend un tout nouveau sens : le départ pour la guerre d’Ulrich ressort d’un élan mystique qui s’inscrit dans la continuité de la recherche de l’autre état ; la même utopie communautaire motive la tentative de communion du frère et de la sœur et cette communion de l’être à l’ensemble que représente l’engagement du soldat en contexte de guerre. L’écho que constitue cette proposition d’issue, dans le long roman inachevé de Musil, au regard du premier choix de carrière abandonné par le héros, révèle la force de révolution exercée par l’événement historique sur les problématiques liées à la crise de l’individu : dans cette nouvelle configuration, le héros de Svevo, Zeno, libéré du regard des autres et désincarné de tout milieu social, retrouve une aptitude au travail. La guerre fait aussi office, dans le roman du Triestin, de révélateur, puisqu’elle permet de faire apparaître clairement, par une simplification des paramètres habituels, la scission entre la conscience intime du héros et son être social, scission responsable, tout au long de son existence, de la complexité de son rapport au travail et de sa difficulté à assumer tant son oisiveté que ses échecs commerciaux et que, plus singulièrement et plus symptomatiquement encore, ses réussites. Les romans de Flaubert, de Musil, et de Svevo ont ainsi pour trait commun d’opposer à une période de révolte du Moi, qui tente de s’affirmer en résistant à toute définition extérieure conçue comme aliénante (les « qualités » induites par un métier et l’absorption du Moi intime par le Moi social), une forme finale de renoncement qui passe, dans Bouvard et Pécuchet, par le retour à la copie, dans L’Homme sans qualités, par l’engagement patriotique et, dans La Conscience de Zeno, par la paradoxale guérison du héros qui abandonne sa forte identification à la maladie : à l’issue de sa cure, Zeno accepte le refus de guérir qui le paralysait en s’apercevant que la vie même est maladie, et qu’ « à la différence des autres maladies, la vie est toujours mortelle. Elle ne supporte aucun traitement [30]. »

par Emmeline Céron

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Notes

[1] P. Chardin, Le Roman de la conscience malheureuse, Genève, Droz, 1998.

[2] Ibid., p. 47.

[3] I. Svevo, Une Vie, (Una Vita, Dall’Oglio editore, Milano, 1954), traduit de l’italien par G. Piroué, Paris, Gallimard, 1973.

[4] I. Svevo, La Conscience de Zeno, (La Coscienza di Zeno, Corbaccio-dall’Oglio Editore, 1938), traduit de l’italien par P.-H. Michel, Paris, Gallimard, 1986.

[5] R. Musil, L’Homme sans qualités, (Der Mann ohne Eigenschaften, Rowohlt Verlag, Hambourg, 1978), traduit de l’allemand par Ph. Jaccottet, Paris, Seuil, 2004 (1956).

[6] R. Musil, Les Désarrois de l’élève Törless, (Die Verwirrungen des Zöglings Törless, Rowohlt Verlag, Hambourg, 1957) traduit de l’allemand par Ph. Jaccottet, Paris, Seuil, 1960.

[7] G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet suivi du Dictionnaire des idées reçues, Paris, Flammarion, 1999.

[8] Plus particulièrement, dans le cas des citoyens habsbourgeois que sont Musil et Svevo, on peut imputer l’aura dont bénéficie Napoléon à la figure paradoxale de François-Joseph, empereur immuable vénéré, source d’identification de ses sujets, mais aussi incarnation de l’anti-héros en tant que symbole de stagnation, d’hésitation et de lenteur.

[9] I. Svevo, La Conscience de Zeno, op. cit., p. 87 / Opere, p. 645 : « Nella mente di un giovane di famiglia borghese il concetto di vita umana s’associa a quello della carriera e nella prima gioventù la carriera è quella di Napoleone I.  »

[10] R. Musil, L’Homme sans qualités I, op. cit., p. 44. Titre du neuvième chapitre : « Le premier de trois essais pour devenir un grand homme » / Der Mann ohne Eigenschaften, Seite 3 : « Erster von drei Versucher, ein bedeutender Mann zu werden  ».

[11] F. Dostoïevski, Crime et châtiment, traduction de D. Ergaz, Paris, Gallimard, 1950.

[12] Philippe Chardin, dans Le Roman de la conscience malheureuse (op. cit., p. 115), précise cette situation sociologique et culturelle particulière de l’intellectuel du début du XXe siècle qui occupe une place intermédiaire entre l’intellectuel caractéristique du XIXe siècle, au dessus des classes du pouvoir, et l’intellectuel engagé du XXe, qui se positionne volontiers contre les classes au pouvoir.

[13] R. Musil, L’Homme sans qualités, I, op. cit., p. 69. / Der Mann ohne Eigenschaften, Seite 47 : « In wundervoller Schärfe sah er (…) alle von seiner Zeit begünstigen Fähigkeiten und Eigenschaften in sich.  »

[14] Ibid., « Il résolut de prendre congé de sa vie pendant un an pour chercher le bon usage de ses capacités. » / « Er beschloss, sich ein Jahr Urlaub von seinem Leben zu nehmen, um eine angemessene Anwendung seiner Fähigkeiten zu suchen. »

[15] R. Musil, L’Homme sans qualités I, op. cit. p. 294. / Der Mann ohne Eigenschaften, p. 254 : « Ein Mann, der die Wahrheit will, wird Gelehrter ; ein Mann, der seine Subjektivität spielen lassen will, wird vielleicht Schriftsteller ; was aber soll ein Mann tun, der etwas will, das dazwischen liegt ?  »

[16] S. Gödicke, Désordres et transgressions chez Robert Musil, Paris, Presse Sorbonne Nouvelle, 2006, p. 223.

[17] Un effet miroir se dégage particulièrement des périodes d’ascétisme amoureux et d’ascétisme scientifique du personnage : l’oubli de soi au profit d’une astreinte rigoureuse à l’étude qu’Alfonso organise dans le cadre fermé de la bibliothèque s’apparente, par le sacrifice qu’il implique, à la perspective d’épouser, sans amour et dans une démarche de pur altruisme, la fille de sa logeuse. L’intense autodidactisme du héros relève alors d’un assujettissement à la connaissance semblable à ce que représenterait la soumission à cette femme au bonheur de laquelle il vouerait sa vie : placé sous les sceaux de l’absence de passion et d’une forme de chasteté intellectuelle.

[18] J.W. Goethe, Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister, (Wilhelm Meisters Lehrjahre, Munich, Wilhelm Goldmann Verlag, 1964) traduit de l’allemand par Bl. Briod et B. Lortholary, Paris, Gallimard, 1954.

[19] On retrouve également dans les écrits de Svevo consacrés à des personnages de vieillards, notamment dans les nouvelles Court voyage sentimental et Le Bon vieux et la belle enfant, une reprise, souvent à rebours, des jalons de la formation de jeunesse.

[20] Rappelons à ce propos le caractère significatif du premier titre choisi par Svevo pour son roman : Un Inetto. I. Svevo, Une Vie, op. cit. p. 126 / Una Vita

[21] I. Svevo, Une Vie, op. cit. p. 126 / Una Vita in Opere p. 205 : « Chi non ha le ali necessarie quando nasce non gli crescono mai più. »

[22] La contemporanéité de la composition d’Une Vie et des premiers écrits de Freud induit qu’il ne peut encore être question d’une influence directe du freudisme sur ce roman, contrairement à La Conscience de Zeno.

[23] Ettore Schmitz, alias Italo Svevo, après avoir adhéré au socialisme, tendra à s’en désengager politiquement, n’en conservant qu’une source d’inspiration intellectuelle.

[24] I. Svevo, La Tribu, dans Court voyage sentimental et autres récits, (Racconti, Dall’Oglio editore, Milano, 1968) traduit de l’italien par Soula Aghion, Roger Dadoun et Jean-Noël Schifano, Paris, Gallimard, 1978, p. 44-49.

[25] N. Jonard, Italo Svevo et la crise de la bourgeoisie européenne, Paris, Les Belles Lettres, 1969, p. 108-112.

[26] Rappelons la source autobiographique des désarrois d’Alfonso et de ses paradoxes : le romancier, nouvelliste et dramaturge Svevo subit en effet une double clandestinité : en tant que Triestin d’abord, il ne bénéficie pas de l’ouverture du public italien qu’ont pu connaître notamment les écrivains siciliens ; en tant qu’Ettore Schmitz, négociant dans l’entreprise de son beau-père et intégré à la bourgeoisie commerçante triestine, il ne peut trouver de soutien qui l’encourage à s’adonner pleinement à l’activité si peu lucrative que constitue l’art littéraire.

[27] S. Gödicke, Désordres et transgressions chez Robert Musil, op. cit., p. 49 et p. 50.

[28] On songe ici au premier essai d’Ulrich, à la fascination pour l’ordre du Général Stumm, ou encore à l’issue que semble prendre la fiction de L’Homme sans qualités selon les derniers fragments rédigés par Musil avec le départ du héros pour la guerre.

[29] Le personnage revient cependant sur cette impression de guérison dans Le Confessioni del vegliardo, Edizioni Studio Tesi, Pordenone 1987.

[30] I., Svevo, La Conscience de Zeno, op. cit., p. 535. / La Coscienza di Zeno, in Opere, p. 952 : « A differenza delle altre malattie la vità è sempre mortale. Non supporta Cure.  »

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