Réflexions sur la pensée conspirationniste

mercredi 9 mars 2016, par Pierre-André Taguieff

Thèmes : Complot

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Article initialement paru dans Raison publique, n°16, printemps 2012.

S’il est vrai que l’époque présente, celle de la modernité tardive, qu’on la dise postmoderne ou hypermoderne, se caractérise par une forte augmentation des incertitudes et des peurs qu’elles provoquent ou stimulent [1], alors l’on peut comprendre qu’elle soit particulièrement favorable à la multiplication des représentations ou des récits conspirationnistes, à leur diffusion rapide et à leur banalisation. Ces récits, aussi délirants puissent-ils paraître, présentent l’avantage de donner du sens aux événements ou aux enchaînements événementiels. Ils permettent ainsi d’échapper au spectacle terrifiant d’un monde déchiré, chaotique, instable, dans lequel tout semble possible, à commencer par le pire. Tout se passe comme si les interprétations paranoïaques de tout ce qui arrive dans le monde, interprétations qu’il est convenu d’appeler « théories du complot », étaient devenues socialement « normales » et culturellement « ordinaires ». Sous le regard conspirationniste, les coïncidences ne sont jamais fortuites, elles ont valeur d’indices, révèlent des connexions cachées, et permettent de fabriquer des modèles explicatifs des événements. Ce qui fut appelé le « style paranoïde » ou « paranoïaque » se rencontre dans toutes les formes de discours conspirationniste [2].

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par Pierre-André Taguieff

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Notes

[1] Voir Z. Bauman, Postmodern Ethics, Malden, MA, et Oxford (UK), Blackwell Publishing, 1993 ; id., La Vie en miettes. Expérience postmoderne et moralité [1995], tr. fr. C. Rosson, Rodez, Le Rouergue/Chambon, 2003, p. 64-92.

[2] R. Hofstadter, « The Paranoid Style in American Politics » (1963), dans id., The Paranoid Style in American Politics and Other Essays [1965], Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1996, p. 3-40 ; G. S. Wood, « Conspiracy and the Paranoid Style : Causality and Deceit in the Eighteenth Century », The William and Mary Quarterly, 3rd ser., vol. 39, 1982, p. 401-441 ; D. Pipes, Conspiracy : How the Paranoid Style Flourishes and Where It Comes From, New York, The Free Press, 1997 ; G. E. Marcus, « Introduction : The Paranoid Style Now », dans, Paranoia Within Reason : A Casebook on Conspiracy as Explanation, Chicago et Londres, The University of Chicago Press, 1999, p. 1-11 ; T. Melley, Empire of Conspiracy : The Culture of Paranoia in Postwar America, Ithaca, NY, et Londres, Cornell University Press, 2000.

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