Raison publique, n° 20

Scepticisme, pragmatisme et philosophie du langage ordinaire


Date de parution : septembre 2016

Éditeur : PU Rennes (2 juin 2016)
ISBN-10 : 2753548773
ISBN-13 : 978-2753548770
Prix : 14 euros
290 pages

Disponible sur Cairn.info

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Le scepticisme moderne se veut une interrogation radicale sur l’objectivité de notre connaissance. Au moins depuis Descartes, il est en effet inextricablement associé à ce qu’on appellera, au xixe siècle, la théorie de la connaissance, c’est-à-dire la tentative de montrer le bien-fondé non de telle ou telle connaissance dans tel ou tel contexte mais le bien-fondé de la connaissance en général. On a traditionnellement considéré le scepticisme avant tout comme le point de départ de cette théorie, comme la menace qu’on veut repousser en fournissant une théorie de la connaissance.

Si l’on cherche à établir l’objectivité de notre connaissance en général, insistet- on, c’est parce qu’on craint que notre connaissance ne soit pas objective ; si l’on veut s’assurer de la fiabilité de nos capacités cognitives, c’est parce qu’on envisage la possibilité que l’ensemble de nos connaissances puisse subir le même sort qu’une connaissance particulière qui s’avérerait fausse.

Le pragmatisme et la philosophie du langage ordinaire ont, de façons différentes, opéré une rupture décisive dans la confrontation philosophique avec le scepticisme : ils se sont interrogés sur ce supposé truisme selon lequel le scepticisme serait avant tout un problème de connaissance. Ils ont tous les deux, pourrait- on dire, remis en cause la conception que le scepticisme avait de lui-même, selon laquelle il serait une tentative particulièrement radicale d’interroger les fondements de notre savoir.

Décrite ainsi, cette rupture paraît évidemment paradoxale. Quel sens y a-t-il à se demander si le scepticisme moderne est vraiment une interrogation sur les bases de notre connaissance ? Il s’agit, après tout, d’un ensemble de problèmes et de questions qui, de toute évidence, a trait à la connaissance. On pourrait certes écarter ces problèmes comme autant de faux problèmes – mais comment montrerait- on qu’ils ne portent pas sur la connaissance ?

En effet, on a d’habitude abordé le scepticisme de façon frontale, en se demandant si, oui ou non, la crainte du sceptique est bien fondée. Le pragmatisme et la philosophie du langage ordinaire ont pris le scepticisme par un autre biais. Ils n’ont pas simplement cherché à trouver une solution aux problèmes que pose le sceptique mais ils se sont attachés à interroger leurs motivations. Au lieu de prendre les questions sceptiques pour argent comptant en essayant d’y répondre, ils ont examiné leur sens et leur pertinence, c’est-à-dire les facteurs qui pouvaient les rendre si importantes aux yeux de ceux qui les posaient. Traiter le sceptique ainsi, ce n’est pas refuser de le prendre au sérieux. Il s’agit au contraire de retrouver le véritable sens de ses questions, de les prendre au sérieux en s’attachant non seulement à ce qu’il dit mais à ce qu’il veut dire. On pourrait alors s’apercevoir que ces questions ne sont pas d’ordre épistémologique et que leur objet n’est pas exactement celui que l’on croyait.

C’est à dévoiler l’objet de ces questions que s’attache le dossier coordonné par David Zapero et Sandra Laugier.

Sommaire du dossier

- "Introduction", par David Zapero & Sandra laugier

- "L’incertitude en pratique chez J. Dewey", par Mathias Girel

- "Politique du scepticisme", par Sandra Laugier

- "Scepticisme, ironie et pragmatisme dans la philosophie de Richard Rorty", par Olivier Tinland

- "Connaissance, engagement, contexte", par David Zapero

- "Retour sur un dogmatisme peu ordinaire", par Elise Marrou

- "Le scepticisme et la nature des valeurs", par Emmanuel Halais

- "Se voir de l’extérieur : Wittgenstein et les regrets de la connaissance de soi", par Layla Raïd

Varia

- "« Faire être “Anonymous” » : figuration et dé-figuration d’un collectif « impropre »", par Laurence Kaufmann, Rafael Rios Luque & Olivier Glassey

- "Les futurs de la démocratie au xxie siècle", par Yves Sintomer

- "Le « choix rationnel » de la morale sexuelle catholique, ou les liaisons entre Église et néolibéralisme", par Maria Eleonora Sanna

- "L’éthique des affaires. Une interprétation philosophique", par Serge Champeau

- "COP21 : un enjeu technopolitique global", par Fabrice Flipo

- "Logiques de la citoyenneté", par Roberto Miguelez

- "La connaissance morale selon Ronald Dworkin. Le réalisme en question", par Alain Policar

Critique

- "Comment faire (re)vivre la littérature à l’école ?", par Jean-Baptiste Mathieu (À propos de : Études de Lettres. Les passions en littérature. De la théorie à l’enseignement, Raphaël Baroni et AntonioRodriguez (dir.), université de Lausanne, mars 2014).

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