Penser l’imagination environnementale française sous le signe de la différence

mardi 29 novembre 2016, par Stéphanie Posthumus

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Publié initialement dans Raison publique, n°17, hiver 2012, p. 15-31.

Pourquoi se pencher sur l’imagination environnementale française lorsqu’on annonce dans le monde anglophone «  la fin de la nature [1]  » et «  la mort de l’environnementalisme [2]  » ? Pourquoi chercher à penser l’imagination environnementale française lorsqu’on parle de «  l’introuvable écologisme français [3]  » et «  la passion de l’indifférence [4]  » envers les problèmes environnementaux en France ? Pourquoi viser à distinguer une imagination environnementale française lorsque le soutien mondial aux accords environnementaux s’effrite de Copenhague à Durban ?

Si le projet de penser l’imagination environnementale s’affirme encore haut et fort, c’est que la crise de l’environnement reste en grande partie une crise de l’imagination [5]. Le besoin d’imaginer le monde matériel comme autre chose que ressource à épuiser, espace à dominer, produit à étiqueter, se fait de plus en plus pressant. La force de la littérature se trouve justement dans sa capacité d’explorer d’autres mondes possibles, de juxtaposer plusieurs rapports différents entre l’homme et le monde, de bouleverser le lecteur sans lui donner de réponse, de jouer des ressorts de l’ambiguïté et de l’ironie pour affronter la complexité du monde. Alors que la science et la technologie ont recours au langage sur un mode instrumental, l’entendant essentiellement comme moyen de transmission, la littérature puise dans la pluralité du langage, en écho avec la multiplicité des expériences du monde. À ce titre, la littérature a son rôle à jouer dans le débat sur les problèmes environnementaux, faisant entendre cette voix/voie qui lui est propre, non pas pour convertir le lecteur à telle ou telle politique écologique mais pour l’émouvoir de sorte qu’il s’interroge sur sa propre place dans le monde et sur l’avenir de la planète. Les textes littéraires, bien sûr, ont toujours eu ce pouvoir d’émouvoir ; mais il reste à montrer en quoi ce pouvoir peut être orienté vers une lecture écologique du texte, c’est-à-dire une lecture qui fait sortir les manières dont le texte complexifie, interroge, subvertit les savoirs communs sur le rapport entre l’humain et le non-humain [6].

Sans adhérer à la fiction de l’«  exception française  », nous nous proposons d’examiner les différences culturelles qui caractérisent l’écologie politique, l’idée de la nature, enfin, le rapport entre la littérature et l’écologie en France. La perspective de la différence nous permettra de développer une approche écologique de la littérature dans le contexte contemporain français. Alors que l’importance d’une telle approche, appelée ecocriticism ou environmental literary studies, s’accroît dans le monde anglophone depuis une vingtaine d’années, la critique littéraire française est restée peu accueillante jusqu’à une période récente [7]. Les raisons d’une telle résistance sont nombreuses et complexes et seront passées en revue au cours de notre article. Plutôt que de critiquer cet écart, nous l’envisagerons comme un atout car il nous permet d’établir le bilan des différences culturelles et dans le domaine littéraire – où l’approche écocritique française mise sur la forme et la poétique, ouvrant la voie à des genres brouillant la frontière entre fiction et non-fiction – et dans le domaine d’autres discours sociaux sur l’environnement – où il est question de concevoir les relations que nouent ou dénouent réciproquement la nature et l’humain en mettant l’accent sur le contexte socio-historique des concepts et idées. L’examen de ces différences devrait nous permettre de dégager les enjeux propres à l’imagination environnementale française.

Environnement, l’évolution d’un concept/mot

Comment penser l’imagination environnementale lorsque tout discours social peut influencer en principe notre façon de nous représenter l’environnement ? Et sur quoi la faire porter exactement ? Faut-il prendre en considération tout ce qui se rapporte à l’environnement – les pratiques du recyclage, les lois sur les monuments naturels et culturels, les manifestations contre le nucléaire, la production de nourriture biologique, l’évolution des partis verts, l’histoire de l’agriculture, etc. ? C’est une tâche à laquelle nous ne pouvons prétendre ici. Cependant, nous tenons à situer l’imagination environnementale dans un cadre qui dépasse celui du littéraire car l’imagination, tout en s’alimentant souvent des symboles, images, littéraires, imprègne plus généralement tout aspect de notre rapport au monde non-humain. Commençons alors par nous pencher sur le terme «  environnemental  ». En anglais, l’adjectif environmental comprend l’idée de parti pris écologique, comme dans environmental initiatives ou environmental regulations. Ce n’est pas tout à fait le cas en français.

En effet, le substantif «  environnement  » vient de l’ancien français en qui veut dire «  dans  » et viron qui veut dire «  cercle  » : le mot se référait donc autrefois à ce qui constituait le voisinage [8]. Mais l’idée du cercle suppose un centre et donc implique l’image de quelque chose ou de quelqu’un au milieu du cercle. C’est d’ailleurs cette connotation anthropocentrique que fustige Michel Serres :

Oubliez donc le mot environnement, usité en ces matières. Il suppose que nous autres hommes siégeons au centre d’un système de choses qui gravitent autour de nous, nombrils de l’univers, maîtres et possesseurs de la nature [9].

Ce refus est d’autant plus étonnant que M. Serres tâche d’élaborer une nouvelle éthique écologique selon laquelle l’humanité entière devrait fonder un contrat naturel avec la planète terre et ainsi établir un accord de paix avec le monde là où il existait un rapport de contrôle et de domination. La question se pose alors : comment est-on arrivé au sens d’«  environnemental  » comme synonyme d’«  écologique  » en français ?

Le mot «  environnement  » passe en langue anglaise au XVIIe siècle, environment renvoyant alors au sens de surroundings («  ce qui nous entoure  »). L’association à l’écologie ne se fait qu’au XIXe siècle. De nos jours, le mot environment en anglais se réfère au monde naturel qui subit l’influence des activités humaines et comprend par là même un sens de conscience écologique [10]. Quant à l’adjectif environmental, il voit son usage s’intensifier au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, à mesure que le terme environment s’associe aux mouvements écologiques. Il n’en va pas de même en français où le terme «  environnement  » a certes évolué mais où son rapprochement avec l’écologie s’est effectué par le biais de la science. Cette association a donné naissance à une idée de l’environnement qui diffère de celle anglo-saxonne, au sens où, comme l’indique le sociologue Bernard Kalaora :

L’environnement est du côté de la réflexivité, de l’épistémologie, des sciences plutôt que de celui de la responsabilité, de la civilité, du devoir et de l’éthique [11].

Par ailleurs, avec la création d’un ministère de l’environnement en 1971, le gouvernement français s’approprie des questions environnementales qui dès lors apparaissent comme faisant partie du domaine de l’État centralisé. S’inscrivant d’emblée dans la sphère scientifique et politique, les questions environnementales restent pour un temps en dehors des débats sur la philosophie ou l’éthique écologiques qui, en revanche, s’affirment dans le monde anglo-saxon [12].

C’est l’essor de l’adjectif «  environnemental  » dans les trente dernières années qui marque, en France, l’arrivée des préoccupations écologiques, et ce sous l’influence du environmental anglais. L’emprunt à l’anglais date du début des années soixante-dix lorsqu’on utilisait le terme pour parler des mouvements créés à partir de petits groupes de citoyens qui poussaient les politiques à adopter une plateforme politique écologique. Depuis les années 1980, l’adjectif est employé pour désigner ce qui se rapporte aux environs mais avec l’idée qu’il faut penser autrement notre rapport à la nature. C’est donc après un passage par le monde anglophone que l’adjectif «  environnemental  » a pris son sens de ce qui se rapporte à une conscience écologique. Même si ces termes «  environnement  » et «  environnemental  » sont maintenant bien intégrés dans la langue française, ils portent encore les traces de cette histoire pour le moins sinueuse, dont il faut à présent préciser les enjeux et les étapes au-delà du seul plan linguistique.

Parcourir les différences, hors du champ littéraire

L’idée selon laquelle la pensée écologique a connu une histoire différente selon les aires culturelles et linguistiques a déjà fait l’objet de travaux qui ont indéniablement posé des jalons d’études comparées dans plusieurs domaines. Nous passerons brièvement en revue les principaux afin de déterminer en quoi leurs conclusions peuvent contribuer à une meilleure compréhension de l’imagination environnementale française. Nous commencerons par nous interroger sur l’existence de différences entre les discours sur la nature en France et aux États-Unis pour ensuite examiner comment ces différences pourraient informer le texte littéraire qui se trouve au cœur du concept de l’imagination environnementale tel que l’a élaboré Lawrence Buell dans son livre pionnier The Environmental Imagination (1995).

Les cultures n’évoluent évidemment pas de manière isolée et on peut choisir d’insister sur les différences qui se développent dans deux cultures ou bien de chercher les points de rencontre. Le sociologue Jean Viard se propose, dans Le Tiers espace, essai sur la nature (1990), d’examiner l’influence de la religion sur la préservation de la nature en France et aux États-Unis et souligne les différences sans s’interroger sur les influences possibles d’une culture sur l’autre. D’après lui, la France catholique a développé un amour de la nature cultivée qui a mené à une protection «  restauratrice, nationaliste, rentabilisatrice [13]  », tandis que les États-Unis protestants ont cultivé un amour de la nature sauvage qui a donné naissance à des lois de conservation. L’historienne Caroline Ford cherche plutôt à mettre en évidence la manière dont les deux cultures de la nature, française et américaine, s’influencent et s’interpellent [14]. Dans les métropoles, il était d’abord question de protéger des lieux de grande valeur culturelle et historique :

Landscape protection represented a longer cultural continuum, harking back to the drive to protect France’s architectural, historic and aesthetic heritage as patrimoine [15].

Mais l’influence américaine se fait sentir, explique C. Ford, sur le plan de l’établissement de réserves naturelles dans les colonies africaines lorsque la France suit le modèle des États-Unis pour préserver des espaces «  sauvages  » qui portent moins les traces de l’être humain. Enfin, on peut citer les remarques générales du journaliste Roger Cans lorsqu’il caractérise «  trois sœurs de l’écologie  » : 1) l’écologie latine (nature cultivée, esthétique) ; 2) l’écologie germanique (culte de la nature sauvage) ; 3) l’écologie anglo-saxonne (pragmatique, mobilisée [16]). Bien que ce portrait soit peu nuancé, R. Cans fait l’observation importante qu’il existerait une «  culture écologique propre à chaque pays [17]  ». Mais en quoi cette «  culture écologique  » informe-t-elle l’imagination environnementale dans le cas de la France ?

Intéressons-nous d’abord au lien entre la politique et l’écologie. Dans son livre incontournable Divided Natures. French Contributions to Political Ecology, Kerry Whiteside met en évidence la diversité d’écologies politiques en France chez des penseurs aussi divers que J.-P. Deléage, D. Duclos, R. Dumont, B. Lalonde, B. Latour, A. Lipietz, E. Morin, S. Moscovici, E. Mounier, J. de Rosnay, M. Serres. L’analyse de K. Whiteside se fonde pourtant sur l’idée d’une unité qui oppose la pensée écologique en France à celle du monde anglophone :

French green theorists tend to study how conceptions of nature and human identity intertwine. They elaborate green thought more often by reciprocally problematizing «  nature  » and «  humanity  » han by refining the distinction between them [18].

Publiée en anglais, l’étude de K. Whiteside n’a pas connu beaucoup d’écho en France [19]. Il en va de même pour le livre de l’historien M. Bess qui cherche à définir lui aussi les spécificités de la pensée écologique en France selon une perspective comparative et qui arrive également à des conclusions positives sur le modèle réussi de cette pensée [20].

Offrant une image moins positive, quelques philosophes français se sont penchés sur la question des différences culturelles. Une des premières philosophes à faire connaître la philosophie et l’éthique environnementales états-uniennes en France, Catherine Larrère, souligne que la France a pris un retard important par rapport au monde anglophone. D’après elle [21], le livre de Luc Ferry, Le Nouvel ordre écologique, publié en 1992 a un «  effet de censure  » important parce qu’en rappelant le parti pris écologique du nazisme, il associe toute défense de la nature et de l’environnement à une forme d’anti-humanisme [22]. Des prises de position très différentes – deep ecology de Arne Naess, philosophie de la nature de Michel Serres, environmental ethics de J. Baird Callicott, le principe de responsabilité de Hans Jonas – sont ainsi réduites à une attaque au projet humaniste [23]. Il faut attendre une dizaine d’années pour que le sujet des problèmes écologiques soit considéré comme projet philosophique légitime et c’est en 2007 que le livre de Hicham-Stéphane Afeissa, l’Éthique de l’environnement, fait véritablement découvrir à un lectorat français la philosophie de l’environnement anglophone. Dans sa préface, H.-S. Afeissa affirme que la France connaît un retard dans ce domaine parce que 1) les problèmes écologiques sont souvent relégués dans le champ de la science ou de la politique [24] ; 2) la philosophie de l’environnement française souffre d’un «  défaut de radicalité  » dans sa recherche de causes profondes de la crise écologique [25]. De nouveau, nous nous trouvons face à la question de l’influence entre la pensée, la politique, l’action et la culture. Le manque de philosophie de l’environnement en France a-t-il nui au développement d’une politique écologique plus radicale ? A-t-il retardé également la création d’une approche écologique de la littérature française ? Quoi qu’il en soit, parler de retard ne nous paraît guère pertinent dans la mesure où cela risque de réduire un ensemble de différences culturelles à une valeur positive ou négative. C’est cet écueil qu’évite M. Serres, selon lequel

[C]e mouvement [écologiste] a plusieurs composantes : géopolitiques, économiques, culturelles […] occidentale, la bataille oppose l’Europe et les États-Unis dont les sensibilités diffèrent, en raison de l’ancienneté, ici, de la tradition agricole, et là, de son caractère récent et vite industrialisé [26].

Tout en écartant le déterminisme géographique, il faut reconnaître que l’histoire des paysages français et de l’agriculture française aurait un rôle à jouer dans la formation de l’imagination environnementale.

Ce que ces études provenant de divers champs de la pensée prouvent c’est que, parce qu’elle est inséparable de la notion, évidemment plurielle et labile, de culture française, l’imagination environnementale doit être saisie dans cette complexité.

Retour au/détour par le langage

Ce parcours rapide des différences culturelles pesant sur l’appréhension des questions environnementales, nous invite à revenir sur la pertinence des termes «  environnement  » et «  environnemental  ». Ne serait-il pas mieux de parler d’imagination écologique si l’on veut insister sur la spécificité de l’histoire et de la philosophie de la nature en France ? Oui et non. Tout d’abord, il nous semble intéressant d’utiliser le mot «  environnemental  » dans la mesure où il conserve les traces de la pensée anglophone, nord-américaine, qui a fourni, la première, les outils et méthodes d’analyse de ces questions. Ensuite, l’adjectif «  environnemental  » emprunté de l’anglais retient les traces du mot «  environnement  » venu de l’ancien français. Ainsi, le terme «  environnemental  » témoigne de l’évolution de la langue qui informe nos idées, expériences, théories du monde matériel. Si l’on garde l’expression «  imagination environnementale  », c’est pour ne pas perdre l’idée qu’il s’agit d’une pensée hybride adaptée à bien des sols différents.

Par ailleurs, il convient d’être attentif aux écueils auxquels expose le recours à l’expression «  imagination environnementale  ». On pourrait par exemple avancer l’idée selon laquelle il suffit, pour étudier l’imagination environnementale française, d’accepter les origines américaines de l’expression et ensuite de montrer qu’il existe des équivalents dans le monde littéraire français. On citerait alors par exemple des auteurs comme Bosco, Genevoix, Giono, Hélias, Moinot, etc. pour démontrer l’existence d’un genre de nature writing à la française. Ou encore on évoquerait les traditions de la littérature du terroir ou les romans régionalistes (qui connaissent d’ailleurs un nouvel élan en France de nos jours) pour avancer l’argument selon lequel la nature joue un rôle tout aussi important dans les textes littéraires français. Le risque de cette approche est de négliger la spécificité de la langue, de la culture, de la géographie des deux pays, d’en minimiser l’écart, pour proposer un simple décalque de l’imagination environnementale française sur la version américaine. Si L. Buell insiste sur l’adjectif «  américain  » au cours de son analyse de l’imagination environnementale, c’est en partie qu’il reconnaît l’influence de la culture sur la création de cet imaginaire collectif. Certes, il y a une place pour l’approche qui cherche à établir en quoi la littérature française promeut un retour à la nature mais elle risque de passer à côté de la diversité d’autres espaces et lieux. C’est d’ailleurs une critique importante que l’on a déjà faite à L. Buell du côté américain : son analyse de l’imagination environnementale ne tient pas compte de la grande diversité d’environnements américains (urbain, virtuel, hybride, rural, etc.) ni de la grande diversité de positions politiques qui se sont manifestées sur ces questions (queer ecology, ecofeminism, environmental justice). Tout compte fait, l’écart culturel français représente un atout car il permet de ne pas suivre la même trajectoire qu’a connue l’imagination environnementale américaine [27].

Enfin, nous insistons sur le terme «  environnemental  » car il permet de faire sortir l’écologie du domaine de la science et de la politique en France et d’adopter une perspective contemporaine qui regarde vers l’avenir pour formuler un nouveau paradigme à la fois écologique (politique, scientifique, technologique) et environnemental (éthique, socio-culturel, historique).

Parcourir les différences, dans le champ littéraire

Le concept d’imagination environnementale s’est fait connaître en France par des spécialistes de la littérature américaine. Se penchant sur le genre américain du nature writing, Tom Pughe et Michel Granger signalent que l’imagination environnementale se rapporte aux «  préoccupations logées au cœur de l’histoire culturelle américaine [28]  ». Ils ajoutent d’ailleurs que leur approche théorique se distingue de celle de leurs homologues américains car ils insistent sur les aspects poétiques et esthétiques du nature writing, là où L. Buell et d’autres se concentrent sur les éléments thématiques et/ou politiques [29]. Leur portrait de l’imagination environnementale insiste ainsi beaucoup sur les différences littéraire et théorique : 1) l’imagination environnementale se rattache nécessairement à l’écriture de la nature, genre surtout américain ; 2) l’analyse américaine de ce genre d’écriture reste moins théorique que la critique littéraire française. Cataloguée comme phénomène américain et associée à une approche théorique plus ou moins bien développée, l’imagination environnementale se voit ainsi réduite à un produit étranger sans beaucoup d’intérêt pour la littérature française contemporaine [30].

Or les tentatives se multiplient dans le champ littéraire pour penser l’imagination environnementale autrement. Faisant le pont entre l’idée de l’imagination environnementale comme phénomène américain et le besoin de penser une nouvelle approche écologique, le numéro spécial «  Littérature et écologie  » de la revue Écologie & Politique adopte le terme «  écopoétique  ». Dans l’introduction, Nathalie Blanc, Denis Chartier et Tom Pughe expliquent que l’axe esthétique s’avère aussi, voire plus, important que l’axe politique lorsqu’on tente de penser le lien entre littérature et écologie. Par ailleurs, ils utilisent moins le terme «  environnement  » pour parler d’un parti pris politique que pour parler du contexte immédiat et des conditions matérielles de la production et de la réception de l’œuvre, de la création artistique [31]. Évoquant le sens original du mot «  environnement  » en ancien français, l’écopoétique représente une première tentative de situer l’imagination environnementale dans le cadre culturel français. Cela dit, la diversité des sujets abordés par les articles de ce numéro spécial empêche de bien saisir en quoi consistent les enjeux français d’une telle approche littéraire [32].

Or ceux-ci sont à inscrire dans le cadre, bien établi en France, des études qui prennent pour objet l’espace et le paysage. On peut ainsi se demander dans quelle mesure les travaux de Gaston Bachelard sur la poétique de l’espace constituent une première ébauche de l’imagination environnementale. En analysant le symbolisme de l’eau, du feu, de l’air, de la terre, G. Bachelard réfléchit longuement sur la formation de l’imaginaire collectif. Par là même, ses travaux servent d’exemple pour aborder la problématique de l’imagination littéraire. Mais si nous prenons nos distances avec la méthodologie proposée par G. Bachelard, c’est que ce dernier se croit obligé d’écarter son savoir scientifique «  pour étudier les problèmes posés par l’imagination poétique [33]  ». L. Buell, par contre, fait de la science écologique une des bastions de l’imagination environnementale. Que l’on soit d’accord ou non avec cette association entre science et littérature, il est certain que l’imagination environnementale ne se forme pas à partir de symboles poétiques isolés. Comme nous l’avons déjà vu, le terme «  environnement  » n’a de sens que par rapport à un contexte socio-historique spécifique. Pour saisir toute la richesse de cette imagination environnementale, il faut donc partir du principe que la nature n’a de sens pour l’être humain qu’à l’intérieur d’un système de savoirs littéraire, philosophique, politique, scientifique, géographique, psychologique, ou autre.

Plus récents, les travaux de Bertrand Westphal menés dans le champ de la géocritique s’appliquent à repenser le problème de la référentialité et à rétablir les lignes de communication entre le réel et le fictionnel [34]. En ce sens, ils vont dans le sens des objectifs d’une approche écologique à la littérature. Mais là où les deux approchent divergent, c’est dans le choix des discours sociaux auxquels elles renvoient : la science écologique, la philosophie environnementale, l’écologie politique ne jouent aucun rôle dans la géocritique qui puise dans la géographie, les études urbaines, la sociologie, l’architecture. C’est cette différence, nous semble-t-il, qui sépare une «  géographie littéraire  » qui prend de plus en plus d’ampleur en France d’une «  écologie littéraire  » qui reste encore assez marginale, voire marginalisée [35].

Il est vrai que le concept d’espace a joué un rôle primordial dans l’évolution de la sociologie, de la géographie, des études urbaines, de la philosophie, etc. en France au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. Il suffit de penser aux travaux fondateurs d’Henri Lefebvre sur La Production de l’espace [36] pour constater à quel point la théorisation de l’espace a en quelque sorte éclipsé la problématique des lieux en France. Or, l’écologie se fonde sur l’étude des interactions entre l’organisme vivant et son milieu. Il faut alors que l’imagination environnementale, si elle se veut également écologique, cherche à déterminer en quoi le concept de lieu et de milieu s’articule dans le texte littéraire, et en quoi cette représentation peut par la suite susciter des réflexions approfondies sur notre rapport contemporain avec l’environnement, non pas comme chose donnée mais comme objet d’étude en comparaison avec l’habitus, le territoire, le milieu. Il nous semble que ce travail de réflexion sur les concepts de lieu, d’espace, de territoire, de milieu représente une étape clé du processus conduisant à penser l’imagination environnementale française [37].

Quant à la théorie du paysage, elle est également en plein essor en France. Il faut alors se pencher sur les principes de cette théorie et du concept de paysage pour déterminer leur rôle dans l’élaboration d’une approche écologique à la littérature. Il est vrai que la littérature française contemporaine connaît un véritable «  tournant paysager [38]  ». Outre les auteurs incontournables comme Gracq et le Clézio, on peut citer des auteurs de la littérature française contemporaine comme Bergounioux, Bon, Cueco, Echenoz, Michon, Millet, Rolin, entre autres, dont les œuvres mettent en évidence le paysage comme personnage à part et non seulement comme arrière-fond. Par ailleurs, les analyses des paysages ruraux, provinciaux, urbains, industriels, aident beaucoup à comprendre la représentation des lieux dans la littérature française contemporaine. Il reste pourtant à déterminer en quoi ces analyses abordent le paysage comme concept écologique. D’après Michel Collot, le paysage est «  cette image du monde, inséparable d’une image de soi, qu’un écrivain compose et impose à partir de traits dispersés mais récurrents dans son œuvre [39]  ». Dès lors, le paysage court le risque de se voir réduit à une image immatérielle et perd par là même son potentiel écologique [40]. C’est un problème que M. Collot reconnaît par la suite dans une œuvre plus récente dirigée avec A. Bergé. Pour conclure l’avant-propos de cette œuvre, M. Collot et A. Bergé affirment que :

Le paysage se présente… comme un recours voire un modèle pour inventer une relation plus harmonieuse entre cosmos et anthropos… un terrain d’action où se bâtit peut-être une nouvelle modernité capable de concilier le progrès des sciences et des techniques avec le respect de l’homme et de l’environnement [41].

Or, la pensée écologique telle qu’imaginée ici demeure doublement limitée : d’une part, dans sa vision quelque peu datée du cosmos comme monde harmonieux [42] ; d’autre part, dans sa manière d’associer encore une fois l’écologie à la science et à la technologie plutôt qu’à la littérature et à la philosophie.

En résumé, les approches littéraires qui cherchent à élaborer une théorie de l’espace ou du paysage ont toutes leur place dans l’imagination environnementale française car elles cherchent à comprendre la manière dont l’être humain construit son environnement. Ce qui reste encore à faire pour arriver à un portrait plus complet de l’imagination environnementale, c’est de déterminer la place de la pensée écologique et de la problématique de la nature.

L’imagination environnementale, prise 1

Dans The Environmental Imagination. Thoreau, Nature Writing, and The Formation of American Culture le critique littéraire L. Buell cherche à définir l’imagination environnementale dans le contexte culturel américain tout en posant des jalons d’une approche écologique plus générale. Ce double objectif paraît dans le texte lorsque L. Buell insiste sur le caractère américain de son objet d’étude – «  American cultural distinctiveness  » – tout en prétendant que

the world has become sufficiently westernized to ensure for Euro-American culture… a disproportionately large share in determining world environmental attitudes during the next century [43].

Tirée de la sous-section «  Environmental Response and Cultural Difference  », cette citation révèle le désir chez L. Buell de supprimer les différences entre l’Europe et l’Amérique du nord afin d’établir une seule prise de position écologique à la base du texte environnemental tel qu’il le définit. Mais si l’on passe en revue les caractéristiques du texte environnemental, il devient clair que la tradition intellectuelle sur laquelle elle se fonde demeure solidement américaine.

Pour L. Buell, le mot «  environnement  » représente le monde matériel en dehors du texte. Il s’agit du «  object-world  », comme il l’appelle, qui existe indépendamment de nous mais qui est pourtant influencé par nos actions. C’est cet «  object-world  » que le texte environnemental se doit de représenter de manière aussi fidèle et authentique que possible. Le retour au réalisme littéraire proposé par Buell reste le sujet de très longs débats entre les écocritiques et leurs détracteurs. Ce qui nous intéresse d’abord, c’est plutôt l’association du nom «  imagination  » avec l’adjectif «  environnemental  » à laquelle procède L. Buell. Compris au sens de prise de position politique, l’adjectif «  environnemental  » se rapporte à l’idée qu’il faut absolument que l’être humain arrête d’épuiser les ressources de la planète si elle veut continuer à y vivre. Quant au mot «  imagination  », Buell n’en donne pas de définition exacte mais associe le pouvoir imaginatif de la littérature à la possibilité de passer à l’action politique. C’est du moins ce qu’il fait entendre lorsqu’il affirme que «  the environmental crises involves a crisis of the imagination the amelioration of which depends on finding better ways of imaging nature and humanity’s relation to it [44]  ». Il est dommage que cette idée très large de l’imagination environnementale se fasse beaucoup limitée par la définition du texte environnemental que L. Buell livre par la suite.

Comme nous l’avons déjà vu, L. Buell définit le texte environnemental selon sa façon de représenter fidèlement le monde naturel [45]. On peut établir un parallèle intéressant entre l’insistance sur la représentation du réel chez L. Buell et une caractéristique de la littérature française contemporaine telle qu’analysée par Dominique Viart et Bruno Vercier [46]. Après l’émergence et l’influence des mouvements structuraliste et post-structuraliste, le roman contemporain français cherche de nouveau les moyens d’écrire le réel. Il n’est pourtant pas question de revenir à l’esthétique réaliste mais plutôt de repenser le problème de la représentation à la lumière des théories du langage. En inventant de nouveaux genres tels que l’autofiction, les fictions biographiques, les récits de filiations, la littérature française contemporaine représente un champ riche de possibilités pour mieux cerner la problématique de la représentation. C’est à la lumière d’une littérature «  déconcertante  » qui brouille les frontières entre le texte et le réel qu’on devrait penser l’imagination environnementale française.

Alors que L. Buell affirme que le texte environnemental devrait rendre le lecteur plus sensible aux problèmes écologiques, il se peut que les genres hybrides réussissent tout aussi bien, voire mieux, à bouleverser le rapport entre le lecteur et le monde. En illustrant «  l’inauthenticité  » et «  l’impossibilité de l’entreprise [47]  », ces genres bousculent le sujet autonome de sa position au centre d’un réel dicible et représentable. Par là même, ils renouvellent l’imagination environnementale sans pour autant s’aligner sur la politique écologique. Tout compte fait, il se peut que les textes littéraires les moins fidèles à l’esthétique réaliste posent le mieux le problème de la nature comme autre :

Et si finalement c’était l’ambiguïté assumée (dans l’ironie, l’hybridité, la parodie, la stylisation, entre autres) qui figurait l’indicible altérité de la nature, celle qui nous entoure comme celle que nous sommes [48] ?

Malheureusement, il n’y a que très peu de place pour cette «  ambiguïté assumée  » dans le texte environnemental tel que le décrit L. Buell. Si l’on passe en revue les critères – 1) le monde non-humain joue le rôle principal dans le texte ; 2) les préoccupations humaines ne sont pas au centre du texte ; 3) la responsabilité écologique fait partie de l’orientation éthique du texte ; 4) le monde non-humain représente un processus dynamique en évolution dans le texte – le texte environnemental se réduit aux exigences d’un autre discours social à la recherche d’un réel pré-textuel et pré-linguistique. Mais c’est justement en explorant la mesure dans laquelle le réel est déjà et toujours un mélange complexe de textuel et de matériel, de naturel et de culturel que la littérature révèle son pouvoir de nous faire voir des mondes non soumis à la rationalité scientifique. La question se pose alors de savoir si, plutôt que d’évaluer le texte par rapport à sa capacité de représenter fidèlement le monde naturel, on ne devrait pas l’évaluer par rapport à sa capacité d’enrichir, de subvertir, de renouveler notre imagination environnementale. Si l’on suit cet argument, il devient clair que l’imagination environnementale ne se réduit pas à un seul genre littéraire ni à un seul discours politique. Elle reste ouverte à un grand nombre de genres littéraires, poésie et prose, fiction et non-fiction, et peut inclure un grand nombre de partis pris politiques, écologiques, anti-écologiques, non-écologiques.

L’imagination environnementale, prise 2

Ce que la littérature française contemporaine met bien en évidence, c’est qu’elle n’est pas victime de cette prétendue «  passion de l’indifférence  » à l’égard des problèmes environnementaux [49]. À titre d’exemple, examinons rapidement le roman La Possibilité d’une île (2005) de Michel Houellebecq où la prise de position écologique suscite des critiques importantes. Or, une approche écocritique à la recherche de textes environnementaux tels que définis par L. Buell rejetterait le roman de M. Houellebecq en citant de nombreux passages anti-écologiques qui s’y trouvent [50]. Mais si l’on ne se cantonne pas aux critères de L. Buell, il est clair que le roman relève les enjeux de l’imagination environnementale française. En contestant l’idée selon laquelle il faut sauver la terre, le narrateur du roman de M. Houellebecq met le doigt sur un point important : c’est l’humanité et non pas la terre qui ne survivra pas aux désastres écologiques [51]. D’ailleurs, le roman montre un monde où l’espèce humaine a été remplacée par l’espèce néo-humaine et pose par là même la question de ce qui pourrait venir après la fin de l’humanité. C’est le pouvoir du genre dit «  apocalyptique  » de nous faire réfléchir sur le sort de l’humanité, comme le souligne L. Buell qui s’intéresse au texte apocalyptique dans la mesure où ce dernier transmet un message écologique clair au lecteur comme dans le cas du livre Silent Spring de Rachel Carson [52]. Il n’en va évidemment pas ainsi chez M. Houellebecq où la question de ce qui devrait venir après l’humanité et de ce que devrait en faire l’humanité reste sans réponse. L’ambiguïté s’ouvre comme un gouffre devant le lecteur qui tente de contempler une autre vie sur terre. Plutôt que de convaincre le lecteur de vivre autrement, de façon plus «  écologique  », le roman l’oblige à réfléchir sur la difficulté de trancher sur la question de ce qu’est l’être humain et ce qu’il doit faire face aux problèmes écologiques.

De nouveau, la problématique de l’«  ambiguïté assumée  » s’avère particulièrement intéressante pour penser l’imagination environnementale française. Dans le cas du roman de Houellebecq, c’est d’abord la représentation du monde post-humain qui met le lecteur en face d’une juxtaposition d’idées et de thèmes sans issue. Mais l’ambiguïté imprègne également le style chez Houellebecq qui a constamment recours au sarcasme et à l’ironie, de sorte que les critiques littéraires ont du mal à identifier un ensemble cohérent de parti pris politique, philosophique, ou autre chez l’auteur. Finalement, il est possible de lire ce roman à la lumière d’autres nouveaux genres hybrides où il est question de «  de réinventer et de complexifier les moyens de la représentation [53]  ». Tout compte fait, il n’est point question de prétendre que le roman de Houellebecq est un texte environnemental mais plutôt de saisir son ambiguïté assumée comme composant nécessaire de l’imagination environnementale française.

Ce qui nous mène à une dernière question : d’où vient la prise de position politique et éthique qui marque l’imagination environnementale ? D’après L. Buell, elle se trouve dans le texte même, dans sa façon de représenter le monde naturel. Mais on limite de beaucoup l’imagination environnementale en la rattachant uniquement aux textes déjà alignés sur le parti pris écologique. Ne pourrait-on pas partir du principe que c’est de la rencontre entre le texte et le lecteur que naît une nouvelle conscience du monde comme autre chose que ressource à exploiter ? Ainsi, l’imagination environnementale ne se composerait pas d’un ensemble de textes environnementaux, mais plutôt d’un ensemble de rencontres singulières qui mènent le lecteur à s’interroger sur les interactions complexes, compliquées et souvent ambiguës entre le monde humain et le monde non-humain. S’ajoutant, se contredisant, s’annulant, se chevauchant, ces rencontres donnent à l’imagination environnementale française une forme aux contours labiles où l’on peut parfois entrevoir le réel, «  frangé de sommeil et de songes  », «  plongé dans la démence et la beauté  », « concret, flottant, solide, fragile, précis et fondu, résistant ou sans prise. »

par Stéphanie Posthumus

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Pour citer cet article :

Notes

[1] . B. McKibben, The End of Nature, New York, Random House, 1989.

[2] .M. Shellenberger et T. Nordhaus, «  The Death of Environmentalism  », Grist (2004), http://grist.org/article/doe-reprint/ [consulté le 30 mai 2012].

[3] . G. Sainteny, L’introuvable écologisme français  ?, Paris, PUF, 2000.

[4] . B. Kalaora, Au-delà de la nature. L’environnement, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 103.

[5] . N. Evernden, The Natural Alien : Humankind and Environment, Toronto, Toronto University Press, 1993.

[6] . Nous utilisons le terme «  non-humain  » pour nous référer aux autres êtres vivants et à la matière organique et inorganique tout en sachant que le non-humain reste profondément marqué par l’humain (comme l’argumente solidement B. Latour, Les Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La Découverte, 1999).

[7] . Établie en 1992, l’Association for the Study of Literature and Environment (ASLE) compte aujourd’hui plus de 1300 membres des pays du monde entier. Cette association a inspiré des regroupements similaires en Australie, au Canada, en Corée, en Europe, en Inde, au Japon, et en Nouvelle-Zélande. Il est pourtant intéressant qu’elle ne comporte que très peu de membres français, mais que le nombre de membres qui étudient la littérature française s’accroît.

[8] . «  Environnement  » dans Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, http://www.cnrtl.fr/definition/envi... [consulté le 30 mai 2012].

[9] . M. Serres, Le Contrat naturel [1990] Paris, Flammarion, 1992, p. 60.

[10] . Article «  Environment  » dans Oxford English Dictionary, http://oxforddictionaries.com/[consulté le 30 mai 2012].

[11] . B. Kalaora, op. cit., p. 114.

[12] . Voir C. Larrère, «  Éthiques de l’environnement  », Multitudes, n° 1.24, 2006, p. 75-84.

[13] . J. Viard, Le Tiers espace, Méridiens Klincksieck, 1990, p. 98.

[14] . Comme l’explique B. Kalaora, il était question en France de sauver un «  beau monument naturel  » et non pas «  un milieu sauvage  » (op. cit., p. 140).

[15] . C. Ford, «  Nature, Culture and Conservation in France and Her Colonies 1840-1940  », Past & Present, n° 183, 2004, p. 186. «  La protection du paysage suit une histoire plus longue, qui remonte au désir de protéger l’héritage architectural, historique, et esthétique en France comme patrimoine  » (notre traduction).

[16] . R. Cans, «  Les trois sœurs de l’écologie  », dans J.-M. Besse et I. Roussel (dir.), Environnement : représentations et concepts de la nature, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 209-211.

[17] . Ibid., p. 211.

[18] . K. Whiteside, Divided Natures. French Contributions to Political Ecology. Cambridge, MIT, 2002, p. 3. «  Les penseurs français écologistes ont tendance à étudier la manière dont les concepts de nature et d’identité humaine se chevauchent. Elles élaborent une pensée écologique qui cherchent à définir réciproquement «  nature  » et «  humanité  » au lieu d’insister sur la distinction entre les deux  » (notre traduction).

[19] . Cette étude révèle le problème de toute étude comparatiste. En quelle langue écrit-on lorsqu’on cherche à analyser des différences culturelles dans le domaine de l’écologie/de l’environnement ? Si l’on veut attirer un plus grand lectorat, on accepte l’hégémonie de la langue anglaise tout en reconnaissant que la langue influencera la manière dont on parle du sujet en question, que ce soit l’état des écosystèmes sur la planète ou bien de la représentation de cette planète dans un texte littéraire.

[20] . M. Bess, The Light-Green Society. Ecology and Technological Modernity in France, 1960-2000, Chicago, Chicago UP, 2002.

[21] . C. Larrère, «  Entretien  », Wildproject, revue en ligne d’écologie culturelle, n° 1, 2008, http://www.wild-journal.com/index [consulté le 12 juillet 2008].

[22] . L. Ferry, Le Nouvel Ordre écologique, Paris, Grasset, 1992.

[23] . Pour une lecture plus juste de la pensée écologique de Michel Serres comme forme de «  skeptical humanism  », voir l’article de K. Whiteside, «  Systems Theory and Skeptical Humanism in French Ecological Thought  », Policy Studies Journal 26.4, 1998, p. 636-56.

[24] . A. Dalsuet fait la même remarque en soulignant qu’il est question en France de traiter les questions environnementales «  avec les outils juridiques et politiques aidés de l’expertise scientifique  » (Philosophie et écologie, Paris, Gallimard, «  Éducation, 2010, p. 156-157).

[25] . H.-S. Afeissa, «  Préface  », Éthique de l’environnement, textes réunis et traduits par H.-S. Afeissa, Paris, Vrin, 2007, p. 8.

[26] . M. Serres, Hominescence, Paris, Le Pommier, 2001, p. 95.

[27] . F. Locher et G. Quenet adoptent la même perspective lorsqu’ils font un survol de l’histoire environnementale en France : «  Si en France, l’histoire environnementale est encore peu développée, ce décalage temporel est en un certain sens un atout, car plusieurs décennies de travaux ont montré que cette voie de recherche, loin de constituer un sous-champ spécifique et plus ou moins autonome, prend place au cœur de la discipline  » («  L’histoire environnementale : Origines, enjeux et perspectives d’un nouveau chantier  », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 56.4, 2010, p. 7).

[28] . T. Pughe et M. Granger, «  Introduction  », Revue française d’études américaines, n° 106, 2005, p. 2.

[29] . Ce recul peut prendre un ton condescendant. Par exemple, C. Larrère décrit les «  livres de nature  » comme «  le récit de ce-que-j’ai-vu-dans-la-forêt  » («  Éthiques  », op. cit., p. 80).

[30] . T. Pughe et M. Granger rattachent l’imagination environnementale à un premier moment dans l’histoire de l’écocritique qui date du début des années quatre-vingt-dix. Les préoccupations de ce premier moment ont été largement revues, diversifiées au cours des quinze dernières années. Il est dommage que T. Pughe et M. Granger ne fassent pas de portrait plus contemporain de l’écocritique.

[31] . N. Blanc, D. Chartier, T. Pughe, «  Introduction  », Écologie & Politique, n° 36, 2008, p. 17-28.

[32] . Deux articles portent sur la littérature américaine («  Henry D. Thoreau et la naissance de l’idée de parc national  » de F. Specq et «  Écocritique et écolittérature américaines à l’heure (post- ?)postmoderne  » de F. Gavillon), deux articles sur la littérature française et francophone («  Migrations de JMG Le Clézio  » de V. Giorgiutti et «  Surréalisme et écologie : Les métamorphoses d’Aimé Césaire  » de U. Heise), un article sur la poésie («  Tout contre la pollution rationnelle : Dada, poésie sonore, Internationale situationniste  » de N. Godon) et un article sur la création et réception plus générale des œuvres culturelles («  Le monde est rond bis  » de N. Blanc et D. Christoffel). Chaque article aborde par ailleurs l’approche écologique dans le domaine des arts de manière différente : les uns visant la représentation du monde naturel, les autres s’interrogeant sur le rôle des conditions matérielles de la création, et encore d’autres utilisant les termes «  environnement  » et «  écosystème  » comme métaphore.

[33] . G. Bachelard, La Poétique de l’espace, Paris, PUF, 1961, p. 1.

[34] . B. Westphal, La Géocritique. Réel, fiction, espace, Paris, Minuit, 2007.

[35] . Quant à la géopoétique, elle se présente comme «  une théorie-pratique transdisciplinaire applicable à tous les domaines de la vie et de la recherche, qui a pour but de rétablir et d’enrichir le rapport Homme-Terre depuis longtemps rompu, avec les conséquences que l’on sait sur les plans écologique, psychologique et intellectuel, développant ainsi de nouvelles perspectives existentielles dans un monde refondé  » (La Géopoétique, «  En bref  » http://www.kennethwhite.org/geopoetique/, consulté le 30 mai 2012). Il n’est tout de même pas clair s’il s’agit d’une approche littéraire, d’une philosophie de vie, ou d’une nouvelle politique écologique. Par ailleurs, la géopoétique n’a pas encore eu beaucoup d’échos en France.

[36] . H. Lefebevre, La Production de l’espace, Paris, Gallimard, 1974. Pour une analyse approfondie du «  tournant spatial  » en France, voir V. Andermatt Conley, Spatial Ecologies, Urban Sites, State and World-Space in French Cultural Theory, Chicago, Chicago University Press, 2012.

[37] . Précisons qu’il ne s’agit pas de remplacer un concept par l’autre mais de mieux cerner les enjeux des différents concepts à l’intérieur de l’imagination environnementale. C’est un travail qui dépasse la portée de cet article mais que L. Buell annonce dans The Environmental Imagination lorsqu’il note en passant que La Production de l’espace de Lefebvre représente «  one of the most brilliantly suggestive theoretical discussions of environmental imagination to date  » (op. cit., p. 432) («  un des discours théoriques les plus inspirants sur l’imagination environnementale jusqu’à présent  », notre traduction).

[38] . A. Bergé, «  Le tournant paysager de la littérature contemporaine, une traversée des modernités,  » dans Paysage & Modernité(s), (dir. M. Collot et A. Bergé), Bruxelles, Ousia, 2008, p. 87-101.

[39] . M. Collot, Les Enjeux du paysage, Bruxelles, Ousia, 1997, p. 8.

[40] . C’est d’ailleurs l’objection que l’historien F. Walter fait à la théorie littéraire du paysage lorsque cette dernière efface le référent, la nature, le monde pour mieux se tourner vers le visible (Les Figures paysagères de la nation, éd. de l’École des hautes études en sciences sociales, Paris, 2004, p. 10).

[41] . M. Collot et A. Bergé, «  Avant-propos  », dans Paysage & Modernité(s), (dir. M. Collot et A. Bergé), Bruxelles, Ousia, 2008, p. 12.

[42] . Depuis quelque temps, les sciences écologiques remplacent les concepts d’harmonie, d’équilibre et de climax par les concepts de désordre, de flux, et de non equilibrium (voir D. Botkin, Discordant Harmonies, Cambridge, Oxford University Press, 1992).

[43] . «  le monde est devenu suffisamment occidental pour que la culture euroaméricaine… joue un rôle prépondérant dans la formation des attitudes environnementales globales au cours du prochain siècle  », L. Buell, op. cit., p. 22

[44] . Ibid., p. 2 («  La crise environnementale comprend une crise de l’imagination dont le remède dépend de meilleures façons d’imaginer la nature et le rapport entre la nature et l’humanité  », notre traduction).

[45] . Dans son explication du rapport entre le réel et le texte, Buell a recours au concept d’adéquation élaboré par Francis Ponge (op. cit., p. 98). Ce concept contourne les difficultés posées par l’esthétique réaliste et représente une piste intéressante pour explorer le potentiel écologique d’autres genres (tels que la poésie) et d’autres esthétiques littéraires (tels que le surréalisme). Malheureusement, Buell ne développe pas davantage le concept de Ponge et définit le texte environnemental selon des critères plus stricts (texte non-fictionnel, genre réaliste).

[46] . Voir D. Viart et B. Vercier, La Littérature française au présent, Paris, Bordas, 2005.

[47] . Ibid., p. 26.

[48] . T. Pughe et M. Granger, op. cit., p. 7.

[49] . B. Kalaora, op. cit., p. 103-116.

[50] . Même s’il existe un discours en France qu’on pourrait qualifier d’anti-écologique – voir, entre autres, LaPeste verte (G. Bramouillé, Paris, Les Belles Lettres, 1991), La Face cachée de l’écologie (L. Larcher, Paris, Cerf, 2004), L’Éco-pouvoir (P Lascoumes, Paris, La Découverte, 1994), L’Utopie verte (P. Paraire, Paris, Hachette, 1992) – opposer un anti-écologisme français à un prétendu écologisme américain ferait fausse route, car il y a tellement de contre-exemples dans ce cas-ci.

[51] . Pour une analyse approfondie de ce discours chez Houellebecq, voir notre article «  L’inscription de la nature et de la technologie dans La Possibilité d’une île de Michel Houellebecq  », Sites : Contemporary French & Francophone Studies, n° 15.3, 2011, p. 349-356.

[52] . L. Buell, op. cit., p. 285 : «  Apocalypse is the single most powerful metaphor that the contemporary environmental imagination has at its disposition  » («  L’apocalypse représente la métaphore la plus puissante à laquelle l’imagination environnementale a recours  », notre traduction).

[53] . N. Blanc, D. Chartier, T. Pughe, op. cit., p. 7.

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