Le vendredi 7 mai 2010 - 09h

Colloque international à Nancy (5-7 mai 2010) :

Les valeurs dans le roman. Conditions d’une "poéthique" romanesque

Thèmes : Littérature

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Ce colloque international, organisé par Rémi ASTRUC et Jacques-David EBGUY (Centre d’Etudes Littéraires Jean Mourot) à l’Université Nancy 2, se tiendra du 5 au 7 mai 2010.

Adresse :

Université Nancy 2
3, Place Godefroi de Bouillon
54015 Nancy cedex

- Présentation
- Comité scientifique
- Programme



Présentation

L’Âge de la littérature intransitive, « autotélique », qu’ont ouvert, au tournant du XIXe siècle, les Romantiques allemands[1], a fait de l’oeuvre un Absolu soustrait au dehors. Or, après une longue période de séparation (en son temps nécessaire et féconde) entre la sphère esthétique et la sphère éthique, on retrouve aujourd’hui le sens qu’il y aurait à penser l’articulation entre les deux. Des philosophes comme Martha Nussbaum (Poetic Justice. The Literary Imagination and Public Life), Sandra Laugier (Ethique, littérature, vie humaine) ou Jacques Bouveresse, dans son récent Connaissance de l’écrivain, proposent de considérer la littérature (et en particulier le roman) comme une voie d’accès à une forme de connaissance morale. L’heure est à l’éthique, pourrait-on dire : la réflexion sur les valeurs (entendues comme normes culturelles, sociales ou morales auxquels on se réfère pour évaluer des discours, des actions ou des jugements) et sur l’éthique des textes romanesques semble redevenir un enjeu central des études littéraires.

Mais la manière de prendre ainsi la mesure des enjeux et des pouvoirs de la littérature semble demeurer prisonnière d’une approche souvent réductrice, qu’il faut de ce fait interroger : en effet, qu’on exalte la fonction critique et plus souvent encore transgressive du roman ou qu’on mette en avant sa portée éducative, cette lecture des œuvres revient toujours à poser la question de leur destination, de l’utilité et de la fonction de la littérature pour le « monde », au mépris d’une analyse des valeurs dans l’œuvre. Faire de la transgression la fonction suprême et unique de la (grande) littérature, ou des œuvres un réservoir d’exempla modélisés et paradigmatiques des situations morales, ne permet pas de penser véritablement le rapport « interne » du roman aux valeurs, du point de vue des poétiques mises en œuvre plutôt que de leur réception.

Le jeu avec les formes, qui est au principe même de la littérature, ne détermine-t-il pas très largement les contenus éthiques ? De ce point de vue, la littérature ne produit-elle pas des « valeurs » et des « valorisations » multiples ? Et n’est-il pas de ce fait urgent de dresser un panorama moins « normatif » et moins « normé » du rapport de la fiction à la morale ? Peut-être faut-il, à cet effet, partir non de ce à quoi sert la littérature, ou de ce qu’elle est, mais de ce qu’elle fait, sur un plan spéculatif et éthique :

- ouvrant un monde parallèle, elle suspend les modes de jugements préconstitués socialement.

- inventant des modes de rapport nouveaux entre phénomènes, elle reconfigure les polarisations éthiques, rejoue la question morale et fait même parfois apparaître l’inadéquation de ces modes de jugements.

- proposition de pensée, elle définit autrement idées et problèmes conceptuels ou moraux (réinventant en quelque sorte par exemple le sujet, chez Rousseau, le mal, chez Dostoïevski, la justice, chez Camus, le corps, chez Beckett…).

- déterminant positivement, au détriment d’autres, des modes de rapport au monde, elle propose une orientation dans ce que Milan Kundera nomme « le champ des possibilités humaines », c’est-à-dire « tout ce que l’homme peut devenir, tout ce dont il est capable. »

Rompre avec la réduction habituelle de la littérature à ses vertus transgressives, édifiantes ou pédagogiques signifie donc prendre en considération le mode spécifique de construction et de mise en jeu des valeurs dans le roman, qui avant tout « figure, montre et implique par le dispositif de ses formes ». Dans cette approche de ce que Vincent Jouve appelle à juste titre des « effets-valeurs », on cherchera autant que possible à éviter une perspective trop strictement textualiste. On ne se focalisera donc pas, au moyen d’un relevé micro-textuel de procédés discursifs, sur les moments où s’énoncent directement des valeurs dans le texte. On ne saurait non plus se cantonner aux valeurs explicitement revendiquées dans l’espace textuel (par l’auteur, le narrateur ou par un personnage). Il nous intéressera davantage en revanche d’envisager comment, par l’organisation d’un matériau proprement littéraire (effets de composition, choix stylistiques, inventions de personnages, d’un mode de temporalisation, variations tonales, jeux sur les focalisations et sur l’énonciation, etc.), par un geste de monstration constituant, l’oeuvre articule déjà des valeurs. Se dessine ainsi une autre « lecture éthique » des oeuvres, que nous souhaiterions expérimenter lors de ces journées d’étude.

Entre la voie philosophique et la voie textualiste, il s’agira en somme d’imaginer une troisième voie, celle d’une « poéthique » qui conduirait à un réexamen des enjeux moraux des oeuvres, appelant à compléter la lecture proposée par les philosophes ainsi qu’à renouveler l’interprétation des textes.

Pourront être abordées plus particulièrement les questions suivantes (mais cette liste n’est pas limitative) :

- Y a-t-il un sens à évaluer l’oeuvre d’un point de vue moral ? Quels sont les arguments à l’appui d’un tel projet de lecture ?

- les lectures philosophico-éthiques de la littérature : leurs procédures, leurs résultats, leur critique du point de vue d’une lecture soucieuse du fait littéraire.

- La question du genre : comment s’articulent appartenance à un genre, à un type de « textes » et contenu, orientations morales ?

- Les textes non-transgressifs, leurs « valeurs » et leur intérêt dans l’histoire de la littérature.

- Comment des valeurs se présentent-elles dans les oeuvres et comment sont-elles engendrées par le faire littéraire ?

- Comment la « forme » peut-elle devenir en soi un élément éthique, comment ce dernier s’articule-t-il voire interfère-t-il avec les valeurs comme contenus ?



Comité scientifique du colloque

Rémi Astruc (Université Nancy 2) ; Jean Bessière (Université Paris 3) ; Jean-Pierre Cometti (Université de Provence) ; Jacques-David Ebguy (Université Nancy 2) ; Philippe Hamon (Université Paris 3) ; Reynald Lahanque (Nancy2) ; Sandra Laugier (Université de Picardie Jules Verne) ; Jacques Neefs (Johns Hopkins, Baltimore) ; Jacques Rancière (Université Paris 8).


Programme

Mercredi 5 mai

09h00 Accueil des participants

09h30 Ouverture du colloque : Reynald LAHANQUE, Directeur du CELJM (Université Nancy 2)

Discours introductif : Rémi ASTRUC, Jacques-David EBGUY (Université Nancy 2)

10h30-10h50 Pause

Une écriture éthique ?

10h50-11h10 Ivanne RIALLAND, Université Paris IV-Sorbonne, « La fabrication de la valeur dans le roman surréaliste : collage, montage, machine et machination »

11h10-11h30 Sylvie SERVOISE, Université du Maine, « Le roman des fils ou le renouveau du roman engagé (Tu mio, d’Erri De Luca et Dora Bruder, de Patrick Modiano) »

11h30-11h50 Clélie MILLNER, Université Nancy 2, « L’écriture enquêteuse : une éthique sceptique dans Le Fil de l’horizon d’Antonio Tabucchi et L’Absence de Peter Handke »

11h50-12h20 Discussion

12h30-14h30 Déjeuner

Perspectives théoriques et philosophiques

14h30-15h20 Conférence : Jean-Claude MONOD, École Normale Supérieure Ulm, CNRS, « Le roman et la crise moderne des fondements : Lukacs, Blumenberg, Kundera »

15h20-15h40 Anne COIGNARD, CREA, École Polytechnique, « L’incontrôlable lecteur. Littérature, redécouverte du monde et variation de soi »

15h40-16h00 Discussion

16h00-16h20 Pause

16h20-16h40 Daniel S. LARANGÉ, Université McGill (Montréal), « Programmation des valeurs dans les univers romanesques : perspective théorét(h)ique »

16h40-17h00 Raymond MICHEL, Université Paul Verlaine Metz, « Expérimenter le roman, ou Comment la littérature travaille-t-elle en dehors d’elle-même ? »

17h00-17h20 Discussion

Jeudi 6 mai 2010

Littérature, valeurs et société

09h00-09h40 Conférence : Vincent JOUVE, Université de Reims Champagne-Ardenne, « Valeurs littéraires et valeurs morales »

09h40-10h00 Yves-Michel ERGAL, Université de Strasbourg, « Esthétisme et moralité dans quelques romans de la chair »

10h00-10h20 Discussion

10h20-10h40 Pause

10h40-11h00 Paul DIRKX, Université Nancy 2, « Claude Simon à son corps défendant. Arguments pour une "sociopoéthique" »

11h00-11h20 Lucie LAGARDÈRE, Université Paris Diderot, Paris 7, « Liberté, libération, démocratie : l’écriture hybride du roman romantique »

11h20-11h40 Anne HÉLIAS, Université Paris V, « Les valeurs de l’Amour contre celles du social ? Le chemin spirituel du héros amoureux »

12h15-14h15 Déjeuner

« Poéthique » du roman : regards croisés

14h15-15h05 Conférence : Liesbeth KORTHALS ALTES, Université de Groningue (Pays-Bas), « Présuppositions, cadres, risques et perspectives d’une approche de la littérature en termes de valeurs et/ou d’éthique »

15h10-15h20 Pause

15h20-15h40 Francis LANGEVIN, Université de Groningue (Pays-Bas), « Le style comme attitude : lecture des valeurs du narrateur dans le roman contemporain »

15h40-16h00 Eileen WILLIAMS-WANQUET, Université de la Réunion, « L’Ethique de la métafiction : éléments pour un "postréalisme" en littérature anglaise »

16h00-16h20 Discussion

16h20-16h40 Pause

16h40-17h00 Christine RAMAT, IUFM Centre Val de Loire, Université Orléans, « Poéthique du monstrueux littéraire dans le roman francophone postmoderne »

17h00-17h20 Yves CLAVARON, Université Jean Monnet Saint-Étienne, « Pour une "poéthique" du roman postcolonial »

Vendredi 7 mai 2010

D’une « responsabilité de la forme » ?

09h00-09h50 Conférence : François RASTIER, CNRS, « Le témoignage et l’honneur de la littérature »

09h50-10h10 Raphaëlle GUIDÉE, Université de Poitiers, « Ethique du récit et violence historique : le bricolage et la collection comme paradigmes "poéthiques" »

10h10-10h30 Discussion

10h30-10H50 Pause

10h50-11h10 Thierry POYET, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand II, « L’épistolier Flaubert, le roman moderne de l’échec et une esthétique fondatrice de l’éthique »

11h10-11h30 Sophie GUERMÈS, Université de Strasbourg / CNRS, « Les choix du romancier »

11h30-11h50 Pauline VACHAUD, Université Stendhal Grenoble III, « D’une responsabilité de la forme aujourd’hui »

11h50-12H15 Discussion et clôture du colloque

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