Mémoire d’un écrivain présent : W.G. Sebald

mercredi 14 décembre 2011, par Raphaëlle Guidée

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Il y a tout juste dix ans, le 14 décembre 2001, l’écrivain allemand WG Sebald mourait accidentellement sur une petite route de campagne anglaise. Né en 1944 en Allemagne (Wertach), l’écrivain avait passé la majeure partie de son existence en Angleterre, où il enseignait la littérature. Il avait fait son entrée sur la scène littéraire en 1989, avec la parution d’un recueil de poèmes remarqué (D’après nature), suivi de plusieurs récits en prose (Vertiges, Les Emigrants, Les Anneaux de Saturne, Austerlitz) qui avaient tous bénéficié d’un accueil critique et public extraordinaire aux Etats-Unis et en Europe. En l’espace de quelques livres, Sebald s’était imposé comme un écrivain insolite et pourtant déjà classique, anachronique et néanmoins profondément contemporain.

« C’est un livre sur les destinées dépaysées, sur des individus expulsés et perdus, sur les éliminés du sort, un livre sur ceux qui sont seuls et évités ». Ces propos du père de Joseph Conrad au sujet des Travailleurs de la mer, que Sebald reprend dans Les Anneaux de Saturne, pourraient décrire toute son œuvre, collection mélancolique de portraits d’exilés, de victimes oubliées, d’excentriques frappés, le plus souvent indirectement, par la violence extrême de l’histoire. Toujours illustrés de photographies, ses textes – qu’il se refusait à appeler des romans – explorent sans relâche ce que Benjamin appelait la « tradition des opprimés », en s’attachant aux marges d’une histoire universelle de la violence qui ne peut être appréhendée autrement qu’à l’échelle des individus singuliers qui en furent les victimes. Au cœur de cette encyclopédie de la destruction, la Shoah marque moins un point culminant qu’un lieu où se dévoile la dimension fondamentalement catastrophique de toute l’histoire humaine. Voyageur infatigable, Sebald arpente l’Europe en y relevant partout les traces de la destruction, de la catastrophe et de la ruine, tout en s’émerveillant parfois de la beauté du monde naturel qui subsiste – pour combien de temps encore ?

Evénements autour de Sebald

Pour marquer l’anniversaire de la mort de Sebald, et montrer son extraordinaire résonance contemporaine, plusieurs manifestations et publications sont programmées en France. Les éditions Inculte, qui avaient déjà consacré à l’écrivain un dossier dans le premier numéro de la revue du même nom, en 2004, viennent de publier une monographie dirigée par Mathieu Larnaudie et Olivier Rohe, réunissant des textes d’écrivains, d’artistes ou de chercheurs (http://www.inculte.fr/Face-a-Sebald). Le Centre Pompidou, dans le cadre de la troisième édition de son « Nouveau festival » consacrera du 22 février au 12 mars une exposition à Sebald, organisée par Valérie Mréjen, à laquelle fera écho un cycle de conférences coordonné par Muriel Pic (avec des conférences de Muriel Pic, Martine Carré, Jean-Christophe Bailly, Martin Rueff, Ulrich von Bülow et Jürgen Ritte). Enfin, un numéro de la revue Europe coordonné par Lucie Campos et Raphaëlle Guidée devrait paraître à l’automne 2012, en prolongement d’une journée d’études qui s’est tenue à l’université de Poitiers le 25 novembre 2011. Les amateurs de Sebald pourront, en attendant ces différents événements, poursuivre la lecture du blog Norwich (http://norwitch.wordpress.com/), fabuleux blog francophone sur Sebald et toute une constellation d’auteurs et d’artistes dont l’œuvre résonne avec son « histoire naturelle de la destruction ». Ils pourront également guetter le passage de l’opéra créé par Jérôme Combier et Pierre Nouvel à partir d’Austerlitz, (http://lookingforsebald.blogspot.com/), actuellement en tournée européenne.

par Raphaëlle Guidée

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