Raison publique N° 10

1/ Excuses d’Etat - 2/ « Littérature, arts et culture » : identités


Date de parution : mai 2009

Editeur : Presses de l’Université Paris-Sorbonne
Broché, 332 p.
ISBN : 978-2-84050-663-8
Prix : 14 euros

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Dans ce numéro

Excuses d’Etat

Dossier coordonné par Kora Andrieu et Jacques Sémelin

Une vague de regrets, mêlée d’excuses et de quelques éléments de repentance, a déferlé sur la planète à partir de la fin des années 1980. Bill Clinton a exprimé ses « regrets » pour l’esclavage qui fut pratiqué aux États-Unis. En juillet 2008, le Congrès américain a adopté un texte « présentant des excuses aux Noirs américains au nom du peuple des États-Unis pour le mal qui leur a été fait » sous les lois ségrégationnistes et « pour leurs ancêtres qui ont souffert de l’esclavage ». Tony Blair a, de son côté, exprimé en 2006 des « regrets » sur le rôle joué par le Royaume-Uni dans le commerce triangulaire, mais sans aller jusqu’à présenter des excuses pour la traite des Noirs. Pourtant, en 1997, le même Tony Blair demandait pardon pour la négligence des autorités britanniques face à la grande famine d’Irlande. La reine Elisabeth II avait présenté pour sa part, en 1995, des excuses officielles à la plus grande tribu Maori de Nouvelle-Zélande pour la dévastation de ses terres au xixe siècle. En Australie, un vaste mouvement de mémoire collective et de contrition s’est développé à l’égard des agissements passés des colons blancs à l’encontre des Aborigènes. Le 12 février 2008, le Premier ministre Kevin Rudd a finalement présenté les excuses officielles de son pays aux Aborigènes pour les injustices qu’ils ont subies pendant deux siècles. La liste est longue et la France y aura aussi contribué en 1995, lorsque le Président Jacques Chirac reconnut la responsabilité de la France de Vichy dans la déportation des juifs entre 1942 et 1944.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces actes de repentance ou d’excuse ne vont pas sans difficulté. Politiquement, de façon générale, ne pas présenter des excuses paraît désormais de plus en plus inexcusable. Mais s’excuse-t-on jamais assez ? Pire : dans les cas extrêmes, les excuses ont-elles encore un sens ? Au fond, quelle est la validité morale des « excuses » institutionnelles ou collectives. Ces interrogations en entraînent d’autres : qui peut présenter de telles excuses ? Ces regrets sont-ils sincères, ces excuses sont-elles pleines et entières ? Que valent des regrets sans excuses ? L’ombre d’une intention politique de circonstance enlève-t-elle toute valeur à l’expression de regrets ou d’excuses ? Des excuses sans réparation matérielle ont-elles une valeur ? Etc. Dans le fond, la question est bien de savoir si la notion même de « réparation morale » a un sens. Si l’on considère que cette réparation vise à restaurer ou instaurer la confiance, comment un tel programme est-il réalisable dans le cas particulier des institutions ou des entités collectives ?

À partir d’analyses de cas, ce dossier, coordonné par Jacques Sémelin et Kora Andrieu, s’attache à faire le point sur cette difficile question des excuses d’État.

Sommaire

Introduction
Jacques Sémelin, "Les excuses d’État en politique étrangère après des crimes de masse"

Cas pratiques
Lionel Babicz, "Japon-Corée : de vaines excuses ?"
Anne Bazin, "Excuses et gestes symboliques dans le rapprochement de l’Allemagne avec ses voisins à l’Est"
Laetitia Bucaille, "Exiger des excuses de la France"
Valérie Rosoux, "La politique africaine de la Belgique : entre génuflexion et injonctions"
Élise Féron, "Le legs colonial et la question des excuses dans la diplomatie britannique"

Perspectives théoriques
Pablo De Greiff, "Le rôle des excuses dans les processus de réconciliation nationale ou comment promouvoir la confiance des citoyens envers des institutions dignes de confiance"
Jean-Marc Ferry, "L’éthique reconstructive comme éthique de la responsabilité politique"
Jean-Cassien Billier, "Le paradoxe des excuses"
Ariel Colonomos, "Pour une civilité mondiale des excuses"


GRAND ANGLE
Martin O’Neill, "Entreprises et conventionnalisme : régulation, impôt et justice sociale"


QUESTIONS PRÉSENTES
Philippe Descamps, "Le sacre de l’espèce humaine ou l’abolition de la naissance"
Fabienne Brugère, Le spectacle de la souffrance peut-il être moral ?"
Ludovic Frobert, "La réception des débats allemands sur le capitalisme en France au tournant 1900"


« Littérature, arts et culture » : une nouvelle rubrique pour un autre regard sur le monde contemporain

Dossier coordonné par Sylvie Servoise

Avec ce numéro, Raison publique ouvre ses pages à une nouvelle rubrique, intitulée « Littérature, arts et culture ». Il s’agit d’une ouverture à un vaste champ de la production culturelle qui, regroupant divers supports (œuvres littéraires, cinématographiques, artistiques) vise à rappeler simplement ceci : l’art, au même titre que la philosophie, l’économie, la sociologie ou toute autre science humaine, est à la fois une représentation de la société et un discours sur celle-ci. Sur les questions éthiques, politiques, économiques, juridiques et sociales relevant de la vie collective, l’art a son mot à dire et sa contribution à l’élaboration d’un espace commun est indéniable. Sans doute le fait-il avec son langage – du reste pluriel – et les moyens qui lui sont propres, sans doute sa visée n’est-elle pas celle des autres disciplines qui prennent ces questions comme objet d’étude. Mais il n’empêche que l’art, à sa manière, constitue un apport essentiel et unique, parce que spécifique, à toute entreprise de saisie du monde contemporain.

C’est là une affirmation évidente, qui relèverait même du truisme si elle ne se heurtait aux barrières que certains discours, provenant du champ artistique lui-même comme de l’extérieur, dressent entre les disciplines. Ce sont ces barrières que nous tâchons ici de franchir. Sans doute, chaque discipline a sa spécificité et il ne s’agit nullement de tout rabattre sur tout. Mais nous voulons ainsi faire la démonstration que dans la recherche de ses espaces de rencontres et de croisement entre les disciplines, se jouent aussi des questions de sens que chacune d’entre elles peut aussi réinvestir selon ses propres modalités.

Au sein de chaque numéro de la revue, la rubrique proposera un ensemble d’articles réunis autour d’un thème commun. Les quatre articles publiés ici – dont trois portent sur des œuvres littéraires et un sur des séries télévisées – traitent, chacun sous un éclairage particulier, de l’identité culturelle : comment un roman, ou une série télévisée, nous « racontent »-ils un pays ? Quelle représentation en donnent-ils ? Autrement dit, comment et avec quels résultats l’art, produit souvent exemplaire d’une culture et d’une société données, se fait-il à son tour producteur d’un discours sur cette culture et cette société ? Gardons-nous bien cependant de tomber dans le piège d’une conception analogisante de l’art, en vertu de laquelle celui-ci ne serait que le simple reflet, ou caisse de résonance, de la culture où il s’inscrit. De fait, ce qui se joue dans les oeuvres évoquées ici, ce n’est pas seulement le rapport que Stendhal instaurait entre le roman et le réel, le premier se faisant « miroir », « promené le long du chemin », du second : dire que l’art réfléchit le monde qui l’entoure, cela signifie certes qu’il le représente, mais aussi, et peutêtre surtout, qu’il l’interroge, mettant au jour, tel un miroir déformant, les contradictions ou tensions qui le traversent. Mon nom est Rouge de l’écrivain turc Orhan Pamuk, étudié par Koula Mellos, l’anthologie Le Corps et le sang de l’Italie examinée par Raffaello Palumbo Mosca, L’Homme qui tombe de l’auteur américain Don DeLillo analysé par Sylvie Servoise ainsi que les séries Cosby Show et The Wire auxquelles Solange Chavel consacre son article, sont autant des représentations de l’identité de la Turquie, de l’Italie ou des États-Unis que des questionnements sur ce qui définit celle-ci. Plus profondément, on peut penser que, au-delà de la spécificité nationale de leur objet, c’est la notion même d’identité culturelle que ces œuvres examinent, dans un mouvement d’universalisation qui excède les particularismes géographiques et historiques. Ajoutons enfin qu’en retour, l’art s’expose à une interrogation sur lui-même : quelle est la spécificité d’une saisie littéraire ou cinématographique (télévisuelle) de l’identité d’un pays par rapport à d’autres approches ?

Identité de la culture, identité par la culture : ce sont là les deux pôles de réflexion vers lesquels s’orientent ces articles, premiers-nés d’une rubrique dont l’identité même devrait s’affirmer au fil des numéros de Raison publique.

Sommaire

Sylvie Servoise, Introduction
Koula Mellos, "L’identité turque à la croisée des chemins : Mon nom est Rouge d’Orhan Pamu"
Raffaello Palumbo Mosca, "Le corps et le sang de l’Italie : littérature, éthique et société"
Sylvie Servoise, "L’Homme qui tombe de Don DeLillo ou le monde de l’après"
Solange Chavel, "Perception morale, représentation sociale : les Afro-Américains dans les séries télévisées américaines. L’exemple du Cosby Show et de The Wire"


RECENSIONS
Solange Chavel, "La proximité : réinvention de la légitimité politique"
Emmanuel Picavet, "Engagement et rationalité pratique"
Solange Chavel, "Conséquentialisme et déontologie : pièces pour une procédure en canonisation"

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