La Fiction politique : hypothèses

Ce prélude épigraphique au présent volume a pour fin de souligner d’emblée les raisons principales qui ont suscité l’organisation d’une journée d’étude puis la publication de ses actes : si l’on sait (à peu près) ce que signifie le syntagme « roman historique », personne ne s’accorde à définir celui de « roman politique » ; si l’on est prompt à désigner ce qu’une fiction « a de politique », on est plus embarrassé pour reconnaître en quoi cette dimension politique pourrait définir en propre une telle fiction ; si l’on a pris, avec Susan R. Suleiman, l’habitude de penser plus aisément la dimension politique de la fiction comme relevant du « roman à thèse », nombre d’auteurs très éloignés de ce genre d’exercice de l’autorité énonciative conduisent pourtant à penser leur fiction comme foncièrement politique.

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La fiction politique (XIXe-XXIe siècles)

Que revêt le syntagme « fiction politique » : serait-ce un sous-genre du roman ? une figure d’engagement énonciatif ? une modalité de l’ethos auctorial ? un effet de lecture ? une expression en son fond pléonastique ? voire une pure chimère théorique ? À dire vrai, les mots « fiction » et « politique » ne font pas forcément aussi bon ménage qu’on pourrait le penser a priori, et la question se pose de savoir comment les associer sur le plan lexical (syntagmatique) et sémantique.

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« Et vous, Vercors, encore inconnu et déjà célèbre… ». Diffusion du Silence de la mer pendant l’occupation et construction d’un auteur mythique

Gamma-Rapho via Getty Images

« Je m’adresse à vous, Vercors, encore inconnu et déjà célèbre. » Cette interpellation de Maurice Schumann prononcée sur les ondes de la BBC le 28 novembre 1943 peut être mise en regard d’une autre phrase, celle-ci extraite d’Arcane 17 d’André Breton à propos du Silence de la mer : « tour à tour exalté et honni, l’ouvrage mène une vie hors de ses gonds. » C’est en s’appuyant sur ces deux citations que sera organisée cette analyse. Rares sont les cas, en effet, où une œuvre littéraire aura aussi fortement marqué les lignes de fracture entre les différentes tendances de la Résistance intellectuelle, à l’intérieur comme à l’extérieur de la France occupée ; celle qui pense que les œuvres doivent se mettre au service de causes et celle qui, au contraire, ne veut pas remettre en question l’idée de l’autonomie de l’art.

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De la victime à l’œuvre ou la non-fixité du sujet politique

La question de la tension entre sujet politique assujetti et sujet politique fondement et celle de sa possible résolution à travers le discours ou la fiction littéraire, sont posées dans trois récits contemporains, cités dans l’ordre chronologique de leurs dates de publication,- Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude, Robert Bober, Quoi de neuf sur la guerre ?, Philip Roth, Nemesis-, qui retiennent l’attention par les réponses complémentaires qu’ils y apportent et la notion formelle autant que l’enjeu de non-fixité du sujet politique qu’ils exposent.

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Le sujet politique dans Le siècle des Lumières (1962) d’Alejo Carpentier

Le personnage de roman est une des formes d’expression problématique du sujet. Vecteur d’un imaginaire chevaleresque ou d’un point de vue satirique sur des valeurs en voie d’épuisement, expression d’un sujet en cours d’affirmation, de questionnement ou de dissolution, inlassable épopée d’une conversion sur les ruines d’une illusion romantique, le personnage de roman a une histoire.

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Satire, fantastique et mythe dans Coeur de chien de Boulgakov : une vision décalée du pouvoir soviétique

Le parcours de Boulgakov comme écrivain est atypique : farouche opposant au régime issu de la Révolution d’Octobre, il est pourtant contraint de rester en Union Soviétique jusqu’à sa mort, malgré les nombreuses lettres insistantes qu’il envoie à Staline en personne, à qui il demande l’autorisation de quitter le territoire. L’auteur est surveillé, ses œuvres sont censurées, puis interdites de publication, il est considéré comme un « garde blanc », et pourtant, il n’est pas éliminé, ni même emprisonné ou déporté. Plus paradoxal encore, Staline le protège en lui attribuant un poste – médiocre – d’assistant metteur en scène au Théâtre d’Art de Moscou. Boulgakov a la vie sauve, mais il est muselé.

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Les rois de Shakespeare : des rôles sous contrôle ?

La distance parfois amusée, parfois blasée, avec laquelle nous regardons les cérémonies officielles du pouvoir n’est-elle pas, paradoxalement, une forme d’aveuglement ? Un chef d’état est régulièrement amené à se donner en spectacle. Analyser les ressorts de cette « politique spectacle », ce serait se prémunir contre l’aliénation d’une théâtralité orchestrée avec machiavélisme. Mais n’est-ce pas aussi ignorer le rôle du public en l’enfermant, peut-être trop rapidement, dans le statut d’une victime passive ? Les accidents auxquels une cote de popularité est soumise doit nous rappeler que ce public exige souvent de son chef qu’il joue bien son rôle.

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L’aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza, ou comment figurer le politique sans politique ?

Avant, pendant et quelques mois après la sortie de L’aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza, les commentateurs ont souligné le paradoxe de ce livre « apolitique » alors qu’il résultait de la mise en forme de carnets traitant d’une campagne électorale (celle des présidentielles de 2007) et d’un homme politique, ministre de l’intérieur à l’époque, devenu, comme on le sait, président de la République.

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