Pour la philosophie, l’idée d’ordinaire est à la fois objet de rejet et de fascination, l’ordinaire est comme l’autre de la philosophie, ce qu’elle veut, dans son arrogance, dépasser, mais aussi ce vers quoi elle aspire, nostalgiquement, à retourner, dans la (dé)négation de notre langage ordinaire et de notre caractère ordinaire, dans la fausse évidence de nos « croyances ordinaire »s ou de nos « formes de vie ». La tâche de la philosophie de l’ordinaire serait nous ramener à nous-mêmes – ramener nos mots, dit Wittgenstein, « de leur usage métaphysique à leur usage quotidien », sur terre, ramener la connaissance du monde à l’acceptation du réel, ramener aussi notre fantasme de connaissance ou de proximité d’autrui à la pratique et à la coordination sociale ordinaire – ce qui n’a rien d’aisé ni d’obvie, et fait de la recherche de l’ordinaire la quête la plus difficile qui soit, même si (précisément parce que) elle est là, à portée de n’importe qui. C’est à l’exploration de ces multiples facettes du retour à la vie ordinaire que s’attache ce dossier coordonné par Sandra Laugier et Marie Gaille.
Ce dossier a tout d’abord fait l’objet d’une première parution dans la revue papier : Raison publique, 2014/1 (n°18). Il est désormais intégralement accessible en ligne.
Sommaire
Sandra Laugier, Introduction
Pascale Molinier et Lise Gaignard, « L’ordinaire tient à un fil… »
Hélène L’Heuillet, « Le sujet de l’inconscient, une exception ordinaire ou L’ordinaire dans la cure psychanalytique »
Sylvie Servoise, « L' »ordinaire » des camps (R. Antelme, P. Levi, Imre Kertész)«
Michel Naepels, « Après toutes ces guerres »
Albert Ogien, « Revenir à l’ordinaire. L’exercice de la connaissance en situation d’intervention »
Séverine Mayol, « L’ordinaire comme commencement du travail sur soi : le cas de la prise en charge des hommes et des femmes sans domicile »
Magali Bessone, « Le territoire national comme ordinaire de la solidarité politique : réflexions à partir du cas des roms migrants en Europe »
Hourya Bentouhami, « Qu’est-ce que réparer ? De la justice réparatrice à la réparation du bien commun »

