Droits de l’homme et politique : individualisme étroit ou nouvel universalisme ?

William Murphy

Ce dossier est issu d’un cycle de conférences organisé, entre janvier et juillet 2015, à l’Université Libre de Bruxelles dans le cadre d’un projet sur les critiques des droits de l’homme financé par le Conseil Européen de la Recherche (Projet ERC ‘RESIST’, dirigé par Justine Lacroix).

Trente-cinq ans après la publication de l’article séminal de Claude Lefort intitulé : « Droits de l’homme et politique »1Claude Lefort, ‘Droits de l’homme et politique’, Libre, n. 7, Payot, 1979, reproduit dans L’invention démocratique, Paris, Fayard, 1980., les participants étaient invités à se saisir de cet enjeu à la lumière des développements contemporains. À l’époque où Lefort publie son article (1979), la « révolution des droits de l’homme »2Voir Samuel Moyn, Human Rights: The Last Utopia, Cambridge, Harvard University Press, 2010. – qui allait conduire à une forte revalorisation du discours des droits dans les discours (sinon les pratiques) politiques et philosophiques en était à ses débuts. Les mouvements des dissidents des pays sous domination soviétique, qui en constituent l’arrière-plan historique principal, étaient au cœur de l’actualité et la plupart des associations et organisations non-gouvernementales associées à la « cause » des droits de l’homme prenaient leur essor – ce dont témoigne l’octroi du prix Nobel de la Paix à Amnesty International en 1977. Aujourd’hui – comme Pierre Manent nous le rappelle dans son article – les droits de l’homme semblent avoir acquis une « autorité en quelque sorte exclusive » au sein des sociétés démocratiques. D’où l’importance de réfléchir à la signification de ce concept dans une perspective à la fois théorique et historique. Notre démarche s’est voulue délibérément pluraliste. L’enjeu n’est pas de déceler un « dénominateur commun » entre les différentes perspectives ici représentées mais d’établir une sorte de « topographie » des opinions existantes en vue de témoigner de la vivacité et de la complexité des débats sur ce sujet.

Carlo Invernizzi-Accetti est Professeur associé en Sciences politiques à la City University de New York (City College), et professeur invité en Politiques européennes à Columbia University’s School of International and Public Affairs (SIPA). Ses recherches portent sur le croisement entre la théorie démocratique et les politiques comparatives des partis européens et américains.

Justine Lacroix est professeure en sciences politiques à l'Université Libre de Bruxelles où elle dirige le Centre de théorie politique. Elle est également vice-doyenne de la Faculté de philosophie et sciences sociales et professeure invitée à l'Université de Paris II Panthéon-Assas. Elle est co-promotrice (avec Thomas Berns et Jean-Yves Pranchère) du projet ARC Why Lefort Matters (2016-2021).

Notes

1 Claude Lefort, ‘Droits de l’homme et politique’, Libre, n. 7, Payot, 1979, reproduit dans L’invention démocratique, Paris, Fayard, 1980.
2 Voir Samuel Moyn, Human Rights: The Last Utopia, Cambridge, Harvard University Press, 2010.