La sécularisation en Iran sous la République Islamique

L’ensemble de ces travaux souligne la dynamique de la sécularisation en Iran. En dépit de la mainmise sur l’État des groupes religieux visant à islamiser toutes les instances de la société et à contrôler l’État par le système de velayat-e faqih, la résistance de la société civile s’est organisée, d’abord, au sein des classes moyennes modernes, dans leur vie privée, puis s’est étendue à la société entière à travers des mouvements sociaux : du premier, le mouvement étudiant des années 1990 jusqu’au Mouvement vert de 2009.

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Réaliser le refus de la psychologie

Nous savons qu’il existe une littérature pour femmes, ayant les femmes pour cible, une littérature où il est question d’amour, d’états d’âme, de rêveries et toutes ces beautés. Cette littérature a l’avantage de ne prétendre à rien d’autre qu’à se vendre et de ne pas se théoriser beaucoup, laissant les concepts aux publicitaires et la critique aux courbes des ventes. Il y a, dans cette humilité, quelque chose d’éclairant sur le rapport entre idéologie et commerce, bien au-delà du roman rose et des fictions ficelées pour la mise en rayon. Car la littérature ciblée n’est pas étanche, et rien ne garantit que la logique de consommation culturelle ne soit pas aussi une logique de production qui travaille l’écriture hors segments de marché, aussi vrai que l’agglomérat d’idées reçues qu’on appelle la « demande culturelle », impensé des politiques de diffusion, permet d’oublier que la poétique constitue justement ce qui n’est pas prévu d’avance. La poétique pose le problème de la transgression des règles et valeurs. En ce sens, la transgression est l’affaire politique de la poétique.

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Déréaliser le désert

Si l’écrivain est honnête, explique Dagerman, dans L’écrivain et la conscience[1], sa conscience sociale le pousse à dédier son texte à la lutte sociale. Seulement, sa conscience artistique lui fait respecter la nécessité de « créer sous contrainte », sous l’impératif, disons, de tenter quelque chose. Cette recherche littéraire ne peut pas être pédagogique, l’écrivain se livre à une difficile exploration de son moyen d’expression, dans l’espoir d’une découverte. C’est sur son moyen d’expression, en premier lieu, qu’il s’efforce d’exercer une action ou plus exactement d’attraper l’action du langage.

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The Historical Novel of Contemporary Capitalism

In a 2011 survey piece published in the London Review of Books – a genre in which he has lately come to specialise – Perry Anderson charts a history of the historical novel as that form of the novel which has, he writes, « almost by definition, been the most consistently political ». Essentially an extension of, and occasional critical engagement with, the work of both Georg Lukács and Fredric Jameson, the article tracks – as its title, « From Progress to Catastrophe », suggests – the genre’s development from early nineteenth-century narratives of bourgeois triumphalism, and the emergence of modern nationhood, to « the ravages of empire », and of « impending or consummated catastrophe », in the second half of the twentieth century.

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De la peur de mourir (trois récits russes)

Voilà le paradoxe : tandis que l’angoisse et la terreur retenaient l’attention des philosophes, l’expérience de la peur ne cessa de s’imposer non seulement comme un objet, mais plus encore comme l’un des ressorts majeurs de la littérature. Elle est inséparable déjà de l’émergence et de l’essor de genres littéraires auxquels il convient de donner droit, comme la littérature fantastique, les romans d’épouvante, toutes ces histoires de spectres, d’apparitions, de fantômes, de mort-vivants, de monstres sanguinaires, relayées par le cinéma qui ont composé durablement l’imaginaire de la peur. Mais surtout, il revient à la littérature, celle des récits, des témoignages, mais aussi des pièces de théâtre et des poèmes, qui se sont confrontés à la terreur et qui l’ont pris pour objet d’en avoir rendu possible une perception moins abstraite que celle qui réduisait la terreur au moyen, juste ou injuste, d’une politique.

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Politique de la fiction et fictionnalisation du politique face aux limites de la liberté d’expression

En 1806, Senancour écrivait : « Les livres ne remuent pas le monde, mais ils le conduisent secrètement. Les moyens violents ont des effets plus sensibles, mais peu durables[1]. » Réitérée tout au long du XIXe siècle à l’occasion des débats sur la liberté de presse, cette croyance ancienne dans le pouvoir des mots, que l’expérience révolutionnaire est venue conforter, constitue un des noyaux durs de l’imaginaire national français. La dimension politique de l’écrit a ici un caractère d’évidence, qu’elle n’a peut-être pas ailleurs. Dans ce contexte, loin d’inscrire le texte hors du monde actuel, de s’en « évader », le recours à la fiction peut même relever d’une stratégie très politique.

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Reconfigurer le sensible : la fiction politique selon Jacques Rancière

Les réflexions de J. Rancière, revenant sur la singulière intrication littérature-politique, dans un effort constant de questionner les coupures instituées et d’échapper aux facilités de l’indistinction, permettent de penser la possibilité et la nature d’une fiction politique. Telle sera du moins l’hypothèse que nous voudrions ici explorer, non sans interroger les flottements et fluctuations du discours du philosophe et les difficultés que sa pensée soulève lorsqu’on s’efforce d’en faire usage.

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Entre Flaubert et Rancière : le sort du métadiscours politique dans la fiction de la IIIème république

La Troisième République : époque ambiguë qui, par ses compromis, parvient à éviter un retour à la monarchie héréditaire et à l’empire napoléonien ; époque que l’on peut qualifier après coup comme celle où le républicanisme s’affirme pour de bon comme la forme gouvernementale préférée par la France et par les Français ; mais époque – on le sait bien – dont les premiers mois sont ensanglantés non seulement à cause de la guerre contre les Prussiens mais aussi à cause de la guerre civile de la Commune. Ce traumatisme est rejoué plus tard dans les romans forcément politiques de la Commune : non seulement La Débâcle de Zola mais aussi La Commune des frères Margueritte, L’Insurgé de Vallès, Philémon et La Colonne de Lucien Descaves, et L’Apprentie et L’Enfermé de Gustave Geffroy. C’est tout le paradoxe d’une année où la France trouve une forme de gouvernement capable de durer – malgré tous les zigzags en route – mais où elle se caractérise, aussi, par ses clivages internes.

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Les mystères urbains ou triomphes et échecs de la fiction politique au XIXe siècle

Les « mystères urbains » constituent au XIXe siècle une nébuleuse romanesque développée notamment en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique Latine, et dans le Commonwealth avant de connaître un déploiement en Asie (Chine et Japon) au tournant du XXe siècle. Il s’agit sans doute d’une des premières manifestations de la globalisation culturelle. Les mystères urbains articulent, sous une forme fictionnelle, la prise en compte de trois phénomènes caractéristiques de la modernité : le développement de la grande ville, la peur du crime et une interrogation sur les identités collectives, qu’elles soient sociales, régionales ou raciales.

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