DROITS DE L’HOMME ET RAISON PUBLIQUE en perspective post-séculière

Les grandes tribulations du XXème siècle sont le traumatisme fondateur du projet européen. Les deux guerres mondiales, la grande dépression de l’entre-deux-guerres, la catastrophe génocidaire ont brisé le triomphalisme d’une humanité portée par l’imaginaire d’une Raison promettant l’émancipation des êtres humains grâce à un progrès indéfini de la connaissance et de la liberté. Depuis lors, l’humanité européenne ne peut sans déchoir se délester de son « identité malheureuse » qu’en échangeant sa culpabilité contre une responsabilité assumée à l’égard du passé.

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Les droits de l’homme et la question de l’action

Dans les choses morales et politiques, le plus difficile est de voir ce que nous voyons. Nous ne les voyons en effet qu’à travers des opinions, le plus souvent confuses. La première tâche de la science politique consiste donc à décrire le moins mal possible ce que nous avons sous les yeux quand nous parlons des droits de l’homme. Ce qui caractérise le moment présent, c’est l’autorité en quelque sorte exclusive que la notion possède pour nous ou parmi nous. Or, pour apprécier le caractère de cette situation, il est indispensable de parcourir sommairement l’histoire effective de cette notion, non pas son histoire conceptuelle, mais son histoire politique, l’histoire de la manière dont la notion s’est insérée dans le mouvement de la politique moderne.

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Droits de l’homme et politique – Introduction

À l’époque où Lefort publie son article (1979), la « révolution des droits de l’homme »[3] – qui allait conduire à une forte revalorisation du discours des droits dans les discours (sinon les pratiques) politiques et philosophiques en était à ses débuts. Les mouvements des dissidents des pays sous domination soviétique, qui en constituent l’arrière-plan historique principal, étaient au cœur de l’actualité et la plupart des associations et organisations non-gouvernementales associées à la « cause » des droits de l’homme prenaient leur essor – ce dont témoigne l’octroi du prix Nobel de la Paix à Amnesty International en 1977. Aujourd’hui – comme Pierre Manent nous le rappelle dans son article – les droits de l’homme semblent avoir acquis une « autorité en quelque sorte exclusive » au sein des sociétés démocratiques. D’où l’importance de réfléchir à la signification de ce concept dans une perspective à la fois théorique et historique.

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Droits de l’homme et politique : individualisme étroit ou nouvel universalisme ?

William Murphy

Aujourd’hui – comme Pierre Manent nous le rappelle dans son article – les droits de l’homme semblent avoir acquis une « autorité en quelque sorte exclusive » au sein des sociétés démocratiques. D’où l’importance de réfléchir à la signification de ce concept dans une perspective à la fois théorique et historique.

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Réaliser le refus de la psychologie

Nous savons qu’il existe une littérature pour femmes, ayant les femmes pour cible, une littérature où il est question d’amour, d’états d’âme, de rêveries et toutes ces beautés. Cette littérature a l’avantage de ne prétendre à rien d’autre qu’à se vendre et de ne pas se théoriser beaucoup, laissant les concepts aux publicitaires et la critique aux courbes des ventes. Il y a, dans cette humilité, quelque chose d’éclairant sur le rapport entre idéologie et commerce, bien au-delà du roman rose et des fictions ficelées pour la mise en rayon. Car la littérature ciblée n’est pas étanche, et rien ne garantit que la logique de consommation culturelle ne soit pas aussi une logique de production qui travaille l’écriture hors segments de marché, aussi vrai que l’agglomérat d’idées reçues qu’on appelle la « demande culturelle », impensé des politiques de diffusion, permet d’oublier que la poétique constitue justement ce qui n’est pas prévu d’avance. La poétique pose le problème de la transgression des règles et valeurs. En ce sens, la transgression est l’affaire politique de la poétique.

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Déréaliser le désert

Si l’écrivain est honnête, explique Dagerman, dans L’écrivain et la conscience[1], sa conscience sociale le pousse à dédier son texte à la lutte sociale. Seulement, sa conscience artistique lui fait respecter la nécessité de « créer sous contrainte », sous l’impératif, disons, de tenter quelque chose. Cette recherche littéraire ne peut pas être pédagogique, l’écrivain se livre à une difficile exploration de son moyen d’expression, dans l’espoir d’une découverte. C’est sur son moyen d’expression, en premier lieu, qu’il s’efforce d’exercer une action ou plus exactement d’attraper l’action du langage.

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The Historical Novel of Contemporary Capitalism

In a 2011 survey piece published in the London Review of Books – a genre in which he has lately come to specialise – Perry Anderson charts a history of the historical novel as that form of the novel which has, he writes, « almost by definition, been the most consistently political ». Essentially an extension of, and occasional critical engagement with, the work of both Georg Lukács and Fredric Jameson, the article tracks – as its title, « From Progress to Catastrophe », suggests – the genre’s development from early nineteenth-century narratives of bourgeois triumphalism, and the emergence of modern nationhood, to « the ravages of empire », and of « impending or consummated catastrophe », in the second half of the twentieth century.

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De la peur de mourir (trois récits russes)

Voilà le paradoxe : tandis que l’angoisse et la terreur retenaient l’attention des philosophes, l’expérience de la peur ne cessa de s’imposer non seulement comme un objet, mais plus encore comme l’un des ressorts majeurs de la littérature. Elle est inséparable déjà de l’émergence et de l’essor de genres littéraires auxquels il convient de donner droit, comme la littérature fantastique, les romans d’épouvante, toutes ces histoires de spectres, d’apparitions, de fantômes, de mort-vivants, de monstres sanguinaires, relayées par le cinéma qui ont composé durablement l’imaginaire de la peur. Mais surtout, il revient à la littérature, celle des récits, des témoignages, mais aussi des pièces de théâtre et des poèmes, qui se sont confrontés à la terreur et qui l’ont pris pour objet d’en avoir rendu possible une perception moins abstraite que celle qui réduisait la terreur au moyen, juste ou injuste, d’une politique.

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Politique de la fiction et fictionnalisation du politique face aux limites de la liberté d’expression

En 1806, Senancour écrivait : « Les livres ne remuent pas le monde, mais ils le conduisent secrètement. Les moyens violents ont des effets plus sensibles, mais peu durables[1]. » Réitérée tout au long du XIXe siècle à l’occasion des débats sur la liberté de presse, cette croyance ancienne dans le pouvoir des mots, que l’expérience révolutionnaire est venue conforter, constitue un des noyaux durs de l’imaginaire national français. La dimension politique de l’écrit a ici un caractère d’évidence, qu’elle n’a peut-être pas ailleurs. Dans ce contexte, loin d’inscrire le texte hors du monde actuel, de s’en « évader », le recours à la fiction peut même relever d’une stratégie très politique.

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