La fiction politique (XIXe-XXIe siècles)

Ce dossier reprend les actes de la journée d’étude et de la table ronde d’écrivains organisées par le Groupe phi (CELLAM, Université Rennes 2) et New York University (avec la collaboration de l’ANR « Pouvoir des arts ») le 9 novembre 2012 à NYU en France.

Que revêt le syntagme « fiction politique » : serait-ce un sous-genre du roman ? une figure d’engagement énonciatif ? une modalité de l’ethos auctorial ? un effet de lecture ? une expression en son fond pléonastique ? voire une pure chimère théorique ? À dire vrai, les mots « fiction » et « politique » ne font pas forcément aussi bon ménage qu’on pourrait le penser a priori, et la question se pose de savoir comment les associer sur le plan lexical (syntagmatique) et sémantique. Car quand bien même l’on partirait d’une formule simple – « fiction politique », où la « fiction » est substantive et où « politique » est un simple adjectif qui la qualifie (et en restreint l’extension) –, dès lors que l’on déplie le qualificatif, on peut le rattacher à plusieurs usages substantivés de « politique » : signifie-t-il du politique ou de la politique ? Ou seulement de la « police », pour poursuivre du côté des distinctions qu’a établies Jacques Rancière (le grand absent-présent de ce volume), en comptant (la politique) ou non (la police) la « part des sans-part1J. Rancière, Aux bords du politique [édition augmentée], Paris, Gallimard, Folio essais, 1998, p. 239.» ? Et si l’on change de langue (puisque c’était l’un des objets, également, de cette journée d’étude : penser en anglais la fiction politique), la difficulté demeure, inchangée – puisque « Political Fiction » peut recouvrir aussi bien les syntagmes de Fiction of the Politics / the Political /the Policy / or the Police – selon des partages sémantiques en partie distincts du français –sans qu’aucune évidence ne s’impose davantage.


Ce dossier a tout d’abord fait l’objet d’une première parution dans la revue papier : Raison publique, 2014. Il est désormais intégralement accessible en ligne.

Emmanuel Bouju est professeur de littérature générale comparée à l'Université Sorbonne-Nouvelle et membre sénior de l'Institut Universitaire de France.

Notes

1 J. Rancière, Aux bords du politique [édition augmentée], Paris, Gallimard, Folio essais, 1998, p. 239.