Quelles vies pour les corps irradiés ? Désorientation et résistance après l’accident nucléaire de Fukushima

En juillet 2014, une bande dessinée intitulée Oishinbô publiée hebdomadairement dans la revue Jump, qui évoquait le saignement de nez d’un journaliste parti enquêter dans la ville de Fukushima, s’est trouvée centre d’un débat animé. Si actuellement, il n’en reste rien, sinon une impression de confusion dans le débat autour d’une œuvre de fiction, demeure la douloureuse question des traces d’irradiation sur les corps des personnes vivant dans la zone de Fukushima.

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Le paradigme des capabilités face aux situations de désastre

Cette contribution interroge les outils conceptuels et langagiers dont nous disposons face aux catastrophes. Dans des situations telles que celles qui sont évoquées dans ce volume – désastre nucléaire de Fukushima, sida, après-catastrophe Katrina – les mots dont nous disposons sont essentiels : parce qu’ils attribuent blâme, excuses, responsabilités, revendications de droit, les mots et concepts théoriques nous permettent d’exprimer une réaction politique à l’événement.

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L’apport d’une sociologie des attachements pour penser la catastrophe environnementale

Cet article propose de réévaluer l’importance de manières « ordinaires » de « tenir à l’environnement » en montrant que cette réévaluation permet de mieux saisir les enjeux de la réparation d’une catastrophe environnementale. Il analyse ces modes ordinaires de tenir à l’environnement comme autant de manières de « s’engager avec ce qui environne » sur une base de proximité, en particulier par les processus privilégiés de familiarisation et habituation.

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Anthropologie du désastre, care, formes de vie

Les grands désastres collectifs produisent des formes de vulnérabilité extrême. Or ces situations de vulnérabilité adviennent de la mise en danger, voire de la perte totale, des formes de vie humaine tenues pour ordinaires. Cette perte des formes de vie, même quand elle n’affecte pas de manière identique ni égale les populations exposées, est globale et politique – en un sens qui reste à explorer.

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Le triage social et les limites du care : penser la catastrophe, le care et les capabilités à travers l’exemple de Katrina

Il peut sembler aller de soi que la question de la catastrophe est inséparablement liée à des préoccupations éthiques ; pourtant, même dans les dernières décennies, il n’en allait pas ainsi. Plus récemment, l’anthropologie morale, à propos de situations de catastrophe, de pauvreté chronique et de violence politique, a montré comment une éthique ordinaire et des compétences morales invisibles se révélaient dans des moments de rupture et de destruction.

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Prendre soin de soi, envers et contre tout : version du care

Nous allons tenter d’étudier les effets délétères et inattendus des discours de prévention et médicaux visant à ce qu’une population prenne soin d’elle. Témoignant selon notre appréciation d’un véritable « prendre soin de soi », ces phénomènes caractéristiques de l’évolution de cette épidémie dans cette communauté, nous donnent l’occasion d’approcher des configurations particulières du risque, de ses mutations et de leurs conséquences sur notre interprétation des réactions induites par le risque lorsqu’il est pris ou désigné comme devant être évité.

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De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême. Le cas des la gestion des conséquences de l’explosion d’une centrale nucléraire à Fukushima

L’explosion de la centrale nucléaire de Tepco Dai ichi à Fukushima en mars 2011 a été l’occasion de mettre en avant de l’actualité scientifique quelques concepts longtemps négligés, dont celui de résilience. Si l’utilisation psychanalytique de cette notion, qu’il s’agisse de la résilience neuronale, affective, psychologique ou sociale, s’attache à la faculté d’un individu à surmonter un trop grand isolement momentané ou un traumatisme quelqu’en soit la nature, elle est l’objet d’un abus épistémologique dans l’utilisation qu’en ont fait les autres domaines de la recherche.

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Le gentil récit littéraire et le grand méchant storytelling : anatomie d’un conte contemporain

Si la littérature n’apparaît pas dans la liste des outils de propagande du « nouvel ordre narratif » décrit par Christian Salmon dans Storytelling (à la différence du cinéma, des jeux vidéo, des séries télévisées et des médias), c’est d’abord parce qu’on lui prête couramment une capacité privilégiée à démonter les rouages des récits dominants : la littérature, par nature, serait un outil de résistance aux discours « médiocratiques ». Examinant comment cette équation entre littérature et résistance est devenue un lieu commun de la critique contemporaine, cet article essaye de montrer que le contre-récit engagé définit peut-être aujourd’hui un certain horizon d’attente de l’idée de littérature davantage qu’il ne le subvertit : l’écrivain qui écrit au nom des sans-voix, qui s’attache aux victimes de l’histoire ou qui démonte les discours néolibéraux fait exactement ce qu’on attend de lui. Marginalisée par l’essor d’autres arts du récit, la littérature tire ce qui lui reste de son pouvoir, bien faible au demeurant, de la croyance en sa vocation à être l’irremplaçable et unique outil de la critique des récits qui nous gouvernent.

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Littérature et « brand storytelling ». Le récit publicitaire dans le roman ultra-contemporain

L’auteur interroge la relation – non d’opposition mais d’échange – entre un certain type de littérature de masse et le “storytelling”. Au sein de ce qu’on nomme la paralittérature, il identifie le nouveau roman sentimental comme le meilleur exemple de ces nouveaux types de récit qui importent certaines techniques de communication publicitaire. Symétriquement, le “brand storytelling” constitue un modèle de publicité narrative qui intègre, à son tour, certaines caractéristiques du roman de consommation. A travers l’exemple de quelques auteurs italiens (Moccia, Volo) et français (Lévy, Musso) le propos vise à mettre au jour certaines constantes structurelles et formelles représentatives de cette rencontre entre la nouvelle paralittérature et le “brand storytelling”.

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Le contre-récit comme effet de lecture : Aragon lecteur de Lampedusa

A la fin des années 1950, alors que la publication du Gattopardo de Giuseppe Tomasi di Lampedusa suscite une violente polémique dans le milieu littéraire italien de gauche– on reproche notamment à ce roman écrit par un aristocrate sicilien de livrer un contre-récit, réactionnaire, du Risorgimento – Aragon défend avec éclat le livre. Il dénonce explicitement comme effet de lecture – et effet d’une lecture idéologique, inscrite dans un contexte culturel, politique et historique bien précis – la réception du Guépard comme « contre-récit », soulignant par là le rôle que joue la réception dans une telle caractérisation, alors même que l’accent est souvent mis sur « l’intention » de l’écrivain de contrevenir à certains récits ou types de discours.
On ne saurait cependant négliger le fait que la lecture même qu’Aragon fait du Guépard est, une lecture « située » : l’année de la parution du Guépard en Italie (1958) est aussi, en France, celle de la publication de La Semaine Sainte qui marque le retour et la consécration, dans le champ littéraire extra-communiste, d’Aragon. Comment éviter que les louanges adressées à son roman, dont la critique souligne à l’envi l’indépendance esthétique (sous-entendu : à l’égard du réalisme socialiste) et l’absence de « prosélytisme politique », ne soit interprété comme une prise de distance à l’égard du Parti communiste ? En commentant Le Guépard et en soulignant les travers d’une certaine lecture idéologique, superficielle, qui serait celle des communistes italiens, mais qui pourrait bien être aussi celle des communistes français, Aragon cherche à défendre sa propre position, à légitimer son propre succès. Dénonçant la fabrique italienne du Guépard en « contre-récit(s) », il devient ainsi l’auteur de son propre récit de légitimation.

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